Contexte professionnel et les réalités du tourisme sportif

By 15 July 2012

L’organisation artisanale du sport face à la réalité industrielle du tourisme – 1° Partie :

1° chapitre : Le contexte professionnel et les réalités du tourisme sportif

Si depuis une vingtaine d’années, le mouvement d’émancipation du mouvement sportif s’intensifie, l’apparition des activités sportives dans l’offre de l’industrie touristique tarde à se structurer. Sur le terrain, l’offre présente nombre de faiblesses organisationnelles. Les activités de tourisme sportif s’organisent de manière disparate et se présentent sous la simple forme d’un bouquet d’activités ludosportives juxtaposées. Autant dans l’organisation que dans leur communication, la volonté de développement est défaillante. Cette situation s’élève en paradoxe entre la consommation stable et croissante des sports de loisir et l’existence d’une solide industrie du tourisme apte à accueillir et à développer des activités sportives. Cette situation induit une interrogation sur les origines de ce sous-développement. Face à des réalités conjoncturelles favorables et à la disponibilité d’outils organisationnels, notre réflexion s’oriente vers les dimensions culturelle et sociale.

1.1 La conjoncture favorable au développement du tourisme sportif

Le sport est omniprésent dans notre civilisation que ce soit sous la forme d’événements festifs ou médiatisés, comme pratiques de loisir et au sein des vacances. Il est communément admis que la pratique sportive évolue dans sa forme et dans son importance comme la société dans laquelle elle se développe. « Les différentes pratiques physiques et sociales que nous regroupons communément sous le nom de sport depuis plus d’un siècle se trouvent aujourd’hui engagées dans un processus de transformation radical » (Loret, 1995, page 10). Le progrès technique dont nous bénéficions depuis 1950, l’urbanisation de nos espaces de vie, le développement des transports, l’évolution des valeurs sociales et du comportement des individus, l’imaginaire lié à la pratique sportive représentent autant d’éléments d’évolution du sport. À l’image des « stabilising jacket » en plongée sous-marine ou des « ski paraboliques », des équipements plus performants et plus faciles à mettre en oeuvre en facilitent l’apprentissage. Sa représentation glisse vers le domaine marchand et « le caractère de marchandise transforme le sport, y compris dans ses formes, ses structures et ses représentations » (Settekorn 1997, page 207). En France, le lien entre le niveau de pratique et le niveau économique des individus engage à penser qu’au sein de notre société de consommation, le phénomène social du sport doit entraîner dans son sillage, l’apparition d’une offre professionnelle conséquente.

Dans l’actualité économique des activités ludosportives, on constate une multiplication en nombre et en nature des acteurs qui en composent l’offre. « Le sport n’est plus organisé par les associations et par l’Etat, mais aussi par une multitude d’organisateurs et de professionnels, aussi bien dans l’espace public que privé. De plus, l’influence de l’évolution administrative décentralisée et déconcentrée ainsi que l’évolution des comportements avec la montée en puissance de l’individualisme, qui conduit les gens à venir individuellement rejoindre les associations et les organisations tend à affecter l’organisation générale des pouvoirs, se traduisant par un poids grandissant du niveau local» (Cheminade, 1997, page 37). Aujourd’hui, le secteur des sports de loisir et de tourisme reste fortement dépendant des collectivités territoriales et des associations locales qui maîtrisent l’essentiel de l’offre sportive de loisir. La recherche s’interroge sur l’origine, les causes et les conséquences des évolutions du mouvement sportif puis explore sa rencontre avec les opérateurs du tourisme.

1.1.1 L’émancipation de l’offre sportive vers une logique de loisir

Au cours des quarante dernières années, le sport se transforme en une offre de loisir (Dumazdier, 1988). Il s’est affranchi de ses tutelles éducatives et culturelles pour s’émanciper de ses pouvoirs traditionnels et devenir un produit de consommation (Mermet, 2001). Le sport s’insère dans l’actualité économique : « Faut-il s’étonner dans ce contexte que les informations sportives prennent bien souvent l’allure d’informations économiques » » (Settekorn 1997, page 208). Au départ, simple pratique de loisir, il se transforme en un véritable secteur économique. Pour analyser ce phénomène, Bourdieu explique qu’un comportement social n’a pas de sens si on l’isole des autres comportements. Il n’a de sens que rapporté à l’ensemble des autres pratiques sociales qui, mises en relation, donnent un style de vie. Quand on considère le corps comme un objet social distinctif, le sport devient une pratique sociale. Chaque catégorie sociale invente alors sa propre pratique sportive distinctive.

Le marché du sport se présente en trois grandes familles de pratiques :
– La famille sportive la plus traditionnelle, fondée sur la morale du devoir et de la responsabilité est promue par le mouvement associatif. « Dans ce modèle de création de relations impersonnelles, se jouent et se déploient la démocratie et le civisme, ainsi qu’une morale du devoir et de la responsabilité librement consentie » (Pigeassou., 1997, page 16). Ce mouvement sportif traditionnel se déroule dans des espaces relativement clos et codifiés et devient universel après la guerre de 1945 avec l’avènement des nouveaux moyens de communication. Cette éthique traditionnelle n’offre que peu de prise au tourisme, mais ouvre de larges horizons par le biais du spectacle et de l’évènement sportif. Si la médiatisation de grands évènements sportifs comme les compétitions de football engendre des effets bénéfiques sur les pratiques, elle estompe également la limite entre sport et économie : « les footballeurs sont-ils des entrepreneurs ou des salariés ?» (Settekorn 1997, page 208). La sur médiatisation actuelle du sport entraîne dans le public un besoin de goûter à différents types d’activités. Un effet de « zapping » s’observe chez les jeunes qui glissent d’une activité à une autre en fonction des modes et de leurs différents leaders d’opinions.

– La mouvante décennie entre 1960 et 1970 imprègne les pratiques sportives. Conséquence de la recherche de libération du désir, le sport se fixe comme objectif la recherche de la joie, du plaisir et du bonheur et les codes et les valeurs en vigueur dans cette tendance marquée du sceau de l’émancipation. « Le fun se présente comme une morale du plaisir. C’est aussi une stratégie marketing, un look, un vocabulaire, une musique et un ensemble d’attitudes » (Loret A., 1995, page 30). Les règles sont moins contraignantes et les groupes informels apportent plus d’autonomie et d’indépendance aux pratiques sportives.

– Cette mouvance s’affirme depuis les années 1970 et influence largement les pratiques sportives jusqu’à la décennie suivante : « À partir des années 1980, les effets de l’évolution des enjeux économiques ébranlent l’ensemble des repères de la société. L’augmentation du pouvoir d’achat, la mondialisation des produits, l’explosion de la publicité et des moyens de communication tendent à faire perdre au sport de son substrat moral pour privilégier les objectifs personnels de santé, de loisirs, de plaisir, d’esthétisme, de performance et de distinction sociale » » (Pigeassou., 1997, page 17). Les valeurs sociales véhiculées par les générations actuelles qui rythment ces nouveaux comportements sportifs (Chifflet, 2000, page 24). Ce type d’activités sportives s’observe quotidiennement dans la pratique individuelle du jogging et du roller sur les trottoirs des villes ou dans le rassemblement de jeunes disputant un match de football sur les parkings des cités urbaines. Évaluer l’importance de ces pratiques reste un exercice délicat. Ces effectifs échappent au recensement classique par les adhérents des clubs, les licenciés des fédérations et les fichiers de consommateurs de produits sportifs.

1.1.2 Le cadrage quantitatif des sports de loisir

Les données témoignent de l’importance du phénomène (Bessi & Naria, 2003) :
– Le domaine de la randonnée pédestre. Ce sont plus de 31 millions de Français qui marchent pour leur plaisir. La randonnée pédestre se place en tête des sports les plus pratiqués en France. Cette activité se partage en grandes catégories plus ou moins concernées par le tourisme. Ces pratiquants randonnent une à quatre fois par mois et leur préoccupation majeure reste la découverte du patrimoine naturel.
– Les activités du cyclisme : Environ, 20 millions de Français pratiquent les sports cyclistes (cycle de route et vélo tout terrain). La majorité de ces sportifs s’adonnent au vélo le week-end et tout au long de l’année. Les clientèles étrangères sont principalement d’origine néerlandaise, anglaise et allemande.
– La pratique du ski. On compte environ 8 millions de skieurs français et 1,5 million de skieurs étrangers en France. La majorité optent pour le ski de fond (60 %). En ski de piste, la tendance va à la recherche de nouvelles glisses (monoski, surf, free-ride,..).
– Les sports équestres. Sur plus de 1,6 millions de cavaliers réguliers en France, 85 % montent en activité de loisirs et 38 % s’y adonnent au moins une fois par mois.
– Les sports d’eaux vives. La clientèle française avoisine un million d’individus (canoë, canoë-kayac, raft, canyon,…). Le marché est fortement marqué par les pratiquants étrangers originaires de Hollande, d’Allemagne et d’Angleterre.
– L’escalade. Le marché français recense un million de pratiquants. La clientèle étrangère en provenance d’Europe du Nord y occupe une place importante.
– Le gofl. La France occupe la septième place mondiale en nombre de pratiquants avec 300 000 golfeurs dont 70 % sont licenciés en club. En seulement dix ans, l’offre golfique a doublé et s’est fortement rapprochée du tourisme, notamment en Provence.

Pour cadrer le contexte de recherche, de manière globale : « le secteur du tourisme sportif se caractérise par plus de 11 millions de courts séjours (un à trois jours), de plus de 8 millions de longs séjours (plus de trois jours) représentant une totalité de 20 millions de séjours, soit plus de 66 millions de nuitées » (Pigeassou, 2002). Ces chiffres concernent le tourisme d’activités sportives se déroulant sur le territoire national. Pour clore le cadrage à dominante quantitative, on constate l’importance grandissante des sports dans la société française avec la croissance constante du nombre des pratiquants. C’est un corollaire du temps des vacances qui occupe désormais une place importante de la vie et où l’on y voit apparaître l’attente d’une valeur ajoutée parfois liée à une pratique sportive. La nature de la demande touristique, auparavant liée à une certaine oisiveté semble se transformer en une attente d’une offre de service marchande plus conséquente.

Secteur économique très présent dans la région azuréenne, le tourisme en permanente recherche de nouveaux marchés, trouve une extension naturelle vers les sports, économiquement porteurs de valeur ajoutée. Les managers du tourisme semblent miser sur l’opportunité de la « sportivisation » de la société, pour développer, dynamiser ou revitaliser un secteur à la recherche d’opportunités de marché. Aujourd’hui, l’imbrication du sport et du tourisme donne l’appellation de tourisme sportif : « le tourisme sportif est né d’une part de l’extension du sport aux activités de loisirs sportifs et d’autre part, de la nécessité du tourisme de développer des produits complémentaires aux services de base du tourisme » (Pigeassou, 2002, page 15). C’est une demande de consommation aux contours encore indéfinis que les organisations tentent de capter en jouant sur les symboliques sociales et de santé du sport qui intègre un choix d’offres touristiques élargies.

Le tourisme sportif en quête d’identité
La construction identitaire dans les organisations de tourisme sportif, entre idéologies sportives et matérialité professionnelle marchande
Thèse de doctorat de 3° cycle – Sciences de l’Information et de la Communication
Université de Nice Sophia-Antipolis