Amélioration de l’efficacité énergétique, Finance Carbone

By 5 July 2012

Les marchés du co2 au service de la performance des entreprises – Partie II :

Section I La Finance Carbone au service de performance économique des entreprises
Section II La Finance carbone au service de la performance financière des entreprises

Section I : La Finance Carbone au service de performance économique des entreprises
Le marché du CO2 ou plutôt la finance carbone d’une manière générale peut être un atout important pour les entreprises. En effet, son impact sur la dynamique des entreprises est multiple ;

1. Amélioration de l’efficacité énergétique

Pour les entreprises, la mise en place d’une stratégie proactive, c’est-à-dire reposant sur un engagement volontaire et significatif en faveur de la réduction des GES et du soutien au Protocole de Kyoto, se justifie tout d’abord par des raisons économiques. En effet, les marchés du CO2 peuvent être un outil au service de leur performance économique en ce qu’ils favorisent l’amélioration de l’efficacité énergétique au regard des contraintes qui leur sont imposées. Cette recherche d’efficacité favorise à terme une réduction des coûts liés à la consommation de l’énergie. Le cas de l’entreprise Total est éclairant à ce sujet.

1.1 L’exemple de Total
1.1.1 Présentation de l’entreprise

Total est le quatrième groupe pétrolier et gazier mondial. Il est présent dans plus de 130 pays et s’appuie sur un effectif supérieur de 111 000 personnes.

Total est le quatrième producteur mondial d’hydrocarbures, avec 2,59 millions de barils équivalent pétrole par jour et des réserves prouvées de 11,1 milliards équivalent pétrole par jour. Le groupe exploite des sites de production dans l’ensemble des grandes régions pétrolières, en particulier en Europe et en Afrique (près des deux-tiers du total).

Total est également présent dans le secteur de la chimie où il fait partie des leaders européens ou mondiaux selon les branches : pétrochimie, produits vinyliques, chimie industrielle et produits de performance, spécialités, transformation des élastomères, fertilisants.

Performances consolidées du groupe Total

En millions d’euros 2002 2003 2004
Chiffres d’affaires 102540 104652 122700
Variation (en %) -2,6 +2,1 +17,2
Résultat net 6260 7344 9039
Variation (en %) -16,7 +17,3 +23,1
Taux de marge nette (en %) 6,1 7,0 7,4

Source Total

1.1.2 Chiffres clés

Le groupe Total dispose d’une cinquantaine d’installations concernées par le système d’échanges en Europe. A ce titre, il s’est vu attribuer environ 30 millions de quotas. La France compte pour environ la moitié des quotas alloués et plus de la moitié des installations concernées. Dans l’Hexagone, c’est l’activité de raffinage qui est la plus forte émettrice de CO2.

Graphique 7 : Part relative des sources de GES dans les émissions du groupe en 2004
Part relative des sources de GES dans les émissions du groupe en 2004
Source : Total

Le principe du torchage a maintenant été abandonné pour les nouveaux gisements et des efforts sont réalisés pour en limiter les conséquences environnementales sur les anciens sites de production. Total est d’ailleurs membre du GGFR (Global Gas Flaring Reduction Public-Private Partnership) de la Banque mondiale, programme destiné à étudier les actions à mettre en place pour limiter l’utilisation du torchage. Ce sont aujourd’hui les activités nécessitant une combustion, comme le raffinage, la chimie ou même la production, qui sont responsables de la majorité des émissions de GES et surtout de CO2 en Europe.

Evolution des émissions par branche d’activités (en millions de tonnes de CO2)

Branches 2002 2003 2004 Objectifs 2005 de réduction des émissions (par rapport à1990) Réalisations 2004 par rapport à 1990
Exploitation et production 28,3 27,1 26,2 -30 -39
Aval 20,1 22,5 22,9 -20 -23
Chimie 16,8 14,3 16,3 -45 -54
Gaz et électricité 1,5 2,2 3,9 Inférieur au seuil de 375 g deCO2/kWh 338 g CO2/kWh
Total 66,7 66,1 69,3

Source : Total

Bien que les émissions soient affectées d’une année sur l’autre par l’augmentation du volume d’activité, ce qui explique une hausse des rejets de GES de 4,8% entre 2003 et 2004, la tendance est depuis plusieurs années à la réduction. Total a même dépassé en 2004 les objectifs qu’il s’était fixé en 2001 pour l’année 2005.

1.3 La gestion des quotas CO2 est confiée à l’entité Trading

Pour faire face au système d’échanges de quotas d’émissions, Total a crée :

♦ des organes de pilotage, baptisés comptoirs industriels, pour chacune des branches. Ces entités assurent la coordination opérationnelle et permettent l’évaluation des marges de manœuvre en fonction des besoins, c’est à dire d’une situation excédentaire ou déficitaire par rapport au nombre de quotas alloués (qui varie en fonction de l’activité) ;

♦une structure de trading, ou comptoir de négoce commun, pour l’ensemble du groupe. Celle-ci coordonne les actions sur le marché de manière à optimiser l’intervention du groupe dans le système d’échanges.

Cette organisation spécifique et centralisée a nécessité la mise en œuvre d’un reporting contraignant et commun à tout le groupe.

1.3.1 A court terme, Total joue la carte de l’amélioration énergétique pour réduire ses émissions

Dans le domaine de la gestion des quotas et dans le cadre de la première phase, Total a défini trois priorités. Pour Brigitte Poot, spécialiste du changement climatique au sein de la Direction Développement durable et Environnement de Total, « A court terme, la priorité de Total en matière de réduction des gaz à effet de serre, c’est l’amélioration de l’efficacité énergétique. Au début de cette période, les premières actions ont porté sur la fiabilsation du reporting et l’instauration d’un processus de vérification ainsi que sur la mise en place d’une organisation centralisée de gestion des quotas. La gestion des quotas portera uniquement sur la mise en place du système d’échanges, l’établissement d’un reporting (ce qui implique des moyens humains et une organisation interne considérables) et l’instauration d’un processus de vérification ».

A court terme, la priorité de Total en matière de changement climatique, repose ainsi sur l’amélioration de l’efficacité énergétique.

A moyen terme, le groupe table sur le développement des énergies renouvelables (solaire, éolien, biocarburants et hydrogène notamment).

Sur le long terme, Total parie sur la recherche, qui devrait être à même de fournir les technologies pour lutter contre les émissions de CO2, en particulier, la capture et le stockage géologique du CO2. Dans cette optique, le groupe est impliqué dans plusieurs projets tels que le projet européen ENCAP (mené par la compagnie suédoise d’électricité Vattenfall), le projet CO2-Store (conduit par Statoil) ou encore les projets français Picor et Picoref du Réseau technologique pétrole et gaz.

Ainsi, aujourd’hui l’action principale de Total se situe dans l’amélioration de l’efficacité énergétique, mais le groupe peut également s’appuyer sur son desk de trading pour intervenir sur les marchés de CO2. Total semble prêt à gérer la contrainte CO2, voire son éventuel durcissement à long terme.

1.2 Le rôle clé de la R&D dans la recherche de l’amélioration énergétique et la réduction des émissions de GES : le cas de Lafarge

Créé en 1833, le groupe français Lafarge est le leader mondial des matériaux de construction. Présent dans dix pays de l’UE-25, Lafarge s’est vu attribué un total de quotas en Europe de 24 millions de tonnes par an pour la première période. Le PNAQ français a accordé environ 5,5 millions de quotas au groupe.

Même si l’intervention sur les marchés d’échanges de quotas d’émissions n’est pas à l’ordre du jour, le groupe tient à réduire ses émissions de CO2. En effet, il a même anticipé les exigences de la réglementation européenne en signant, dès 2000, un partenariat avec la WWF portant sur la réduction de 20% des émissions spécifiques (par tonne de ciment) dans le monde et de 10% des émissions absolues dans les pays industrialisés d’ici 2010 (sur la base des émissions constatées en 1990).

Pour cela, le groupe mise avant tout sur la Recherche et développement en consacrant en 2005 près de 25 millions d’euros dans des programmes de recherche visant à réduire les émissions de CO2.

Graphique 8 : Part des programmes de recherche ayant un impact direct ou indirect sur la réduction des émissions de CO2 au sein du budget R&D total (en millions d’euros)
Part des programmes de recherche ayant un impact direct ou indirect sur la réduction des émissions de CO2 au sein du budget R&D total
Source : Lafarge

En 2005, près du tiers des dépenses en Recherche et Développement auront un impact direct ou indirect sur les émissions de CO2 de Lafarge.

Ces efforts importants dans la R&D portent leurs fruits. En effet en 2004, grâce à la R&D entre autres, le groupe avait déjà réduit ses émissions spécifiques de 11,2%, soit plus de la moitié de l’effort défini dans le cadre de l’accord avec la WWF (échéance 2010).

Pour faire face à cet engagement, le groupe a mis en place trois mesures principales :
♦ l’amélioration de l’efficacité énergétique en diminuant la consommation énergétique des fours ;
♦ l’utilisation des sous-produits de manière à faire du ciment qui contient moins de clinker
♦ la modification du mix énergétique en favorisant les combustibles qui produisent le moins de carbone (y compris dans le traitement des déchets).

Impact sur les émissions spécifiques du groupe par tonne entre 1990 et 2004

Contributions des mesures mises en place Impact en %
Amélioration de l’efficacité énergétique -5,7
Utilisation des sous-produits industriels -4,8
Modification du mix énergétique -0,7
Résultat total -11,2

Ainsi la R&D est au cœur de la problématique de la réduction des émissions de CO2. Des groupes comme Lafarge l’ont compris et en ont fait leur cheval de bataille, préférant concentrer leurs efforts sur la recherche des avancées technologiques plutôt que d’intervenir directement sur les marchés du CO2, du moins pour l’instant. A terme, ils espèrent tirer un avantage concurrentiel certain, améliorant ainsi leur performance économique. En attendant, le fait même de communiquer sur leurs politiques environnementales, leur permet d’améliorer leur image de marque.

Lire le mémoire complet ==> (La finance carbone : En quoi le marché du co2 peut-il être un outil au service de la performance des entreprises? )
Mémoire de fin d’études – Majeure Finance
INSEEC Paris