Vérification de la mise en place du Responsible Care chez Cray Valley

By 19 June 2012

3. Résultats
a. Résultats environnementaux

Maîtriser les émissions de gaz à effet de serre

En 2001, le groupe s’était fixé pour objectif de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici à la fin 2005, de 45 % dans la Chimie par rapport au niveau de 1990 ; ce résultat a pu être obtenu dès 2004 avec une année d’avance.

Améliorer la qualité de l’air

Total s’efforce de réduire les rejets polluants gazeux tels que les émissions de composés organiques volatils (COV), susceptibles d’altérer la qualité de l’air, en favorisant la couverture des bacs de stockage à l’aide de toits flottants, la détection des émissions fugitives sur les installations, ou encore la mise en place d’aspirations spécifiques aux points sensibles et la destruction des COV ainsi canalisés. En matière de Nox (émissions d’oxydes d’azote), des réflexions sont en cours pour mieux inventorier et réduire les émissions des sites du groupe. Concernant le dioxyde de soufre (SO2), les émissions absolues ont été fortement réduites.

Préserver l’eau

Total s’engage à réduire ses consommations d’eau afin de participer à la préservation de cette ressource. En 2004, le groupe a ainsi effectué un inventaire des prélèvements d’eau sur l’ensemble des sites du groupe. En France, une recherche sur les possibilités de recyclage a notamment été entreprise à la raffinerie de Donges.

Renforcer la lutte antipollution marine et fluviale

Pour rester prêt à gérer tout accident comportant un risque de pollution, le groupe s’est doté d’une nouvelle organisation interne baptisée Parapol (Plan d’assistance à la mobilisation des ressources antipollution), lui permettant de réunir dans les meilleurs délais les compétences nécessaires à la bonne gestion d’une pollution des eaux de surface, fluviales ou marines.

Gérer les déchets

La production de certains déchets étant inévitable, le groupe essaie de les valoriser sous forme de matière ou d’énergie.

Réhabiliter les sites industriels

Afin de mieux appréhender les enjeux et les modalités de la réhabilitation des sols, le groupe a créé en 2004 une instance de coordination, le Coremed (Comité de pilotage de la remédiation des sites et des sols). Chargé de sensibiliser de façon collective le management HSE (Hygiène Sécurité Environnement), il travaille à favoriser l’échange de retours d’expérience et la discussion de propositions communes.

Contribuer à la lutte contre le changement climatique

Dans le cadre du protocole de Kyoto, l’Union européenne a institué pour l’industrie sur la période 2005-2007 un système de régulation du CO2, reposant en particulier sur des plans nationaux d’allocations de quotas (PNAQ). Tout en poursuivant ses objectifs de réduction fixés dès 2001, le groupe a travaillé en 2004 sur la fiabilisation de ses déclarations d’émissions de GES à travers une directive de reporting groupe.

b. Résultats sécurité et santé

Améliorer les performances en matière de sécurité au poste de travail

Début 2002, Total s’est engagé à réduire de 60 % la fréquence des accidents au poste de travail. En 2004, le groupe a enregistré moins de 7,4 accidents par million d’heures travaillées, soit une baisse globale de 52 % depuis 2001. De même, la fréquence des accidents des personnels d’entreprises extérieures connaît une baisse du même ordre que celle observée pour le personnel groupe.

Améliorer les performances en matière de sécurité au poste de travail

Renforcer la sécurité des opérations et des installations

En France, trois sites pilotes travaillent, en étroite collaboration avec le Ministère de l’Écologie et du Développement durable, à l’élaboration de Plans de Prévention des Risques Technologiques (PPRT), en accord avec la loi du 30 juillet 2003. Ces plans visent à limiter l’exposition des populations aux conséquences d’un éventuel accident industriel. Début 2002, TOTAL a adopté un plan de renforcement de la sécurité qui prévoit une enveloppe spécifique d’investissements de 500 millions d’euros sur quatre ans. Ces moyens, essentiellement destinés à la Chimie et au Raffinage, ont notamment été consacrés à la modernisation des salles de contrôle ainsi qu’au renforcement de la sécurité des stockages de produits dangereux, toxiques ou inflammables.

4. Vérification de la mise en place du Responsible Care

En 2003, Total a continué à consolider ses processus de reporting non financier et a mené un travail de réflexion pour une mise en œuvre progressive d’un système de vérification par des tiers indépendants des données quantitatives en matière sociale, environnementale et de sécurité industrielle. En 2004, Total a poursuivi son action de certification ISO 14001 – norme de certification internationale du système de management environnemental (SME). Le groupe vise ainsi à faire certifier d’ici à la fin 2005, 50 % de ses sites industriels dont les impacts sont les plus importants, et 75 % d’ici à la fin 2007. Le groupe dispose d’un comité d’audit dont la mission est d’assister le Conseil d’Administration puisse s’assurer de la qualité du contrôle interne et de la fiabilité des informations fournies aux actionnaires et aux marchés financiers. L’évaluation de la performance en matière sociale et environnementale est mesurée par des agences de notations extra financières. En 2003, la performance de Total était satisfaisante.

Cray Valley en adhérant au programme Engagement de Progrès, s’est obligé à respecter ces neuf principes directeurs. Vu de l’extérieur et en fonction des informations dont nous disposons, nous pouvons conclure avec certaines réserves que la politique de l’entreprise en matière de Responsible Care est conforme à son engagement. Mais il faudrait un étude approfondie en interne pour donner un avis beaucoup plus sûre. La politique Responsible Care est clairement définie et fait partie intégrante de la politique générale du groupe Total et cela grâce à la création de la Direction Développement durable & Environnement en 2002. Cray Valley veille à ce que son personnel applique l’engagement à tous les niveaux notamment grâce au code de conduite, à la charte Sécurité Environnement et Qualité, destinés à aider les responsables dans la mise en œuvre de ces principes dans leurs fonctions quotidiennes. Grâce à sa politique de dialogue avec les parties prenantes, l’entreprise informe ses salariés, ses clients, ses fournisseurs, les autorités d’une exposition aux conséquences d’un éventuel accident industriel dans le but de renforcer la sécurité et la protection de l’environnement. Afin d’améliorer ses performances dans les domaines de la sécurité, de la protection de la santé et de l’environnement, l’entreprise a mis en place des plans d’actions (Parapol, PPRT.. .), des comités (Coremed, …), et de nouveaux procédés industriels etc. L’entreprise essaie de réduire la consommation des ressources telles que l’eau et à minimiser les déchets en les valorisant sous forme de matière ou d’énergie. Pour atteindre ses objectifs, elle investit énormément dans la recherche. En France, une recherche sur les possibilités de recyclage a notamment été entreprise à la raffinerie de Donges. Et enfin, elle communique sur les progrès réalisés dans la chimie au niveau national et au niveau local.

Nous venons d’étudier deux exemples d’application du Responsible Care dans des entreprises chimiques. Le constat que nous pouvons faire à ce niveau est que la politique de communication semble être la même, chaque entreprise dispose d’un directeur des relations extérieures (Directeur des affaires publiques chez Rhodia, Directeur des relations institutionnelles chez Cray Valley). Pour améliorer leur image et la réputation de l’industrie chimique française, ces entreprises communiquent sur leurs pratiques HSE en organisant des réunions avec les élus locaux, des journées portes ouvertes et en mettant en place des partenariats et des campagnes pour sensibiliser la population. Bien que ces entreprises ne soient pas de la même taille (Rhodia compte 23 059 salariés et Cray Valley 3 600), l’adoption du Responsible Care semble suivre les mêmes étapes. Ces deux entreprises ont adhéré la même année à l’Engagement de Progrès. Elles disposent également d’une direction Développement Durable.

Cependant, il existe des particularités dans la définition de leur politique Responsible Care. Pour Rhodia, le Responsible Care regroupe les politiques HSE (hygiène industrielle, santé et sécurité des personnes, transport, protection de l’environnement) et les politiques de gestion responsable des produits (Product Stewardship). Tandis que pour Cray Valley, cette politique est intégrée dans les politiques QSE (Qualité-Sécurité-Environnement) incorporées dans un système de management. Le fait que le Responsible Care soit intégré dans les autres pratiques, on peut se demander s’il ne vient pas compléter et formaliser les pratiques existant en matière de sécurité, d’hygiène et de protection de l’environnement. On peut également s’interroger sur ce qui a véritablement changé avec la mise en place du Responsible Care. S’agit-il d’une « stratégie de couverture » comme affirmaient Weiler et Cherry (1998) ? ou d’une « nouvelle manière de pensée » ?(Howard et al., 2000). Pour répondre à cette question, il faudrait une étude approfondie à l’intérieur de l’entreprise afin d’interroger les salariés sur leur perception du Responsible Care, sur les formations qu’ils ont reçues et sur l’implication de la direction.

Il existe aussi des différences dans la mise en place de leur politique Responsible Care. Chaque entreprise dispose de son propre système de management interne permettant de coordonner les exigences de plusieurs systèmes de contrôle du management, y compris le management de la sécurité, de la santé, de l’environnement ou de la qualité. Cray Valley utilise un Système de Management de la Qualité, compatible avec une certification ISO 9001 selon les critères de la révision an 2000 de la norme ; de l’Environnement, compatible avec une certification ISO 14001 ; et de la Sécurité, compatible avec les réglementations locales (Seveso II en Europe, PSM aux USA, etc.) et avec les exigences de TOTAL. Tandis que Rhodia a développé son propre système de gestion de la sécurité et de l’environnement, SIMSER+ (Système Intégrant le Management de la Sécurité et de l’Environnement), qui intègre les meilleures pratiques existantes, les exigences des normes ISO 14000 et des principales réglementations internationales. Bien que ces systèmes de management intégrés fassent référence à des normes internationales, ils sont différents car les éléments qui composent ces systèmes dépendent des politiques, des objectifs et de la gestion des ressources de chaque entreprise. Aussi, leurs indicateurs de performance, définis à partir du guide de reporting de la GRI, sont choisis en fonction de la volonté de chaque direction générale.

En conclusion, nous pouvons dire que l’étude exploratoire nous a permis d’avoir un aperçu général des pratiques de Responsible Care et de déceler quelques différences dans ces pratiques notamment en ce qui concerne les systèmes de management interne et les politiques HSE ou QSE. Mais cette étude menée de l’extérieur est insuffisante pour établir une typologie ou une homogénéité des pratiques Responsible Care. C’est la raison pour laquelle, pour répondre à notre question de recherche, nous passons à la phase de collecte et d’analyse des données qui consiste à réaliser une étude à partir d’une dizaine d’entreprises chimiques françaises signataires de la charte « Engagement de Progrès » de l’Union des Industries Chimiques. Cette étude consiste à analyser les pratiques des entreprises de notre échantillon et à effectuer une synthèse qui permettra de comparer les pratiques observées.

Lire le mémoire complet ==> (Responsible Care dans les entreprises chimiques françaises)
Master Recherche Sciences de Gestion (DEA) – Mémoire Majeur
IAE de Poitiers – Université de Poitiers