Quels sont les acteurs sociaux de travail des enfants?

By 25 June 2012

IV. Les acteurs sociaux

Le travail d’un enfant est le résultat de forces diverses et nombreuses : forces économiques, sociales, culturelles, forces individuelles ou collectives, etc. Toutes influencent l’enfant de façon différente à travers les personnes évoluant dans son milieu de vie, que celles-ci en aient conscience ou non. Trois catégories d’acteurs méritent d’être observés de façon particulière : les enfants eux-mêmes, les parents et les employeurs.

1. Les enfants

A priori toute mise au travail précoce d’un enfant implique qu’elle est imposée à l’enfant, plus ou moins à la force, par les parents. Toutefois, en général du point de vue de l’enfant, c’est plutôt dans une attitude d’adhésion à un projet ou un besoin exprimé par les parents qu’il se met au travail (Bonnet, 1998, pp. 65-76).

L’enfant d’une famille pauvre, et à plus forte raison d’une famille vivant en situation d’extrême pauvreté a conscience des besoins les plus fondamentaux (nourriture, habitation, habillement) depuis son très jeune âge; tout ce qui est nécessaire pour survivre, non seulement est insuffisant, mais risque de manquer encore plus le lendemain. Cette expérience est encore plus contraignante quand il s’agit de la situation de toute la famille. Dans ce contexte, vivre, c’est « se débrouiller » pour, à défaut de sortir de cet univers de privations, du moins empêcher qu’il ne se resserre d’avantage. Le travail représente l’unique moyen de se débrouiller pour ces enfants, comme pour le reste de leur famille, et le droit au travail, c’est le droit d’avoir chaque jour un moyen de se débrouiller. L’éducation, en particulier la maîtrise de l’écrit apparaît aux enfants vivant dans ces situations comme un privilège lointain du monde des puissants, et l’école n’est guère plus qu’une piste inaccessible en direction de ce monde.

Le dynamisme de la vie pousse l’enfant non seulement à affronter le moment présent mais à se propulser en permanence vers le lendemain. L’enfant travailleur a le sentiment que demain sera meilleur qu’aujourd’hui. Cet espoir remet tous les matins le petit cireur dans la rue ou le petit commerçant ambulant sur le trottoir. Il pousse d’innombrables enfants travailleurs soit à trouver un autre travail, soit à lutter pour augmenter leur rendement et se faire remarquer par leur employeur. Ce même espoir mène, tant qu’il est possible, ces enfants à l’école malgré tous les sacrifices à faire (longues journées de travail, mauvaises conditions d’enseignement, manque de soutien psychologique, relégation sociale, etc.). En effet, les enfants qui travaillent ont le désir profond de ne pas perdre leur emploi, leur rêve étant de pouvoir étudier pour pouvoir trouver un emploi stable.

L’enfant perçoit son futur statut de travailleur à travers les adultes qui l’entourent. Aller de l’avant signifie rejoindre le monde des adultes dès aujourd’hui en les imitant. La fierté d’être déjà comme un adulte lui permet de surmonter les difficultés rencontrées au travail. Cette fierté explique pourquoi tant d’enfants acceptent avec une certaine satisfaction de travailler sous le statut d’apprenti, pendant des années et dans des conditions très dures, même si cette activité est assumée en dehors d’un autre travail qui leur permet de survivre. A travers l’apprentissage, l’enfant cherche certes à acquérir une qualification professionnelle mais, surtout, il cherche à s’insérer dans un système de relations lui permettant de trouver une place précise dans le monde du travail.

Les travailleurs enfants et leur relation avec l’employeur

Les statistiques montrent que la majorité des enfants au travail le sont dans un cadre familial. La majorité des employeurs d’enfants sont donc soit des membres de la famille ou de la parenté, soit des chefs de petites entreprises ayant moins des dix travailleurs, avec une gestion reposant sur les mêmes bases que la vie familiale. Cela ne signifie évidemment pas du tout que l’enfant ne soit pas exploité ni même qu’il soit automatiquement protégé de tout danger. Par contre, un élément capital et spécifique à ce type d’entreprise est le fait que l’enfant travailleur y est en contact direct avec l’employeur. Il le voit vivre et agir, il l’entend donner son avis, exprimer ses sentiments, il peut l’observer et même discuter avec lui.

La distinction entre le lieu de vie familiale et le lieu de travail est floue, souvent difficile à percevoir par l’enfant. Les locaux sont ceux d’une famille ou sont tout à fait similaires, c’est-à-dire construits sur le même plan, avec le même matériau, dans le même environnement, avec des conditions d’aération, de lumière et d’hygiène identiques. L’enfant travailleur reste dans un milieu marqué par la pauvreté et la dureté des conditions de vie.

Les relations sociales aussi changent peu. L’employeur, du point de vue de l’enfant, se comporte comme un chef de famille, parfois même comme un père, qui se bat contre la pauvreté pour survivre. Cependant, le contact avec l’employeur, fait comprendre à l’enfant que son apprentissage va lui servir dans sa propre lutte pour la vie, pour « s’en sortir ».

Dans sa stratégie de survie, le petit employeur se voit contraint de détourner la loi et de tromper les forces de l’ordre, en particulier pour employer l’enfant. Celui-ci découvre à travers cette attitude qu’une partie des difficultés auxquelles sont confrontées les entreprises, et à travers elles les travailleurs, provient directement d’un système qui est au dessus de ces entreprises, un système porteurs des dangers et dont il faut se protéger, ou tout au moins se méfier. Ceci explique pourquoi, d’une façon générale, les enfants participent activement aux efforts des employeurs pour camoufler leur travail.

En effet, là où l’expert voit de conditions de travail dures, dangereuses et parfois intolérables, l’enfant travailleur voit d’abord le partage d’une vie commune de pauvreté et de convergence, pour ne pas dire de solidarité, dans la recherche d’une amélioration (Bonnet, 1998, pp. 84-86).

2. Les parents

Volés, exploités, manipulés parfois depuis des générations par les propriétaires locaux, les pouvoirs politiques et les stratégies des puissances internationales, les parents des enfants qui travaillent en général luttent pour soutenir l’épanouissement des membres de la famille. Le leitmotiv des parents les plus démunis est l’espoir que leurs enfants arrivent à avoir une existence moins dure que la leur (Bonnet, 1998, pp. 79-83).

Sous les conditions de vie de plus en plus dures chez les pauvres, en ville ou à la campagne, les pères ont du mal à assumer seuls tous les travaux nécessaires pour assurer le rendement minimum imposé. Pour contribuer au revenu familial, les mères de familles et les enfants doivent eux aussi se mettre au travail.

La lutte quotidienne contre une extrême pauvreté d’une part, et le manque de structures d’accueil et de conseil d’autre part, n’offrent pas aux parents les moyens d’approfondir leur réflexion sur l’éducation de leurs enfants. Pour éviter le vagabondage, problème principal de leurs enfants de moins de 14 -15 ans, les parents, souvent analphabètes, voient comme solution immédiate l’occupation de leurs enfants par le travail comme la forme de placement sur le parcours qui présente le moins de risques d’exclusion sociale.

Pour la plupart des familles l’augmentation du revenu n’est pas l’objectif principal de la mise au travail des enfants. Le travail des enfants n’est pas mesuré en termes d’apports monétaires mais d’allègement des dépenses, ce qui est crucial pour les familles en lutte pour la survie. De ce fait, la possibilité de confier l’enfant de façon plus ou moins permanente à un employeur représente pour les parents un grand soulagement.

En ce qui concerne l’éducation, les parents, même analphabètes, se rendent compte que les conditions d’enseignements ne sont pas appropriées à leur situation et que l’école, même si elle est confiée à un comité de parents d’élèves, est au service des enfants des familles les plus aisées. De plus, les enfants qui réussissent à rester à l’école redoublent souvent les années scolaires et prennent du retard. Du fait que l’école n’a aucun effet sensible sur les perspectives d’emploi des enfants, les parents préfèrent placer leurs enfants dans un atelier ou une activité qui leur donnera une certaine qualification technique et établira des relations avec le futur milieu de travail.

3. Les employeurs

Quel que soit le secteur d’activité, c’est principalement des considérations des coûts qui induisent les employeurs à embaucher des enfants. En rémunérant bassement les enfants, les employeurs accroissent leur propre compétitivité, non seulement sur les marchés intérieurs, mais aussi à l’étranger (Bequele et Boyden, 1990, pp. 24-32). En règle générale, même à travail égal, la rémunération des enfants est inférieure à celle des adultes, elle se situe le plus souvent au dessous du salaire minimum et n’a aucun rapport avec le nombre d’heures effectuées. De plus, les travailleurs enfants ne bénéficient d’aucun avantage social et ne sont pas protégés par une assurance ou par la Sécurité sociale, ce qui se traduit par autant d’économie pour les employeurs.

Comme nous l’avons déjà indiqué, les enfants travaillent d’ordinaire avec leurs parents ou pour des membres de leur famille ou de leur communauté. Toutefois, pour des raisons de survie ou pour la recherche du bénéfice maximum, les relations professionnelles avec des enfants mineurs peuvent devenir extrêmement oppressifs. Les facteurs explicatifs des abus exercés par les employeurs sur les travailleurs enfants sont : la pressante nécessité économique des enfants, le statut de travailleur illégal qui leur empêche de bénéficier du droit et de la possibilité de représentation devant les autorités, l’inefficacité des services chargés de surveiller le travail et, enfin, le progrès technique qui restreint les possibilités d’emploi des enfants dans le secteur moderne en les poussant aux petits métiers.

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Mémoire de licence
Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education