Programmes environnementaux et performance des entreprises chimiques

By 17 June 2012

II. Impact des programmes volontaires et des réglementations dans le domaine environnemental sur la performance des entreprises

A. Impact des programmes volontaires dans l’environnement

Une étude récente réalisée par les auteurs Melnyk, Sroufe, Calantone et Montabon (2002) examine les réactions des entreprises américaines face aux différents programmes environnementaux lancés aux Etats-Unis (Responsible Care, 33/50, ISO 14001, RCRA). Elle analyse aussi les impacts de ces programmes sur la performance de ces entreprises. Contrairement au Responsible Care, le 33/50 est une initiative du gouvernement américain dont le but était dans les années 90 de réduire les émissions atmosphériques des produits chimiques. La norme internationale ISO 14001 est plus récente que les autres programmes environnementaux. Son adoption aux Etats-Unis date de 1996 et son objectif est d’améliorer les performances environnementales des entreprises . Cette norme engage les entreprises sur 3 points : la prévention de la pollution, l’amélioration continue et la conformité réglementaire. Enfin, le RCRA (Resource Conservation and Recovery Act) œuvre principalement pour la sécurité des travailleurs et accessoirement pour la protection de l’environnement.

Les résultats de cette étude montrent que ces programmes environnementaux ont une influence positive sur la performance des entreprises. En effet, ces programmes en permettant aux entreprises de gérer l’impact de leurs activités sur l’environnement, apportent des avantages économiques pour ces entreprises : baisse des coûts de production, réduction des délais de livraison, augmentation de la qualité des produits, meilleur positionnement stratégique sur le marché, amélioration des procédés de fabrication etc. En dehors des intérêts économiques, il existe un autre avantage primordial qui se situe au niveau de l’amélioration de l’image de marque et la réputation des entreprises.

Par ailleurs, ces auteurs rappellent que ces programmes ont un véritable impact sur la performance que si une vérification externe est exigée. Pour King et Lenox (2000), il est impératif que le programme Responsible Care se tourne vers une vérification externe (the third-party verification) pour permettre de distinguer les entreprises qui sont conformes aux règles et celles qui ne le sont pas. En effet, selon le rapport du PNUE intitulé « L’avenir de l’environnement mondial 2000 », certaines entreprises contournent la réglementation en exportant leur produits chimiques vers les pays en développement, où la réglementation est moins rigoureuse, et où le public est moins au fait de la question. Le PNUE estime que des centaines des milliers de personnes meurent chaque année par suite de l’exposition à des produits chimiques toxiques. Dans les pays en voie de développement, l’empoisonnement figure parmi les causes les plus fréquentes de décès chez des patients hospitalisés. Deux types de déchets chimiques dangereux alarment les spécialistes. Il s’agit des POP (Polluants Organiques Persistants) et des métaux lourds. Ils sont à l’origine des cancers, des lésions rénales, dysfonctions neurologiques etc.

Dans ce cas de figure, les efforts volontaires de l’industrie chimique se révèlent-ils suffisants ? Selon les activistes de CorpWatch, la démarche privilégie trop la communication sur l’action. Ils dénoncent les effets d’annonce médiatique autour du Responsible Care en décernant au projet le prix du « greenwashing ». Ils mettent en évidence les carences de la démarche : absence d’engagements chiffrés et datés, absence de vérification externe malgré les engagements initiaux, faible transparence de l’industrie sur les effets présumés toxiques d’une multitude de ses produits, pratiques de lobbying contraires à des projets de lois jouant dans le sens d’une plus grande responsabilité environnementale. Le Responsible Care définit de manière générale les principes à suivre sans spécifier le niveau de performance à atteindre et les sanctions qui peuvent résulter du non respect de ces pratiques. Les adhérents appliquent ce programme au rythme qui leur semble le plus approprié puisque la seule véritable exigence qui leur ai demandé est l’amélioration de leurs performances. Aucun seuil de performance n’est fixé. Il s’agit de recommandations professionnelles sur les moyens et non d’obligations sur les résultats.

Face aux enjeux planétaires tels que la santé, la sécurité des hommes et la protection de l’environnement, ne faudrait-il pas mettre en place d’autres dispositifs plus contraignants afin d’inciter les entreprises à respecter les principes du Responsible Care ? Dans ce cas, une réglementation est-elle nécessaire ?

PNUE : Programme des Nations Unies pour l’Environnement.
ONG dont la mission est d’interpeller les grandes entreprises multinationales sur leur responsabilité sociale et environnementale.
Greenwashing ou verdissement d’image est le terme employé par les groupes de pressions environnementaux pour désigner un certain type de communication des entreprises relativement à leur stratégie de développement durable, dans lesquels les messages sont émis avec force sans être forcément accompagnés d’actions à la hauteur de cette communication.

Lire le mémoire complet ==> (Responsible Care dans les entreprises chimiques françaises)
Master Recherche Sciences de Gestion (DEA) – Mémoire Majeur
IAE de Poitiers – Université de Poitiers