Pratiques d’entreprises chimiques en matière de santé

By 19 June 2012

Présentation et discussion des résultats – Partie 2 :

Cette partie est consacrée à la présentation des résultats obtenus après la phase de collecte et d’analyse des données. Nous exposons, tout d’abord, une synthèse des résultats obtenus lors de nos recherches, ensuite, nous menons une réflexion sur les éléments de réponses apportés à notre question de recherche. Enfin, nous proposons, à partir de nos conclusions, des pistes de recherche envisageables pour la réalisation d’une thèse.

Chapitre 1 : Présentation des résultats

Les résultats exposés dans ce chapitre proviennent de l’analyse de la méta-matrice présentée dans la section 2 du chapitre précédent. Les informations contenues dans cette méta-matrice découlent en majorité des entretiens réalisés avec les dix entreprises de notre échantillon et sont éventuellement complétées par d’autres informations recueillies dans les rapports développement durable, rapports annuels, bilans HSE, rapports SSE. L’analyse de contenu de la méta-matrice nous permet d’identifier autant de pratiques similaires que de pratiques divergentes chez nos dix entreprises chimiques.

Section 1 : Les similitudes dans les pratiques

Selon le cinquième et le sixième principe directeur de l’Engagement de Progrès, les entreprises chimiques doivent communiquer à leurs salariés, à leurs clients, au public et aux autorités les informations appropriées sur leurs pratiques en matière de santé, sécurité et protection de l’environnement. On constate que ces principes sont mis en application par les entreprises interviewées de la même manière. Rappelons que l’Engagement de Progrès est un engagement volontaire, non contraignant et qui ne prévoit pas de contrôle de la mise en œuvre de ces principes. En d’autres termes, il n’existe aucune obligation de moyens dans la mise en pratique des principes de l’Engagement de Progrès. D’après l’UIC chaque entreprise a le droit de mettre en œuvre son engagement comme elle l’entend. « Il n’ y a pas d’obligations de moyens mais des obligations d’objectifs. »

I. Communication avec le monde extérieur

Presque toutes les entreprises interrogées sont conscientes de l’effet positif de l’Engagement de Progrès ou du Responsible Care sur leurs relations avec le grand public. En effet, la plupart de ces entreprises ont adhéré à l’Engagement de Progrès pour donner une image positive de l’industrie chimique puisque l’opinion publique a tendance à considérer que ces industries font peser des menaces sur la sécurité et la santé des travailleurs et de la population en générale. Selon les propos du Directeur HSE de l’entreprise ADO :

« L’Engagement de Progrès est important pour l’image de la chimie, une image qui est actuellement perçue négativement par le public. Les populations environnantes de nos sites ont une image positive parce que nous communiquons régulièrement nos résultats lors des portes ouvertes. Nous avons aussi des relations de partenariat avec les mairies que nous informons de l’évolution positive ou négative de nos résultats. Nous sommes tout à fait conscients que c’est un domaine indispensable pour notre pérennité. Nous avons des activités dangereuses donc nous devons assumer et mettre en œuvre tous les moyens permettant d’assurer efficacement la sécurité. »

Les entreprises chimiques ont donc saisi l’opportunité du Responsible Care comme un moyen de communication permettant d’améliorer leur image et la réputation de l’industrie chimique française. Ainsi, la politique de dialogue semble être la même, ces entreprises communiquent sur leurs pratiques HSE en organisant des réunions avec les élus locaux, des journées portes ouvertes et en mettant en place des partenariats et des campagnes pour sensibiliser la population. Cependant, lors de ces rencontres, les entreprises ne mettent pas l’accent sur le Responsible Care. Elles présentent leurs programmes HSE sans dire qu’il s’agit de Responsible Care ou d’Engagement de Progrès. Ainsi, l’Engagement de Progrès est mal connu du grand public.

II. Communication avec les travailleurs

La perception du Responsible Care par les salariés constitue une autre similitude dans les pratiques d’entreprises. Peu de travailleurs de l’industrie chimique connaissent ou ont une expérience du programme Responsible Care. Cela s’explique par le fait que les entreprises n’ont pas recours à la terminologie ou à la marque Responsible Care dans leurs communications et leurs formations avec le personnel au sujet des pratiques en matière de santé, sécurité et d’environnement. Aussi, le Responsible Care perd souvent son identité car il est intégré dans le système HSE de l’entreprise. Parfois, il est masqué par toutes les démarches réalisées dans le cadre de l’obtention d’une certification ISO. Les normes internationales et les systèmes de management sont plus connus et mieux diffusés dans les entreprises lors des formations HSE. Trop souvent, les entreprises ont des programmes Hygiène-Sécurité-Environnement qui, en gros, poursuivent les mêmes objectifs mais portent des dénominations différentes. Il s’ensuit que les travailleurs de l’entreprise soutiennent les buts et les objectifs de ces programmes tout en continuant d’ignorer ce qu’est l’Engagement de Progrès.

Le Responsible Care ou l’Engagement de Progrès est mieux connu du personnel d’encadrement que du personnel d’exécution. Cependant, il est aussi connu par une autre catégorie de salariés : les commerciaux. En effet, ceux-ci l’utilisent comme un argumentaire de vente. Le logo du Responsible Care est utilisé dans les communications externes, dans les appels d’offres pour les clients, en particulier les chimistes, car il constitue un repère supplémentaire et permet de préserver leur confiance.

Par ailleurs, pour renforcer l’implication des travailleurs, les entreprises ajoutent à l’évaluation des certains salariés des objectifs HSE aux critères classiques comme la productivité ou la croissance des ventes. Il s’agit notamment des postes à responsabilité : Directeurs de filiales, Directeurs HSE, Responsable environnement, Responsable sécurité, Responsable d’atelier de fabrication, etc. Certaines entreprises mettent en place des systèmes de récompenses ou de sanctions pour motiver les salariés. Le Directeur Industriel de IOM affirme que :

« Clairement, un salarié qui ne respecterait pas notre politique HSE serait réprimandé en plus de ne pas être augmenté. C’est considéré comme une faute professionnelle. Tous les principaux collaborateurs ont un objectif annuel HSE. Si on veut continuer à progresser, il n’est plus question d’imaginer que les domaines HSE sont du ressort d’une quinzaine de personnes, finalement c’est du ressort de chacun. »
Lire le mémoire complet ==> (Responsible Care dans les entreprises chimiques françaises)
Master Recherche Sciences de Gestion (DEA) – Mémoire Majeur
IAE de Poitiers – Université de Poitiers

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Entretien téléphonique avec le responsable de la Commission Engagement de Progrès de l’UIC, le 25/07/2005.