Méthodologie d’intervention, entreprises chimiques françaises 

By 18 June 2012

Méthodologie d’intervention – Chapitre 2 :

Ce chapitre donne une vue globale des dimensions épistémologiques et méthodologiques de notre recherche. Notre positionnement épistémologique explique la démarche générale de la recherche. Tandis que notre méthodologie s’appuie sur des réflexions d’une ou plusieurs théories des sciences de gestion et propose l’utilisation d’un ensemble de méthodes. Les méthodes utilisées sont des recettes générales pour étudier une classe de phénomènes donnés et s’appuient sur des techniques qui permettent d’acquérir, de manipuler et d’analyser des données.

Section 1 : Présentation de la méthodologie

I. Positionnement épistémologique

Il existe plusieurs positions paradigmatiques et méthodologiques en sciences de gestion. Elles servent au chercheur à prendre position et à situer sa recherche dans une représentation sociale. Thiétart (2003) décrit les trois positions dominantes en épistémologie : le positivisme, l’interprétativisme et le constructivisme.

Tableau 1 : Positions épistémologiques des paradigmes positiviste,interprétativiste et constructiviste

Paradigmes

Questions

Le  positivisme L’interprétativisme Le constructivisme
La nature de la « réalité » Indépendance du sujet et de l’objet

Hypothèse déterministe

Le monde est fait de nécessités

Dépendance du sujet et de l’objet

Hypothèse intentionnaliste

Le monde est fait de possibilités

Comment la connaissance est-elle engendrée ?

Le chemin de la connaissance scientifique

La découverte

Recherche formulée en termes de « pour quelles causes… »

Statut privilégié de l’explication

L’interprétation

Recherche formulée en termes de « pour quelles motivations des acteurs… »

Statut privilégié de la compréhension

La construction

Recherche formulée en termes de « pour quelles finalités… »

Statut privilégié de la construction

Quelle est la valeur de la connaissance ?

Les critères de validité

Vérifiabilité

Confirmabilité

Réfutabilité

Idiographie

Empathie (révélatrice de l’expérience vécue par les acteurs)

Adéquation

Enseignabilité

Nous situons notre recherche dans le paradigme interprétativisme puisque notre objectif est de comprendre en quoi les pratiques Responsible Care peuvent être différentes ou similaires d’une entreprise à une autre. Nous cherchons à comprendre les significations que les responsables des entreprises chimiques attachent au Responsible Care, leurs motivations et leurs intentions. Ce paradigme place l’acteur au centre du dispositif pour donner du sens au système et aux structures étudiées (Burell et Morgan, 1979). C’est le sens que les acteurs (entreprises chimiques) donnent à leurs actes (Responsible Care) qui constitue le véritable objet de recherche. Par opposition au positivisme, l’approche interprétative postule que l’étude du social suppose une volonté réelle de comprendre (Herman, 1988). De plus, l’approche interprétative accepte l’autonomie des acteurs et leur capacité à modifier les évènements par leur comportement conscient ou inconscient.

Tableau 2 : Approches de la réalité et objets de recherche

Approche positiviste Approche interprétativiste Approche constructiviste
Vision de la réalité Ontologie du réel Phénoménologie du réel Phénoménologie du réel
Relation sujet/objet

Objectif de la recherche

Indépendance

Découvrir la structure de la réalité

Interaction

Comprendre les significations que les gens attachent à la réalité sociale, leurs motivations et intentions

Interaction

Construire une représentation instrumentale et/ou un outil pour l’action

Validité de la connaissance Cohérence avec les faits Cohérence avec l’expérience du

Sujet

Utilité/convenance par rapport à un projet
Origine de la connaissance Observation de la réalité Empathie Construction
Vison de l’objet

Nature de l’objet de la recherche

Origine de l’objet

Position de l’objet dans le processus de recherche

Interrogation des faits

Identification d’insuffisances théoriques pour expliquer ou prédire la réalité

Extérieure au processus de recherche

Guide le processus de recherche

Développement d’une compréhension de l’intérieur d’un phénomène

Immersion dans le phénomène étudié

Intérieure au processus de recherche

Se construit dans le processus de recherche

Développement d’un projet de connaissances

Volonté de transformer la connaissance

Intérieure au processus de recherche

Guide et se construit dans le processus de recherche

Avec l’approche interprétative, la réalité est essentiellement mentale et perçue (hypothèse phénoménologique) et le sujet et l’objet étudié sont fondamentalement interdépendants (hypothèse d’interactivité). De par ces hypothèses, notre objectif n’est plus de découvrir seulement la réalité mais de la comprendre. La compréhension des intentions et des motivations des acteurs permet d’assigner un sens à leurs comportements (Schandt, 1984, cité par Thiétart, 2003). L’objet de cette recherche suppose une immersion dans le phénomène étudié et son observation plus ou moins participante qui permettront de développer une compréhension de l’intérieur de la réalité sociale. Une des difficultés pour le chercheur, lorsqu’il choisit de mener sa recherche à l’aide d’une approche interprétative, réside alors dans sa capacité à interpréter les événements vécus. Le chercheur doit développer une capacité d’empathie afin d’atteindre les réalités telles qu’elles sont vécues par les acteurs. L’empathie est la faculté de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent. La validité de la recherche repose sur cette dimension empathique.

Notre démarche générale de recherche est de nature inductive puisque nous voulons découvrir et comprendre les similitudes et les différences dans les pratiques à partir d’un cas particulier celui des entreprises chimiques françaises. Nos observations sur le terrain permettront de construire une classification des pratiques françaises en matière de Responsible Care.

II. Positionnement méthodologique

Bien que notre recherche soit de nature inductive, la littérature sur les pratiques de Responsible Care nous fournit quelques orientations (cf. chapitre 1). Les théories mobilisées pour notre recherche sont la théorie néo-institutionnelle et la théorie des dépendances des ressources qui fournissent des éléments de réponses pour comprendre la convergence et la divergence des pratiques des entreprises chimiques françaises.

Sur le plan méthodologique, nous étudions les pratiques de gestion utilisées pour piloter le Responsible Care, puis nous les comparons afin de faire ressortir les divergences ou les similitudes. Nous utilisons donc une méthode comparative. Cette méthode est d’essence sociologique et résulte d’une problématique de la confrontation entre plusieurs contextes pour en expliquer des différences (Wacheux, 1996). Il s’agit d’une stratégie d’accès au réel qui met en évidence et explique les similitudes et les différences entre des logiques d’action. Il existe deux logiques comparatives antinomiques : la logique temporelle (recherche d’une convergence dans le développement ou mise en évidence d’une périodisation) et la logique spatiale (mise en évidence de spécificités contextuelles ou recherche de taxinomies à partir des similitudes et des différences). Nous retenons la deuxième logique pour notre recherche puisque le but est de réaliser une typologie ou une homogénéisation des pratiques. Par ailleurs, la méthode est également compréhensive car elle explique un ensemble de causes par la signification que les acteurs leur donnent.
Lire le mémoire complet ==> (Responsible Care dans les entreprises chimiques françaises)
Master Recherche Sciences de Gestion (DEA) – Mémoire Majeur
IAE de Poitiers – Université de Poitiers

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Burell et Morgan (1979) et Herman (1988) cités par Wacheux 1996.