Association Canadienne des Fabricants de Produits Chimiques

By 17 June 2012

A. Association Canadienne des Fabricants de Produits Chimiques

L’Association Canadienne des Fabricants de Produits Chimiques (ACFPC) représente l’industrie chimique du Canada depuis 1962. Au départ, l’association fût fondée pour s’occuper des préoccupations des compagnies en matière de tarifs et de commerce. Depuis, l’ACFPC ou la CCPA a évolué pour devenir un leader mondialement reconnu qui encourage le changement au sein des compagnies, par le développement et le perfectionnement d’une éthique professionnelle rigoureuse, la Gestion responsable (Responsible care). La Gestion responsable MD est une marque de commerce déposée par l’ACFPC.

1. Les origines du Responsible Care au Canada

La Gestion responsable est un processus évolutif de l’industrie chimique canadienne. Les origines de ce processus remontent à la fin des années 70 au Canada. En 1977, la CCPA créa un groupe de travail pour réfléchir sur la maîtrise des risques industriels dans l’industrie chimique. L’objectif de cette initiative était une volonté de l’industrie chimique de contrôler les effets induits par son activité productive et de répondre à des demandes du gouvernement canadien qui s’interrogeait sur la sécurité des transports de produits chimiques. Ce groupe produisit des recommandations qui dépassaient le simple cadre du transport et qu’il suggéra de formaliser sous forme d’un guide de recommandations. Il suggéra également que l’accès à la CCPA soit conditionné au respect de ces principes. L’organisation se dirigeait donc vers des modalités d’autocontrôle par la profession.

Association Canadienne des Fabricants de Produits ChimiquesEn mai 1978, les recommandations furent approuvées par la CCPA mais seules un tiers des entreprises membres signèrent le protocole. L’affaire retomba dans l’oubli jusqu’en 1983. Toutefois, certaines entreprises continuaient d’améliorer les principes permettant une gestion raisonnée. Ce sont ces initiatives privées, uniquement canadiennes, qui finissent par rebondir sur le devant de la scène. Le développement de la mise en place des principes pour une gestion responsable est relancé et s’accélère à partir de 1984.

En effet, c’est à cette époque qu’une série de catastrophes environnementales, comme celles de Bhopal, du Love Canal et du Torre Canyon, survenues à divers endroits de la planète, ont intensifié les craintes du grand public face aux produits chimiques. Ces craintes ont donné naissance à un mouvement activiste énergique et politiquement efficace, qui a pris l’industrie chimique comme cible. La population commença à se méfier et s’indigner du comportement de l’industrie chimique qui semblait se préoccuper plus de ses bénéfices et du secret de ses activités que de ses employés, voisins et clients.

« Les gens se demandaient comment une grosse multinationale pouvait laisser un tel désastre se produire dans un pays du tiers-monde. Au Canada, les dirigeants de grosses compagnies chimiques ont compris que le moment était venu de changer. » – Cam Dillabough, vérificateur de l’industrie, ancien directeur d’usine, Rhom and Haas. La santé et la sécurité des employés de l’industrie chimique étaient remises en question. Les collectivités exprimaient leurs préoccupations sur divers fronts. Dans quelle mesure le système de transport des produits chimiques était-il sûr? Quels critères régissaient l’élimination des produits chimiques ou l’emplacement des usines?

Ces catastrophes ont eu pour avantage de transformer le Responsible Care, qui au départ était une petite activité volontaire, en une importante initiative mondiale (Fleischer, Troege, 2004).

L’industrie devait améliorer ses pratiques en matière de santé et de sécurité. Pour cela, les systèmes d’intervention devaient être plus efficaces et nécessiter la participation des partenaires de l’industrie chimique (fournisseurs, transporteurs, entreprises d’élimination des produits, distributeurs et clients etc.). Face à une telle ampleur, l’industrie se tourna vers son association professionnelle, la CCPA ou l’ACFPC.

Il fallait avant tout identifier les divers intervenants : les représentants de l’industrie, les porte-parole des collectivités, les clients et les activistes. Après une série de rencontres, à l’interne et avec ses critiques, l’ACFPC a déterminé que l’industrie devait relever deux défis : modifier sa performance et gagner la confiance de la population. L’industrie a envisagé diverses approches : de nouvelles techniques de fabrication, l’innovation sur les plans de la recherche et du développement, de meilleures techniques de transport et d’évacuation. Mais le temps pressait.

Les problèmes de l’industrie grandissaient avec l’inquiétude du public. Les groupes activistes intensifiaient leurs pressions, justifiant une réglementation gouvernementale accrue. Plus l’ACFPC examinait la situation et écoutait ses critiques, plus elle était convaincue que l’attitude de l’industrie devait fondamentalement changer.

L’industrie devait absolument changer de culture et repenser son rôle dans la société. Elle fût donc obligée d’adopter une nouvelle éthique. L’ancienne pratique consistait à agir dans l’ombre.

« Tout était très, très secret. Nous ne faisions pas forcément quelque chose de mal, mais nous avions cette mentalité de bunker. Nous pensions qu’un regard inquisiteur nous compliquerait la tâche. Notre mentalité consistait à protéger les secrets des compagnies membres. » – Robert Miller, président, Atofina Canada Inc.

C’est ainsi qu’en 1985, l’ACFPC présenta un concept radical à ses membres – la Gestion responsable.

En surface, la Gestion responsable aurait pu ressembler à un autre programme d’assurance de la qualité ou à une autre stratégie commerciale. Elle renfermait des éléments importants, quoique familiers : la nécessité de disposer d’informations fiables, et la nécessité de modifier à la fois le fonctionnement et l’attitude de l’industrie.

« La Gestion responsable illustre un mode de fonctionnement à titre de partenaire d’une collectivité. Dans le monde d’aujourd’hui, les compagnies devraient considérer comme un privilège le fait de pouvoir s’implanter dans une collectivité et d’y bâtir une usine. Ce n’est pas un droit acquis. » – Kris Lee, enseignant en sciences de l’environnement, ancien membre du Conseil consultatif national.

Cependant, alors que les intervenants de l’industrie examinaient cette nouvelle approche, il devint vite évident que la Gestion responsable n’était pas qu’un simple programme de relations publiques.

Quand Jean Bélanger – qui était président de l’ACFPC à l’époque – a parlé de la Gestion responsable pour la première fois, les Présidents Directeurs Généraux ont demandé : Où sont le plan stratégique, les buts, les objectifs de la compagnie? Jean a secoué la tête. Ce n’était pas une stratégie. Il n’y avait pas de plan établi. C’était comme la recherche, ça devait évoluer.

« La Gestion responsable est sans fin, c’est un voyage, pas une destination. Ce n’est même pas une approche, mais plutôt un état d’esprit. » – Brian Wastle, ACFPC, vice-président de la Gestion responsable. Quand les membres des conseils d’administration ont réalisé que la Gestion responsable était en fait une éthique, ils ont eu tôt fait de hausser les sourcils.

Les compagnies craignaient que l’adoption de la Gestion responsable dirige la conduite de toute l’industrie chimique, de même que celle de ses partenaires commerciaux. Il faudra s’attendre à l’intensification de la pression publique en faveur de l’amélioration. En pratique, ça voulait dire que les décisions et les initiatives prises par les compagnies devraient recevoir l’assentiment du public.

Dans le débat qui a suivi au sein de l’industrie, nombreux sont ceux qui ont réclamé des explications. Dans quelle mesure la Gestion responsable allait-elle influencer le contrôle exercé par les compagnies? Quelles seraient les responsabilités des intervenants? On a beaucoup ronchonné au début. On posait des questions. Combien ça va coûter? Pourquoi nous jeter dans la gueule du loup? Cependant, alors que nous allions de l’avant, nous savions que personne ne pourrait parler à un PDG comme un autre PDG. Et, heureusement, l’ACFPC comptait certains PDG favorables à la Gestion responsable. Il ne suffit pas de parler d’une chose pour gagner la confiance d’autrui. Il faut que les gens regardent ce que vous faites. Nos PDG ont montré aux médias les sondages d’opinion négatifs sur l’industrie.

Comme l’a dit Bob Kennedy, de Union Carbide. « Ne nous faites pas confiance, surveillez-nous. Ne faites pas qu’écouter ce que nous disons, suivez-nous, regardez ce que nous faisons et posez des questions. Vous pourrez ensuite vous faire une opinion. » – Jean Bélanger, ancien président de l’ACFPC, l’un des fondateurs de la Gestion responsable.

Finalement, l’industrie a reconnu qu’il fallait changer les choses et que la Gestion responsable était peut-être la bonne approche. Bien qu’un consensus fût formé au sein de l’industrie, il existait cependant d’importants points de friction. Les recommandations sur l’ouverture et la vérification étaient sujettes à controverse ainsi que le plan visant à recevoir des critiques par l’intermédiaire du Conseil consultatif national sur la Gestion responsable. Selon le concept de l’ACFPC, le Conseil consultatif national serait composé entièrement de gens externes à l’industrie. Plus important encore, il comprendrait des activistes.

« Nous ne voulions pas seulement gagner de la crédibilité auprès des médias, de nos détracteurs ou du gouvernement. Nous avions le sentiment que pour être efficace, la Gestion responsable devait être différente des initiatives de routine qui, souvent, permettent de remédier à quelques difficultés, mais n’attaquent pas le problème à la racine. Il nous fallait donc adopter une approche nouvelle, par exemple, non seulement écouter nos détracteurs, mais leur donner un rôle au sein de l’industrie. » – Arthur O’Connor, ancien vice-président de l’ACFPC.

« L’ACFPC a voulu publiciser la Gestion responsable, et nous l’en avons dissuadée. Nous avons dit : Ne vous concentrez pas sur les relations publiques, mais sur le dialogue. Nous avons dit à l’ACFPC de prendre l’argent et de le consacrer à la formation des directeurs d’usine, pour leur montrer comment aller parler avec leurs voisins. » – Jeff Perkins, ancien membre du Conseil consultatif national, vérificateur externe.

L’une des appréhensions du Conseil consultatif national était que l’industrie utilise la Gestion responsable pour se soustraire à la réglementation gouvernementale.

« Si la Gestion responsable devenait un moyen de se soustraire à la réglementation gouvernementale, je n’en serais pas membre. Ce serait tout. Je m’en dissocierais immédiatement. La réglementation est vraiment la norme minimale. Si je fais une vérification et que les gens de la compagnie me disent : Nous faisons cela parce que la loi nous le permet – ça veut dire qu’ils sont au bord de la prison. Il n’y a pas là de quoi se vanter. » – Kris Lee, enseignant en sciences de l’environnement, ancien membre du Conseil consultatif national, vérificateur externe.

Le scepticisme n’était pas qu’une question de réflexion ou de politique. L’industrie avait de sérieux problèmes : la pollution de l’air, de l’eau et du sol; les effets de l’exposition à long terme à divers produits chimiques; les blessures des employés et des membres des collectivités. Il y a trente ans, le mouvement environnementaliste faisait ses premiers pas.

« Nous ne connaissions pas très bien l’industrie chimique. Celle-ci ignorait probablement le lien entre les produits chimiques et l’environnement. Nous étions tous confrontés à des cours d’eau agonisants, à des pesticides et à d’autres catastrophes dues aux produits chimiques. L’impression générale était que l’industrie chimique était un pollueur illimité et négligent. Mais les choses ont changé. En trente ans, nous avons tous appris beaucoup. » – Richard Findlay, administrateur, Pollution Probe, Ottawa.

En définitif, les freins et contrepoids de la Gestion responsable se sont révélés efficaces et ont permis aux deux parties de mettre cette nouvelle approche en pratique. C’est la naissance d’une éthique et des codes de pratique.

Lire le mémoire complet ==> (Responsible Care dans les entreprises chimiques françaises)
Master Recherche Sciences de Gestion (DEA) – Mémoire Majeur
IAE de Poitiers – Université de Poitiers

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La principale source d’informations utilisée pour relater l’histoire du Responsible Care au Canada est le rapport intitulé « La Gestion Responsable près de chez vous » sur le site de la CCPA : http://www.ccpa.ca/french/library/archive/index.html.

Gestion Responsablemd : http://www.ccpa.ca/french/who/responsible/Verification/05Basell.doc

13 Source d’informations sur l’histoire du Responsible Care: http://www.ccpa.ca/french/library/archive/index.html

Source d’informations sur l’histoire du Responsible Care: http://www.ccpa.ca/french/library/archive/index.html

15 16 Source d’informations sur l’histoire du Responsible Care: http://www.ccpa.ca/french/library/archive/index.html

Source d’informations sur l’histoire du Responsible Care: http://www.ccpa.ca/french/library/archive/index.html

Conseil consultatif national ou NAP (National Advisory Pannel) est aujourd’hui composé d’environnementalistes, d’universitaires et de défenseurs des travailleurs et des intérêts publics, ainsi que de représentants de diverses collectivités au Canada. Il défend le point de vue des critiques de l’industrie dans le cadre de la Gestion responsable. Le mandat du Conseil consiste notamment à soutenir l’amélioration continue au sein de l’industrie en mettant les compagnies membres au défi d’améliorer leur performance sur des questions liées à l’environnement, à la santé et à la sécurité. Les progrès de l’industrie sont supervisés par le Conseil et rendus publics par l’ACFPC dans des documents.

Source d’informations sur l’histoire du Responsible Care: http://www.ccpa.ca/french/library/archive/index.html

Source d’informations sur l’histoire du Responsible Care: http://www.ccpa.ca/french/library/archive/index.html