Tenues et Vêtements interdits au collège et lycée

By 7 May 2012

3. L’homogénéité au collège

L’adolescent est marqué dans son rapport au monde par son appartenance sexuelle, son lieu de vie, son origine culturelle, ses convictions religieuses, son histoire personnelle, sa situation relationnelle au sein de sa famille, il est immergé dans une configuration propre. Aucun ne ressemble à un autre, mais dans les circonstances sociales, nombre de traits les réunissent.

Au collège, la normativité est forte : sur chaque pratique vestimentaire individuelle pèse le regard des autres. Si les parents ont perdu une partie de leur pouvoir de prescription, les individualités des collégiens peuvent difficilement s’exprimer librement. Mes observations au sein du coIlège d’Epinay sur l’homogénéité vestimentaire se sont vues confirmées par les feedbacks des « anciens collégiens » que sont les lycéens.

« Au collège, ce sont des prototypes (stéréotypes), beaucoup de copies, notamment de tecktonik. » Avant au collège, on pouvait être critiqué, en général si tu sais te défendre, y a pas de problème. (Dan, 2nde, 15 ans, 93 Gagny)

D.Pasquier le pointe également : on a supprimé l’uniforme en classe, mais les jeunes se sont donnés de nouvelles consignes vestimentaires, parfaitement rigides. Cette affirmation est plus flagrante pour les collégiens que pour les lycéens, comme le souligne Mathilde avec son propre recul.

« Au collège, on suit la mode à la lettre, les baskets à la mode. Au collège, tout le monde est habillé pareil. Au collège, on allait plutôt vers les personnes qui étaient habillées comme nous. On pense qu’elles allaient avoir plus notre personnalité. » (Mathilde, 1ère, 16 ans, Asnières)

Les lycéens mettent l’accent sur ce conformisme qu’ils expliquent par la mentalité, le manque de maturité.

« Au collège, la mentalité est tellement restreinte. Tu changes un petit peu tes cheveux, et quelle histoire!!! » (Pierre, 2nde, 16 ans, 93 Gagny)

Le sociologue Michel Fize, coauteur de l’ouvrage Le Bonheur d’être adolescent l’a confirmé à Lexpress.fr le 29 août dernier: « Le conformisme vestimentaire atteint son paroxysme au collège. Le jeune se précipite pour revêtir les attributs qui vont faire de lui un adolescent accompli : la parure opère comme un signe de reconnaissance muet ». Une pression telle s’exerce pour avoir le bon look, les bonnes marques, que le jeune n’a pas le choix d’être différent, d’autant plus que, entre 11 et 15 ans, les capacités personnelles sont trop peu affirmées pour se dégager de l’emprise du groupe. Le jeune devient d’autant plus dépendant de l’opinion des autres que les valeurs qui organisent son rapport au monde sont toutes changeantes et pour beaucoup, liées à l’univers de consommation. Quant à René Girard, il étend le double bind à tout le domaine du désir pour mettre en lumière sa nature profondément mimétique, triangulaire et déroutante et pour montrer le cercle vicieux du désir : plus les individus sont semblables, plus ils s’imitent et donc plus ils se ressemblent… Les collégiens en sont eux-mêmes conscients.

« Au collège, ils sont plus critiques, y a encore l’esprit du collège en 3ème. Y a pas trop de tolérance, ils ne sont pas habitués à voir des gens habillés différemment en rappeur. Ils sont tous habillés pareil. Tout est guidé par l’argent et le conformisme. » (Vincent, 3ème, 15 ans, Neuilly)

L’homogénéité plus grande au collège s’explique également par des interdits institutionnels plus prégnants, des signes religieux plus stigmatisants, sources d’exclusion et de violence et enfin, des rapports entre garçons et filles plus figés, plus rigides.

a) Des interdits institutionnels plus prégnants

Avec la métaphore théâtrale de E. Goffman se pose le problème de la vulnérabilité individuelle. Une double menace pèse sur les interactions, elle rappelle que la co-présence au collège ou au lycée n’implique pas seulement une mise en danger des individus adolescents mais aussi celle d’un ordre social qui repose sur l’organisation des conduites individuelles. Chaque élève, en jouant un rôle et en s’exposant sous les traits d’une certaine façade, projette une définition de la situation qui rencontre celle revendiquée par les autres élèves. Aussi, chaque établissement scolaire édicte un règlement qui intègre des consignes vestimentaires. Celui du collège Théophile Gautier précise comme délit mineur, l’irrespect des règles de vie au collège au travers des excès vestimentaires : provocations diverses, manque de correction (et de simplicité), accessoires ostentatoires (marque ou religion).

Collégiens et lycéens vivent au quotidien dans une organisation sociale spécifique avec des règles et des interdits établis par l’institution. Au fil des entretiens des collégiens, on perçoit une plus forte prégnance des interdits institutionnels qu’au lycée, dont chacun aime à souligner le gain en liberté. Que ce soit au collège ou au lycée, tous les couvre-chefs sont interdits : casquette, capuche de sweatshirt, chapeau, bonnet. Cet interdit est souvent bravé lorsqu’il est constitutif de la panoplie choisie par le collégien. Tel est le cas des rappeurs d’Epinay ou de Neuilly qui affichent avec ostentation leur casquette dans les cours de récréation ou les couloirs, attendant l’entrée dans la classe pour la retirer. C’est un moyen pour eux de construire leur identité personnelle face à leurs pairs.

Les collégiens ont également mentionné les accessoires telles que les lunettes de soleil, les chaînes ou les boucles d’oreilles longues –créoles-, et le port taille basse du pantalon. Il semblerait que la valorisation de la silhouette soit davantage tolérée au lycée. Au-delà du règlement, les professeurs ont leurs propres normes. Peut-être au collège, la norme est davantage à l’unisexe ; cette norme semble être encouragée, voir prescrite par les professeurs.

« A l’école, les décolletés, ce n’est pas autorisé. On a beaucoup de remarques des profs, plus que des élèves : « Remonte ton truc ! » (Salomé,3ème, 15 ans, Neuilly)

Les signes de féminité sont également contrôlés dans les collèges de ZEP, la mini-jupe n’est autorisée que si elle n’est superposée à un cycliste, donc non pas dans le dévoilement des jambes, mais en surajout. Le règlement s’adapte ainsi aux modes vestimentaires tout en conservant son objectif principal d’éviter la provocation.

« Le comble de la féminité : les jupes, les mini surtout. Au collège, c’est autorisé avec un cycliste, pas avec un collant. » (Maimouna, 3ème, 14 ans, 93 Epinay-sur-seine)

Ce qui peut paraître vulgaire, les jupes trop courtes ou le port du baggy, est fortement critiqué et peut représenter aux yeux des élèves un critère d’appréciation et de sélection. Vincent a même été renvoyé pour avoir laissé dépasser son caleçon.

« Les profs ne veulent pas qu’on porte de chaînes, qu’on descende le pantalon même si on voit pas le caleçon. As-tu été renvoyé ? J’ai dû retourner me changer une fois, y a 3-4 mois, c’était abusif. Je portais un pantalon taille basse, mon caleçon Burberry se voyait. Mais, je n’ai pas eu de sanction. » (Vincent, 3ème, 15 ans, Neuilly)
Lire le mémoire complet ==> (Modes vestimentaires chez les adolescents)
Modes vestimentaires chez les adolescents : Construction de l’identité et du lien social
Mémoire de recherche Master 2

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