Signes religieux stigmatisants et liberté vestimentaire

By 8 May 2012

b) Des signes religieux stigmatisants, source d’exclusion et de violence

Bien qu’interdits par les règlements, les signes religieux sont souvent arborés au collège, période ou les croyants, catholiques, juifs ou musulmans, confirment leur foi. Ils sont sources de tensions, de constitution de clans et peuvent handicaper les rapports entre garçons et filles.

« Ils affichent beaucoup leurs signes religieux au travers des bijoux : les « manguen-david » mayen David. C’est pas du tout planqué, c’est de l’ostentation complète. C’est à cause de leur éducation, ça crée des gros groupes. Y a des groupes par religion, c’est même pire que les vêtements. Y a des écarts. Les juifs sont en majorité dans les classes du collège et du lycée. Le sentiment d’appartenance est le plus fort en 5ème et en 4ème (année des bar mitsva).

T’es-tu prises des réflexions? Moi, je ne me suis pas prise de réflexions, mais j’ai eu des questions en 6ème : « de quelle religion es-tu ? ». Ça m’a choquée. Au collège, y avait des clans. Une jeune juive ne peut pas sortir avec un garçon non-juif, c’est à cause des parents. Y en a qui montrent plus ou moins la religion. » (Valentine, 2nde, 15 ans, Neuilly)

Lorsqu’ils désignent une minorité, ils peuvent être à l’origine de violence verbale ou physique.

« Les problèmes au collège : ce sont des agressions verbales, des insultes, des menaces, ça venait un peu de n’importe qui. En général, c’est des gens qui veulent prendre du pouvoir. Ils vont insulter ou humilier quelqu’un, soit il se défend, on a plutôt intérêt à se défendre. Ça restait entre nous, les surveillants n’étaient pas au courant. Même Nathan a subi plus de menaces. Au collège, quand j’étais en 4ème, on devait être 4% de juifs : David, Nathan, Aurélien, moi… Ils s’attaquent aux plus faibles. Au collège, c’était physique. »z (Dan, 2nde, 15 ans, 93 Gagny)

Cette violence peut démarrer dès les premières années du collège et conduire à l’exclusion.

« J’étais en 6ème ou en 5ème, je venais d’arriver de la primaire où là-bas, y en avait pas beaucoup qui avaient des difficultés financières. On était dans notre monde.

Dans mon collège qui regroupait toute la ville, je me suis fait agresser par des gens moins favorisés. Le déclencheur ? une bagarre avec un camarade, on jouait, moi je suis juif, l’autre musulman. Comme j’étais plus fort que lui, j’allais le ramasser. Il s’est fait aider d’autres personnes, je me suis retrouvé à 2 contre tout le monde. Je me suis fait insulter de tous les noms, je me suis fait encadrer par les CPE et on m’a ramené à l’abri. « Sale juif, il mérite qu’on l’égorge »…et d’autres mêmes trucs. Toute la bande a été expulsée du collège. J’étais presque le seul juif du collège. Je ne voulais pas que mon frère et ma sœur subissent ça, mais…C’est Steve qui m’a défendu, ça a créé des liens, il est à moitié juif, il est à 5mn d’ici.

Je suis resté dans le collège jusqu’au bout. Y au eu les flics qui sont arrivés. Ils ont menacé de prison, police, interrogatoire pour faire peur. Je me faisais attendre par des garçons de l’âge du lycée, c’est arrivé 2-3 fois. » (David, 1ère, 16 ans, 93 Gagny)

c) Des rapports garçons-filles plus rigides

C’est à partir d’une multitude de choix quotidiens – les vêtements que l’on porte, la musique que l’on fredonne – que se trament et se manifestent des processus sociaux plus larges qui touchent à la cohabitation des cohortes ou des sexes. D.Pasquier a mis en évidence la marginalisation féminine au lycée en matière de pratiques et de goûts musicaux. Les filles sont accusées de céder à des goûts trop faciles, les musiques pour midinettes, versions les plus commerciales, à adopter une culture de fan par la lecture des magazines sur leurs idoles de rock. Le collégien Edouard rentre tout à fait dans ce schéma par sa critique des extrêmes féminins (cf III A1) alors que lui-même pratique la batterie avec un copain.

De leur côté, les collégiennes critiquent les garçons sur leur côté « bébé », sur leur violence (Epinay) et préfèrent rester entre elles. Interrogées sur leurs amis, beaucoup ont montré une grande exclusivité féminine.

« C’était pour m’amuser, me détendre, pour être entre filles. , Je n’ai pas envie de voir leurs copains (plus âgés). Pourquoi ? Ils sont lourds, ils me poussent, ils sont un peu violents, ils parlent tout le temps des mangas Naronto. Les garçons sont trop bêtes, trop bébé, ils ne regardent pas tout le temps les vêtements. Quand tu te trompes en classe, ça rigole. » (Maimouna, 3ème, 14 ans, 93 Epinay-sur-seine)

De part et d’autre, chaque sexe nourrit les conversations du sexe opposé, mais en termes critiques, même si comme Salomé, certaines adolescentes peuvent compter un bon copain : Grégory, et un petit copain. Les choix vestimentaires nourrissent ces critiques, notamment au sein des filles.

« La drague au collège est différente de celle du film, ils sont encore gamins au collège. Le lycée, c’est un modèle plus âgé. J’y ai beaucoup d’amies, on parle des garçons en mal. » (Salomé,3ème, 15 ans, Neuilly)
Lire le mémoire complet ==> (Modes vestimentaires chez les adolescents)
Modes vestimentaires chez les adolescents : Construction de l’identité et du lien social
Mémoire de recherche Master 2

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