Relation parents-adolescents: confiance, contrôle et partage

By 7 May 2012

C. Des relations plutôt pacifiées

Contrairement aux idées toutes faites, la guerre avec l’autorité parentale est loin d’être aussi manifeste. 86 % des adolescents s’entendent avec leurs parents. Les parents me comprennent : 69% des élèves en 6e et 63% des élèves en 3e . Parmi les adolescents interrogés, émergent des relations plutôt pacifiées avec les parents. Le rejet des anciennes identifications parentales n’indique en rien une rupture fondamentale, mais une intériorisation d’un certain nombre de valeurs familiales, culturelles, sociales après une mise à distance des parents. Ce constat est à mettre en parallèle avec la culture jeune qui se joue de moins en moins sur le terrain de l’opposition ouverte aux cultures parentales. Pour Dominique Pasquier, « la culture jeune se développe en parallèle, en affichant une indifférence de plus en plus marquée à l’univers culturel des générations précédentes».

L’enfance contemporaine, rappelons-le, se caractérise surtout par une autonomie plus grande, sans que celle-ci se traduise par un allègement de la dépendance vis-à-vis des parents. Les relations qu’entretiennent les adolescents avec leurs parents sont pour beaucoup fondées sur la confiance, pour d’autres elles restent marquées par un contrôle parental fort, qui occasionne des crises et des conflits.

Le leitmotiv pour les des adolescents qui souligne la différence entre la pré-adolescence et l’adolescence, est « on s’affirme ». A l’adolescence, phase d’expérimentation, le jeune teste dans la négociation les limites parentales. En pratiquant ces dépassements, il s’aperçoit qu’il a du pouvoir, et qu’il a aussi des limites, ce qui constitue une des modalités de l’apprentissage de l’autonomie.

« Ce qui change entre la pré-adolescence et l’adolescence, c’est le caractère, la personnalité, l’ado peut aller mal, il va davantage tout tester. Pré-ado, j’étais beaucoup plus calme, aujourd’hui je cherche les limites. Je teste mes parents. Je savais déjà ce à quoi j’avais droit et pas droit, ce qui m’a le plus étonné, c’est que tout a des limites. » (Grégory, 3ème, 14 ans, Neuilly)

1. La confiance

Pour de nombreux parents, l’accent mis sur l’indépendance ne doit pas supprimer leurs exigences vis-à-vis de leurs enfants. Ils veulent un certain équilibre entre les droits (l’indépendance) et les devoirs (l’obéissance). La responsabilité, contrepartie pour les adultes de l’indépendance et de l’autonomie des enfants, se substitue alors au respect de l’autorité et de ses règles. (de Singly, 2006)

Salomé déclare se ranger souvent à l’avis maternel tandis que Mathilde souligne la relation de confiance qu’elle et sa sœur aînée, ont su établir avec ses parents, après les crises de l’adolescence, qu’elle situe deux années auparavant. Cette confiance réciproque est l’un des principaux fournisseurs de stabilité, de sécurité à la fois pour les adolescents et pour les parents.

« Les parents font plus confiance, on est plus capable de se gérer, on acquiert une indépendance, une maturité. Au départ, il y a des conflits, je n’ai pas fait de grosses bêtises, alors mes parents ne m’ont pas retiré la confiance. Il y a quand même des périodes où c’est plus difficile. Comme on a une relation de confiance avec Maman, on sait quand on dépasse les limites, du coup, y a pas de rapport de force. » (Mathilde,1ère, 16 ans, Asnières)

Cette confiance est réclamée par l’adolescent, qui souhaite voir sa « taille » grandir, c’est-à-dire davantage participer aux décisions le concernant et acquérir une taille qui corresponde à son âge.

« Je ne veux pas qu’ils me prennent pour un gamin. Maintenant je suis mature, on peut me faire confiance. C’est surtout au niveau de mes sorties. Je n’aurai pas la conscience tranquille, je serai toujours honnête, pas hypocrite. Si j’ai quelque chose à dire, je le dis ; à la différence de ma sœur (qui a maintenant 25 ans), elle faisait tout par derrière. » (Grégory, 3ème, 14 ans, Neuilly)

Aucune image ne peut résumer le rapport entre le parent et l’enfant puisque les uns et les autres changent de taille selon le contexte et l’enjeu, et que c’est dans cette modification, dans cette flexibilité identitaire que se joue le développement personnel de l’adolescent.

2. Le contrôle

Une grande partie des parents ont été présentés comme plutôt permissifs, d’autres exerçant un contrôle plus fort, élargi aux activités extrascolaires ou aux tenues.

« Les parents ne veulent pas que je sois dans un club à cause des études. L’angle d’attaque avec les parents, c’était la musique et le sport. Le cinéma, mais c’est un peu compliqué en période scolaire, souvent mon père n’est pas d’accord. » (Dan, 2nde, 15 ans, 93 Gagny)

Le clivage sexuel paraît plus fort dans les banlieues moins favorisées où l’extérieur est davantage accordé ou préempté par les garçons, tandis que Maïmouna est davantage cantonnée à la maison pour garder sa petite soeur. Les autres adolescents n’ont montré, ni dans leurs pratiques, ni dans leurs représentations de différences entre les garçons et les filles quant aux sorties et activités extérieures.

« Les garçons ont besoin de plus de liberté, de quitter le milieu familial pour voir des amis. » (David, 1ère, 16 ans, 93 Gagny)

3. Les conflits et crises

Salomé et Mathilde ne recherchent pas le conflit, elles usent peu ou pas de la ressource « voce » dans la négociation. Principale partie du territoire contrôlé par les parents, les études constituent la source principale de tensions et de conflits.

« Ça ne m’amuse pas de tester les limites, on n’est pas d’accord, on est souvent dans l’opposition sur le travail. » (Dan, 2nde, 15 ans, 93 Gagny)

Au-delà du travail et de la performance scolaire, le second terrain de crise reste l’éducation, que les parents poursuivent au cours de l’adolescence de leur enfant et qu’ils soit collégien ou lycéen, l’adolescent en accepte le principe.

« La confrontation la plus forte ? surtout au niveau de l’école, de l’obéissance. Les sources d’engueulade, je peux être très vulgaire avec mon père. Les conséquences ? Mes parents ne me privent jamais, je reste juste dans ma chambre. Après, on parle plus calmement, ma mère me fait la morale, elle me fait comprendre mes erreurs. » (Grégory, 3ème, 14 ans, Neuilly)

Dans la confrontation parentale, certains adolescents commencent par la « voce » puis, face à l’insuccès, se replient dans la fuite, prouvant par là-même également la faible emprise des parents sur eux.

« C’était un combat permanent pour m’affirmer. Ça monte vite en régime, je deviens hystérique- je déteste d’ailleurs- puis je me tais, je ne parle plus, je campais sur mes positions quand je mettais mon « magnifique » pantalon de toile noir très large avec une jupe large à fleurs quand j’étais en 3ème. C’était une superposition horrible. Ma mère déteste les superpositions, moi, à l’époque, j’adorais. (Laurence, 1ère, 17 ans, Perpignan)

4. Le partage

Au-delà des discussions, les vêtements peuvent être échangés, prêtés, partagés entre mère et fille. Ce prêt de vêtements « les hauts, les pulls », ou même les accessoires comme les sacs, marque d’une vraie complicité intergénérationnelle.

De plus, lors de sa socialisation primaire, l’enfant acquiert son langage, ses références culturelles majeures, il partage des goûts communs avec ses parents. Il intériorise le monde de ses parents, qui le médiatise en sélectionnant « des aspects selon leur propre situation dans la structure sociale et également en vertu de leurs idiosyncrasies individuelles » (Berger, Luckmann, 1966). Cette influence parentale se retrouve dans l’habitus décrit par P. Bourdieu, ensemble des dispositions, des schèmes de perception, d ‘appréciation et d’action, acquis par l’apprentissage explicite ou implicite.. Ainsi, Laurence revendique cet héritage maternel.

« La cohérence pour moi, c’est l’assortiment des couleurs : beaucoup, même trop, ça vient de ma mère. Ma mère est tout coordonnée, les couleurs, le côté excessif baroque, ça vient d’elle. » (Laurence, 1ère, 17 ans, Perpignan)

Pour Olivier Galland, l’adolescence est un apprentissage progressif de la liberté. Les parents exercent un contrôle faible sur les vêtements, sur le temps libre, les loisirs et leur laissent une totale liberté pour la mise en scène de leur chambre, leur territoire. Pour F. de Singly , pour les enfants de cadres, leur identité est clivée, entre un domaine familial et scolaire sous contrôle, et des activités personnelles considérées comme la marque de la personnalité individuelle. De plus, à l’adolescence, les modes de validation des jeunes changent de deux façons : avec un poids plus grand des socialisations horizontales, celle des pairs, et une certaine déstabilisation des socialisations verticales parentales. Pour G.Erner la « mode jeune » semble jouer le rôle d’intégrateur parmi les pairs ; elle permet à l’adolescent de se poser en s’opposant à la mode adulte, d’appartenir à la génération « jeune » et de se distinguer. En matière d’habillement, l’idée selon laquelle on décide de sa tenue relève de l’évidence pour G.Erner . Pour notre part, l’adolescent décide sous contrainte des normes sociales : celle de ses parents ou de ses pairs. Leurs différences entraînent la possibilité de conflit interne. En privilégiant sa dimension identitaire de jeune, en s’identifiant au monde des jeunes, l’adolescent trahit ses parents en se refusant de suivre leur norme pour adopter celles de ses pairs, par exemple le pantalon baggy ou les sweatshirts à capuche, jugés de mauvais goût, de « caillera/racaille » par les parents. C’est un processus hautement chargé affectivement.
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Modes vestimentaires chez les adolescents : Construction de l’identité et du lien social
Mémoire de recherche Master 2

Tables des matières :

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Consojunior.

De Singly F., Les adonaissants, Armand Colin, 2006

Erner G, Victimes de mode ?, La Découverte, 2004 , p226

ibid, p200