Propositions de typologie – Stratégie identitaire

By 9 May 2012

6. Propositions de typologie

Au final, on pourrait envisager d’appliquer l’analyse des figures du monde réalisée par Eric Landowski aux stratégies de parcours identitaires par des logiques intersubjectives. Apparaissent alors une série de figures emblématiques qui sont autant de manières respectives de s’orienter en ressemblant ou en se différenciant de la norme des pairs.

Au centre, nous placerons l’adolescent standard en tout point conforme aux normes du groupe, en l’occurrence Philippine et Salomé.

L’adolescent dandy, prêt à tout pour se démarquer des pairs et se disjoindre de la même société ; il lui faut se hausser au-dessus du lot commun. C’est le cas de Dan, de Edouard, d’Axelle, de Valentine, Laetitia, Laurence et Mathilde. Mais le plus emblématique est David qui méprise et refuse la norme locale (93) du jogging pour adopter le look minoritaire des skaters et arborer sa Maguen David qui lui a occasionné violence physique et verbale.

L’adolescent caméléon s’appuie sur un savoir-faire qui consiste à s’intégrer à la culture et au look des pairs tout en restant joint à son univers maternel africain dont elle suit les normes lors des fêtes. Il pourrait s’incarner en Maïmouna, avec des nuances.

L’adolescent ours à qui nul autre que lui-même ne peut indiquer le chemin à suivre et qui ne déviera pas quoi qu’il arrive, quelle que soit l’intervention des professeurs, de sa propre trajectoire, quitte à laisser se rompre la plupart de ses liens avec ses pairs. Il est hors norme. Dans une certaine mesure, Vincent, le seul rappeur de son collège, pourrait le représenter. Sa démarche identitaire est celle de la singularisation.

La dernière figure, celle du snob, ne me semble pas pertinente, n’ayant pas ressenti le sentiment d’élite faisant l’unanimité au sein des pairs, les collégiens et les lycéens se positionnant davantage sur un axe horizontal avec la norme et les décalés, les intégrés et les exclus. D’ailleurs, les fashion victimes, les chals, les freshers sont fortement critiqués par leurs pairs.

Ours Dandy Caméléon Conformiste Norme des pairs

En revanche, si nous voulons intégrer la seconde norme à laquelle les adolescents se réfèrent, celle de leurs parents, nous pouvons aboutir au schéma ci-dessous. Cette typologie distingue 4 groupes d’adolescents. D’une part, bénéficiant d’une grande autonomie parentale dans le domaine vestimentaire, il y a ceux qui cherchent à se distinguer au travers d’une touche personnelle et de façon très minoritaire, au travers d’un look plus exceptionnel, excentrique et singulier, le seul rappeur du collège. D’autre part, les adolescents soumis à un contrôle et des normes parentales fortes se divisent soit en rebelles rejetant les interdits parentaux et cherchant un look distinctif minoritaire (skater parmi les joggers ou baba cool parmi les « petits bourgeois de Perpignan »), puis « se normalisant » au lycée, soit en imitateurs, suiveurs, adoptant le conformisme de leurs pairs pour un confort social. Ces derniers sont sous tension entre les normes parentales et les normes des pairs qui peuvent s’opposer, ils auront tendance à privilégier les normes parentales. Dans notre enquête, nous n’avons pas rencontré d’adolescents bénéficiant d’une autonomie parentale forte qui aient adopté une stratégie d’imitation.

Propositions de typologie - Stratégie identitaire

Nombre de propos recueillis dans cette enquête montrent l’ambivalence des jeunes adolescents qui disent à la fois vouloir se distinguer et en même temps témoignant d’occasions où ils ont imité leurs pairs.

IV. Conclusion

Les dernières décennies ont consacré le paraître, le look. Les adolescents sont les dignes représentants de cette société. Ils bénéficient de ressources moins larges que les adultes pour exprimer leur personnalité, celles-ci sont avant tout centrées sur le paraître et les activités extra-scolaires que les parents leur laissent désormais généralement choisir. Les vêtements sont utilisés comme autant de signes arborant un affichage identitaire, selon J.C. Kaufmann, et de médiateurs des relations de l’individu à autrui et au monde. Ils permettent de construire l’identité et les liens sociaux. Tout au long de cette recherche, nous avons montré combien la socialisation primaire et secondaire, notion développée par Berger et Lückmann (1966) était déterminante dans le processus de construction identitaire des adolescents au travers de leur paraître.

Pour mieux appréhender et comprendre les adolescents, nous nous sommes intéressés à leurs dimensions identitaires, elles ont permis de dessiner leur monde. L’adolescent réactive les différentes facettes de sa personnalité selon les circonstances de sa vie sociale et dans l’interaction avec autrui. Ses vêtements renvoient à plusieurs dimensions de son identité (collégien ou lycéen, enfant de, représentant de la culture jeune, sportif, passionné de musique…). Ces adolescents sont de gros consommateurs de vêtements puisque les vêtements constituent le premier poste de dépenses pour les filles, le second pour les garçons après les jeux vidéos. Cette consommation a un rôle important dans la constitution ou la maintenance du sentiment d’identité. Elle constitue également un langage non verbal, une source continuelle d’informations entre les adolescents, mais aussi avec leurs parents.

Au-delà de la marge de manœuvre que les parents laissent à l’adolescent dans l’achat de vêtements, l’argent de poche constitue le nerf de la guerre et une source d’autonomie. Les achats de vêtement oscillent entre autonomie et dépendance face aux parents, dépendance financière, voire de mobilité. Peu d’achats sont effectués en solitaire, la majorité se fait avec des amis ou un parent dont la présence permet de réduire la contrainte financière. Le shopping effectué entre amis fournit l’occasion, l’alibi de quitter le domicile parental pour retrouver des amis. En vue de se distinguer, certains adolescents privilégient les achats occasionnels à l’étranger ou de marques prestigieuses, élitistes par les prix pratiqués, cette pratique rentre dans le champ de la consommation ostentatoire décrite par Veblen. Lorsque les achats sont réalisés en l’absence des parents, la majorité des adolescents les font valider au retour à domicile. Tout comme les parents, les amis sont aussi de puissants autrui significatifs qui influencent et valident les achats vestimentaires qui participent à la construction identitaire. Jean-Paul Sartre a d’ailleurs souligné dans L’être et le néant, que « la totalité de mes possessions réfléchit la totalité de mon être. Je suis ce que j’ai ». Au final, les choix de consommation vestimentaire sont l’expression d’un vouloir plus ou moins contraint par des devoirs (les normes qu’imposent le corps social, l’institution scolaire et les pairs), des savoirs acquis auprès des autres, des médias ou de la rue, et des pouvoirs, le pouvoir économique, celui des parents, d’autres pouvoirs d’influence comme celui des amis ou de la fratrie.

Comme le cinéma ou la musique, la mode vestimentaire n’est pas seulement un univers de consommation, mais aussi un support à l’affirmation des identités. L’affirmation de ses choix et de ses préférences est l’objet d’un travail de représentation sur la scène sociale. L’intérêt que les adolescents accordent à la présentation de soi, l’attention qu’ils lui portent, la conscience qu’ils ont des profits qu’elle apporte et les investissements de temps, d’efforts, de soin, de consultation des amis et d’argent qu’ils lui consentent, sont proportionnels aux chances de profits symboliques qu’ils peuvent en attendrent auprès de leurs pairs, de l’image identitaire qu’ils leur valideront.

Au quotidien, la mise en scène de soi peut être source de retard au collège pour les plus investis qui pratiquent plusieurs essayages matinaux préalables. Cette enquête a mis en évidence que les accessoires (bijoux, casquette, montre) sont des marqueurs d’appartenance religieuse ou de tribu (rappeur) ou de mémoire. Pour les fêtes, l’investissement en temps de préparation croît et la dimension féminine domine dès le collège au travers du port de talons ou du choix de décolleté. Au fil des entretiens, il apparaît que le style est une expérimentation de soi avec essai et erreurs aux nombreuses variations. Pour E. Goffman (1976), l’adolescent, acteur malgré lui, joue sur une scène selon sa propre identité et certaines normes, les normes parentales, institutionnelles et celles des pairs. La théâtralité de la présentation de soi est très variable, du détail des lacets de couleur à la panoplie complète du rappeur (casquette, sweat à capuche, foulard, chaîne, ceinture tête de mort à strass, pantalon baggy). Les adolescents adeptes de la dérision introduisent du ludique dans leur présentation en choisissant par exemple de ballerines fluos, tout comme le shopping peut être l’occasion de tentatives de déguisement immortalisées par des photographies. Dans sa mise en scène, l’adolescent évolue entre imitation (Tarde, 1890) et distinction (Bourdieu,1979). La multiplicité des panoplies disponibles contraste avec cette impression d’homogénéité qu’offrent au regard les collégiens plus que les lycéens. L’uniformité des tenues que nous avons pu observer reflète la stratégie d’imitation des pairs élue par de nombreux collégiens, cette stratégie est source de confort et limite le risque social. La pression au conformisme est en effet, particulièrement forte. Comme le dit F.Dubet (1996), « Les élèves peuvent bien sûr se percevoir comme des individus originaux, mais ils ont du mal à vivre cette différence comme positive tant les critères des jugements scolaires paraissent les seuls disponibles. Pour être soi, il faut d’abord être comme les autres ». Cette stratégie d’imitation peut s’effectuer par rapport aux pairs, par rapport à des icônes ou dans le cadre du choix de marques à très forte diffusion au sein de la génération des adolescents. Les marques constituent à la fois une ressource pour une stratégie d’imitation lorsqu’elles sont très répandues (H&M, Zara) et une ressource pour les stratégies de distinction lorsqu’elles confèrent à leurs détenteurs un statut élitiste, réservé aux initiés (Evisu, marque fétiche des rappeurs, Armani et Yves Saint Laurent).

À l’inverse, certains adolescents cherchent à échapper à l’assignation vestimentaire dominante des pairs pour s’épanouir dans l’élection d’un look atypique ou personnel. Pour G.Simmel, la mode est « le lieu d’élection où s’ébattent les individus privés d’autonomie intérieure qui ont besoin d’appui, mais dont l’amour-propre exige en même temps qu’on les distingue quelque peu, qu’on leur prête attention et qu’on les traite à part». La stratégie de distinction s’appuie sur des choix vestimentaires fondés sur le refus de la norme des pairs et une volonté sous-jacente d’être ou d’apparaître comme singulier, original, voire marginal et de jouer sur des logiques de décalage, voire de provocation ou de transgression vis-à-vis des pairs ou des parents. La quête de nouveauté sert cette stratégie. À écouter certains adolescents, ils observent finement pour capter toutes les nouveautés, tel un radar branché en permanence. La volonté de renouveau est consubstantielle au phénomène de mode. Jean Baudrillard en France, Riesman, Marcuse aux Etats-Unis ont développé l’idée que les sociétés contemporaines s’agencent sous la loi du renouvellement impératif, de la désuétude orchestrée, de l’image, de la sollicitation spectaculaire.

La “culture jeune”, les marques et les vêtements positionnent le jeune à ses propres yeux comme pour ceux qui l’entourent. L’adolescent qui s’interroge sur son identité, qui la bricole, le fait sous le regard d’autrui. Autrui infirmera ou certifiera l’identité proposée. Or, la demande de reconnaissance est très forte à l’adolescence. Chacun guette l’approbation, l’admiration, l’amitié, voire l’amour dans le regard de l’autre. Pour David Le Breton , l’estime de soi ne s’alimente plus dans le miroir des aînés, mais dans celui des pairs. Dans leur discours, certains adolescents se sont révélés très ambivalents par rapport au jugement des autres. La présentation de soi à travers une façade et l’engagement par l’exposition de la face sont à l’origine d’un rapport réflexif qui permet à l’adolescent de se construire face à ses parents et à ses pairs. Il oscille entre l’imitation et l’invention de soi, l’une apporte la sécurité, le confort, l’autre le sentiment de liberté.

Les relations entre parents et enfants ont fortement évolué en une génération. Les adultes ayant connu les mouvements d’émancipation liés à Mai 68 dans leur jeunesse, ont été soucieux, en devenant parents, de changer de modèle éducatif, d’abandonner celui de l’autorité et du respect des normes dictées par les adultes au profit de celui du contrat et de l’expression, de la valorisation des individualités. À l’adolescence, le futur consommateur apparaît et s’affirme. Plaisir partagé de l’achat, transactions, règles, négociations, désaccords… L’enjeu de la consommation devient significatif dans les relations de l’adolescent avec ses parents et participe de la construction identitaire. Ce sont les parents qui définissent et défendent le cadre : le prescrit, le permis et l’interdit. Pour cette enquête, le prescrit se limite à la tenue à porter pour le stage professionnel ou à l’encouragement de la féminité pour une adolescente des cités. L’interdit se limite au pantalon baggy pouvant être mal interprété par les professeurs, aux sweats à capuche assimilés à des vêtements de « racaille » ou encore au port de talons au collège. Pour Olivier Galland, l’adolescence est un apprentissage progressif de la liberté. Si beaucoup de parents laissent une grande part d’autonomie aux adolescents dans leurs choix vestimentaires, d’autres ont élargi la sphère de contrôle des études aux activités extra-scolaires et aux tenues, au motif que ces dernières peuvent distraire ou influer sur les résultats scolaires. Leurs adolescents recourent alors à des pratiques cachées, corollaires du contrôle ou des interdictions parentales, soit en l’absence du parent, soit par le mensonge (alibi du prêt d’un ami), soit par l’essayage à l’extérieur du domicile.

Les négociations sont généralement menées en douceur, par essai et par erreur pour repérer la juste distance qui ne mette pas en péril la relation. Les arguments utilisés par les adolescents portent sur la pression des pairs, la « nécessité de rester dans le coup », le manque ou le fort usage attendu du vêtement sur un plan rationnel et l’usure, le chantage affectif et l’égalité de traitement au sein de la fratrie sur un plan émotionnel. Les parents opposent l’argument du coût, souvent accepté car intériorisé par les adolescents, ou du non-seyant. Pour atteindre leurs fins et accéder au vêtement convoité, les adolescents adoptent différentes stratégies : le report jusqu’à l’anniversaire ou Noël, la persévérance, le recours aux grands-parents, l’auto-financement et l’alliance au sein de la fratrie.

En matière d’habillement, l’idée selon laquelle on décide de sa tenue relève de l’évidence pour G.Erner . Pour notre part, l’adolescent décide sous contrainte des normes sociales : celle de ses parents ou de ses pairs. Leurs différences entraînent la possibilité de conflit interne. Sous tension, l’adolescent privilégie sa dimension identitaire de jeune et trahit ses parents en se refusant de suivre leur norme pour adopter celles de ses pairs.

Les vêtements sont des médias de communication induisant des logiques d’identité, de classement, d’inclusion et d’exclusion, notamment au sein du groupe de pairs et du cercle des amis intimes, qui constituent les deux groupes de référence des adolescents. La mode comme le sport ou la musique est une forme culturelle commune qui permet à chacun d’exprimer son individualité, suscite des discussions et trace les contours des réseaux amicaux et sociaux. Les pratiques vestimentaires ont en point de mire les échanges et les interactions qu’elles permettent d’avoir avec les pairs, elles servent de ciment en resserrant les liens et sont sources de compliments ou de critiques, de rivalité ou de jalousie. Si le cercle des amis proches enveloppe la personne d’une sphère « chaude », cohésive, affective et relativement consensuelle, privilégiant le confort d’une confirmation et d’une confiance mutuelle, le cercle plus large des pairs joue un rôle important d’interaction avec le monde social. Les jugements des pairs sont plus sévères et plus puissants. Il s’y joue davantage de positionnements identitaires. Les amitiés de jeunes naissent souvent sur des proximités de circonstance et sur des attraits physiques. L’adolescent privilégie l’homophilie, il recherche son double en termes d’appartenance de classe, de sexe et d’âge, mais aussi de style vestimentaire, surtout au collège. L’adolescent est tiraillé entre la tendance à se dissocier individuellement de son groupe social et la tendance à fusionner avec ses pairs en adoptant une identité générationnelle qui met à distance ses parents. Au collège, le conformisme est dominant et le passage au lycée s’accompagne de l’adoption des talons pour les filles et de l’abandon du jogging, ce sont de véritables marqueurs de passage. La pression exercée par les pairs comme par les parents paraît moindre au lycée. Grâce à un gain en maturité, les lycéens semblent plus tolérants, la mode un moindre facteur d’intégration et l’exclusion plus rare. Toutefois, le manque de distinction semble être critiqué, celui qui ne possède pas de style personnel risque d’être marginalisé, ridiculisé.

Les vêtements et les accessoires catégorisent les individus par classe d’âge, par sexe, mais aussi culturellement et localement, par territoire. Si l’uniforme a été largement supprimé en classe, les jeunes se sont donnés de nouvelles consignes vestimentaires par genre. Alors que la seconde moitié du XXe siècle a été marquée par l’annexion du masculin par le féminin, illustrée par le port du pantalon pour les adultes, nous observons chez les adolescents au-delà de tendances unisexes (les Converse, le jean), l’annexion du féminin par le masculin : l’adoption du pantalon slim et de tenues moulantes ou de couleurs jadis prohibées, le rose, le fluo… Parce que pour certains une barrière a été franchie, le jean slim semble cristalliser les adolescents filles et garçons. Chez ces derniers, compte-tenu de la hiérarchisation des catégories de sexe, adopter des valeurs ou des comportements « féminins » est perçu comme dégradant et est fortement stigmatisé par les pairs. Enfin, la dimension locale interfère, voire domine la mode de la rue et des magazines d’adolescents. L’enquête a notamment mis en évidence l’importance de la domination masculine dans les cités et les variations d’un arrondissement parisien à l’autre. Au-delà des attractions interpersonnelles, la stylisation des goûts tend à donner un pouvoir classant fort à l’apparence physique et vestimentaire. Ainsi, se construisent des catégorisations plus globales qui organisent le collectif en groupes homogénéisés sur la base des appréciations de la beauté et de son mode de mise en valeur par les signes vestimentaires. Dans cette description des catégories se juxtaposent des styles très hétéroclites. S’il y a tant de styles, c’est qu’il y a beaucoup de groupes d’appartenance ou de tribus, instruments de l’affirmation individuelle. La théorie de Maffesoli repose sur « un paradoxe essentiel : le va et vient constant qui s’établit entre la massification croissante et le développement de micro-groupes » qu’il appelle tribus. Ces tribus se constituent autour d’affinités culturelles, notamment musicales (rap, teckno, métal, Tokio Hotel…) ou sportives (skate, sport de glisse), ou encore autour d’une communauté d’intérêt (icônes réelles ou virtuelles). Ces tribus constituent une autre forme de lien social qui transcende l’individu et l’intègrent dans un ensemble.

La question centrale qui apparaît en filigrane de cette analyse est celle de l’affirmation du genre et de la personnalité propre de l’adolescent. Cette affirmation semble rendue possible au passage au lycée par un poids des normes collectives du paraître qui s’infléchit du collège au lycée, par une autonomisation plus grande accordée par les parents, notamment dans le domaine des achats de vêtements, et en parallèle, par une meilleure connaissance de soi. Le look, le style doit être compris comme l’extension du moi du sujet, comme l’affirmation de l’identité. Il participe à la construction identitaire dans la différenciation qu’il apporte face au monde des adultes, spécialement face aux parents, et dans la différenciation d’avec les semblables. Le look vient par les détails de la parure signifier sa singularité. Les vêtements et les accessoires qui viennent parer, dans le sens d’orner et de protéger, le corps du sujet ont aussi une double fonction. À la fois, ils montrent, exhibent quelque chose de l’identité subjective au regard des autres, et ils viennent cacher, derrière un masque d’apparence, souvent homogène au collège, les inquiétudes et la méconnaissance sur l’identité réelle de l’objet moi. Le look peut même réussir à donner l’illusion d’une identité assurée, assurance infirmée par le changement rapide de style de certains adolescents.

Un des but de cette recherche était de montrer comment les adolescents cherchent à affirmer leur personnalité tout en construisant leurs liens sociaux au travers de leur présentation de soi. Ceci peut apparaître comme un paradoxe tant que les pairs exercent une pression forte au conformisme, limitant la marge de manœuvre de l’individu. La recherche d’authenticité passe par la distanciation vis-à-vis des normes parentales et des normes des pairs, cet apprentissage de la liberté est facilité par le passage au lycée.
Lire le mémoire complet ==> (Modes vestimentaires chez les adolescents)
Modes vestimentaires chez les adolescents : Construction de l’identité et du lien social
Mémoire de recherche Master 2

Tables des matières :

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ibid, p200