L’intégration, Norme vestimentaire des pairs de l’adolescent

By 7 May 2012

B. L’intégration, la norme des pairs

Le cadre de l’institution scolaire s’est profondément élargi avec l’abandon de l’uniforme, celui des parents également avec la volonté d’autonomisation, les repères collectifs se sont ainsi atténués. Mais face à cette ouverture, l’angoisse monte à mesure que ces repères deviennent moins contraignants (J.C.Kaufmann, 2002). Les pairs fabriquent et actualisent leurs propres repères en établissant leurs propres normes : le bon, le beau, le normal en termes vestimentaires… Ces normes diffèrent d’un cycle à l’autre, entre le collège et le lycée, d’un territoire à l’autre (cités, Paris et les milieux favorisés).

Dans le domaine de la mode vestimentaire, chaque adolescent doit prendre parti, choisir avec qui il est. Certains goûts partagés rapprochent et sont susceptibles de structurer les réseaux sociaux. Pour Claire Bidart, les réseaux sociaux juvéniles ont une configuration particulière : à la fois très étendus et très actifs, et très resserrés en termes d’âge.

1. La perception de soi par les autres

Le pair, le semblable, le proche et même l’ami, deviennent aujourd’hui des évaluateurs et des concurrents potentiels. L’esprit de compétition peut faire des ravages. Le retour positif d’autrui donne à l‘adolescent plus d’assurance sur sa personnalité et sa présentation.

« Physiquement, on en parle pas vraiment. Quand on sort avec un garçon, ses copains sont plus critiques. Pour les compliments, c’est tout le monde pareil, on est jolie. Je pense qu’ils aiment mon look. On me dit que j’ai un dressing fourni On ne me colle pas une étiquette de la fille intéressée par ses vêtements. » (Mathilde,1ère, 16 ans, Asnières)

2. Les facteurs d’intégration : la mode comme norme

Les pairs auxquels l’adolescent se compare et qui lui permettent de se positionner, jouent un rôle d’assimilation pour l’individu qui va modeler ses choix de consommation et sa présentation de soi sur les pratiques des pairs. Ce groupe des pairs exerce une fonction primordiale dans des logiques d’ostentation liées à des produits à fort risque social, c’est-à-dire pour les produits fortement visibles que sont les vêtements, les chaussures et les accessoires comme les bijoux ou les montres.

Communication non verbale, les vêtements permettent d’attirer l’attention sur soi et d’initier le dialogue, comme le souligne Laurence.

« Mes vêtements ont attiré mes camarades de classe, je m’entends bien avec tout le monde. Comme j’ai des vêtements différents, des gadgets, je les ai intrigués. Ça a permis d’initier le dialogue, à partir des réflexions. » (Laurence, 1ère, 17 ans, Perpignan)

Les contraintes qui pèsent sur la déclaration et l’affichage des goûts en termes de modes et des préférences culturelles sont beaucoup plus grandes dans le réseau des liens faibles que dans le cercle intime. Dans le premier, il existe une forte pression à la conformité et peu de tolérance à la différence.

Pour Christine Roland-Lévy , les pairs conduisent les jeunes à découvrir la fonction symbolique des objets et leur valeur, en fonction de la reconnaissance et de l’approbation par l’autre. «La pression est terrible sur les jeunes : celui qui n’a pas les vêtements qu’il faut est rejeté, isolé dans la cour de récréation», souligne Béatrice Stella, présidente de l’Union des familles en Europe, une association qui a enquêté auprès de 539 collégiens et 472 parents en 2004. La crainte est d’être mis à l’écart si leurs vêtements ou leurs accessoires ne sont pas étiquetés du dernier logo à la mode : “certains collégiens sont rejetés par leurs camarades parce qu’ils ne sont manifestement pas dans le coup”. La mode est donc perçue comme un facteur d’intégration chez les jeunes. La pression implicite ou explicite (se faire traiter de « bolos ou de bouffon ») des normes des pairs est parfois difficile à supporter. L’effort d’être soi épuise et parfois l’adolescent, comme Grégory, craque.

« Sur un tee-shirt en V, j’ai eu des remarques, ils le descendaient beaucoup. Y en avait qui aimaient, d’autres pas. Je l’ai mis 3-4 fois. Je le remettrai quand même. Je l’aime bien. Ceux qui charrient, c’est chiant. » (Grégory, 3ème, 14 ans, Neuilly)

Tout dépend des groupes dans lesquels l’adolescent veut s’insérer et des normes vestimentaires et culturelles qui y prévalent à un moment donné dans ces groupes. Beaucoup d’adolescents interrogés ont admis que le look vestimentaire était intégré aux critères d’élection et qu’ils étaient attirés par les adolescents partageant les mêmes goûts et préférences vestimentaires.

Les préférences affichées sont souvent des mises en scène destinées à faciliter l’intégration plutôt que de véritables goûts personnels. Elles peuvent se faire de façon inconsciente comme le révèle Axelle qui s’est laissée imprégnée par le style vestimentaire dominant de sa colonie. Tout comme pour l’accent et la façon de parler, l’environnement peut« déteindre » sur le style vestimentaire de l’adolescent. Ce constat explique peut-être la rapidité des changements de look de certains adolescents et l’adoption d’un look plus stabilisé au lycée où l’adolescent est plus mûr, moins dépendant du regard des autres et où ces derniers semblent se faire plus tolérant.

Le vêtement peut être considéré comme un marqueur de passage (collège versus lycée) et un marqueur d’appartenance selon les genres et les territoires. Les collégiens et les lycéens vivent au quotidien dans une organisation sociale avec des règles et des interdits établis par l’institution. Concernant les normes vestimentaires, le lycée semble plus ouvert que le collège tout en partageant la même interdiction du couvre-chef. Voyons à présent ce qui différencie les collégiens des lycéens.
Lire le mémoire complet ==> (Modes vestimentaires chez les adolescents)
Modes vestimentaires chez les adolescents : Construction de l’identité et du lien social
Mémoire de recherche Master 2

Tables des matières :

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Roland- Lévy C, in De La Ville V., L’enfant consommateur, Vuibert, 2002