Evolution du style selon le cycle de vie, style des jeunes

By 5 May 2012

a) L’évolution du style selon le cycle de vie

L’expérimentation de soi devient un principe de socialisation avec ses essais et ses erreurs plutôt que l’emprunt de la voie indiquée par les parents. Tous les adolescents interviewés ont souligné la forte évolution de leur style depuis le début du collège et l’émancipation croissante face aux parents, pour eux comme pour leurs pairs. Il s’agit là d’une trajectoire aux ondulations plus ou moins fortes selon le nombre et la diversité des styles empruntés.

Pour tous, l’évolution de leur style souligne le cycle de vie, la rupture entre le collège et le lycée et le processus d’individualisation progressif de la gestion des habits prise en charge par la mère à l’adoption de son propre style. Durant les premières années de collège, Salomé ne pouvait participer aux décisions la concernant. Elle a donc pris une taille plus grande. L’adolescent gagne en sentiment de liberté, notamment au travers des achats effectués entre amis en l’absence de contrôle parental.

« Avant, le regard des autres ne m’intéressait pas, il y a 2 ans. Le déclic a eu lieu à partir de la 5ème-4ème. Je ne recherchais rien de précis, c’est ma mère qui m’habillait. (Salomé,3ème, 15 ans, Neuilly)

L’intérêt pour les vêtements croît en parallèle avec l’intérêt pour le regard des autres et le poids des marques. Parmi les raisons avancées par les adolescents de l’évolution de leur style, nous trouvons l’influence de la musique et celle des « fréquentations », la recherche de liberté et le gain en maturité lors du passage au lycée. Adolescente atypique, Maîmouna nous a déclaré que son style n’avait pas évolué au collège.

Le passage au lycée est l’accès à la féminité, il s’est accompagné pour Mathilde comme pour les autres de la volonté de davantage affirmer sa féminité au travers de la présentation de soi. Les vêtements vont permettre le classement social, avec une dimension identitaire féminine plus forte au lycée, le vêtement voit ainsi son sens varier en fonction des étapes du cycle de vie. Tout comme D.Desjeux(2006) avait souligné que le lycée était le temps de la séduction dans le cadre d’une enquête sur le maquillage, alors que le collège était celui de l’intégration au groupe de pairs et à la transgression par rapport aux parents. Le passage au lycée semble marquer un gain en assurance et en expertise, le style s’affirme et s’éloigne de l’uniformisation des collégiens, il est plus genré (féminin : choix de décolleté, port de chaussures à talon), plus osé (choix de blouse à motifs marqués). Ses choix disent son identité.

« Avant au collège, je mettais un jean, plein de tee-shirts, des hauts pas forcément très féminin. J’aime bien avec le temps les hauts un peu plus décolletés, les blouses à motifs, c’est raffiné. Au lycée, on commence à avoir son propre style. » (Mathilde,1ère, 16 ans, Asnières)

Le gain en maturité s’accompagne pour le lycéen d’une meilleure connaissance de soi, de sa personnalité et d’une influence déclarée moindre des pairs.

« J’ai plus appris à me connaître vraiment, j’ai évolué, je m’affirme beaucoup plus, je sais ce que je pense, j’ai une pensée carrée dans les extrêmes. Beaucoup de personnes disent le contraire de ce qu’ils pensent. Personne ne peut me faire changer d’avis. En 3ème, je ne savais pas ce que je pensais. Aujourd’hui, je sais ce qui me va, si c’est à la mode et que ça ne me va pas, je ne le mettrai pas. » (Laetitia, 2nde, 16 ans, Paris 16)

Le gain en maturité se traduit pour les adolescents qui s’étaient opposés à leurs parents en adoptant un look décalé, de rebelle, par une normalisation au lycée. Laurence le justifie par une meilleure connaissance de ses projets futurs. Rassérénée, elle déclare être moins excessive et avoir normalisé, « épuré son style ». L’explication fournie par David est la priorité accordée à ses études, il se désinvestit du paraître.

« J’étais toujours skate, rock, un peu métal. J’ai commencé à être baba cool en 4ème et 3ème. C’est nos fréquentations qui m’ont incité à changer. C’est aussi l’influence de la musique, parce que c’est une passion, on a envie de s’habiller pas comme un rockeur…, surtout baba cool. Maintenant, je me suis calmé dans mon style. Le baggy – avant j’en portais, j’ai arrêté au lycée. (Dan, 2nde, 15 ans, 93 Gagny)
Lire le mémoire complet ==> (Modes vestimentaires chez les adolescents)
Modes vestimentaires chez les adolescents : Construction de l’identité et du lien social
Mémoire de recherche Master 2