Choix des vêtements et Validation parentale au retour

By 5 May 2012

4. La validation parentale au retour

Beaucoup d’adolescents ont besoin de valider auprès de leur(s) parent(s) les achats qu’ils effectuent avec leurs amis, la mère et le père restent de puissants autrui significatifs de leur monde, c’est-à-dire des proches avec qui le jeune souhaite parler afin de consolider son monde. P. Berger et T. Luckmann dans La Construction sociale de la réalité, travaillent sur le « processus » qui conduit au caractère socialement défini de la réalité de chaque individu. C’est par une médiation et une actualisation continuelle de l’individu que cet univers socialement construit, ce « monde tout fait », devient son propre monde. Le « je » de l’adolescent est fragile, il a besoin de faire valider par autrui. Pour certains, la sphère de validation s’étend même au père et à la fratrie, voire à la quasi-fratrie (demi-sœur).

« Dès que j’achète quelque chose seule, je le montre à Maman… Je les ai montré à mon père et à ma sœur, puis je les ai rangé. » (Salomé,3ème, 15 ans, Neuilly)

Certains cherchent à être libres sans renoncer à la reconnaissance et à la validation que les parents peuvent lui apporter. Ainsi, comme Salomé, Axelle, Laetitia, Mathilde et Dan valident leurs achats auprès de leur mère quand ils en ont l’occasion. Maîmouna le fait systématiquement et accepte les remarques ou critiques de sa mère.

« Je l’ai essayé devant Maman juste en rentrant. Elle m’a dit « Encore un pantalon blanc ! ». (Maimouna, 3ème, 14 ans, 93 Epinay sur seine)

Mais d’ores et déjà, nous pouvons percevoir que la consommation vestimentaire constitue un territoire plus partagé entre Salomé, Maîmouna ou Philippine et leur mère que pour les autres adolescents, nous verrons ultérieurement leur différence de positionnement par rapport aux règles (permis, réticences, interdits) et la gestion des négociations.

La validation des amis proches ou des pairs est également très importante à l’adolescence. Les amis proches sont aussi de puissants autrui significatifs et la conversation et l’affichage des dernières acquisitions fournissent l’occasion de la validation. Le court instant qui sépare l’achat des vêtements et leur affichage témoigne de ce besoin de validation. Ainsi, Laetitia n’hésite pas à sortir sa robe de soirée de son placard pour la montrer à ses amies.

« J’ai essayé ma robe de soirée avant pour la montrer à Mathilde, Audrey et Christophe (beau-père), ou à mes amies dès qu’elles venaient à la maison. » (Laetitia, 2nde, 16 ans, Paris 16)

5. Les pratiques de repérage et de prise d’information

Le repérage en boutique est loin d’être une activité préalable, en effet, de nombreuses adolescentes (les 4 lycéennes) s’y refusent car il est source de frustration.

« Je ne fais pas de repérage, c’est horrible, t’as pas un rond, tu regardes les fringues, y a rien de pire. » (Valentine, 2nde, 15 ans, Neuilly)

Au-delà du repérage traditionnel en boutiques, beaucoup d’adolescentes interrogées ont accès à la presse féminine. Dan et Salomé recourent à Internet, l’un pour accéder au site de sa boutique et gagner du temps en repérant les modèles et les prix, la seconde pour trouver les photos de ses icônes ou pour trouver des invitations à des soldes privées.

« Je vais regarder les photos sur Internet de Lindsay Lohan et de Nicole Richie, sur Google Images. Je regarde dans les vitrines à Neuilly, je vais me balader dans Paris, aux Ternes. Je lis des magazines , Je regarde le Elle, Voici, Bazar, ma mère les achète. Pour les ventes privées, je vais aussi sur Internet. (Salomé,3ème, 15 ans, Neuilly)

6. Les politiques de rangement et de refroidissement

Les vêtements sont classiquement rangés dans les placards, certains adolescents comme Mathilde ou Laetitia sont très précautionneux et organisés, allant même jusqu’à un rangement de type « maniaque », séparant les hauts et les bas dans deux meubles, ou rangeant par couleur.

« J’ai un dressing pour les pulls, les hauts et les manteaux. J’ai un placard pour les jupes, les robes et les jeans. Je l’ai aussitôt rangé dans mon placard. » (Mathilde,1ère, 16 ans, Asnières)

Laetitia, quant à elle, ajoute une étape intermédiaire entre l’acquisition et le rangement, une exposition des sacs dans la chambre pour pouvoir les caresser du regard. Cet acte est en rupture avec le code social officiel qui veut que les vêtements ne doivent pas traîner dans la maison, qu’ils doivent être cachés à la vue, selon Dominique Desjeux.

« Au retour à la maison, j’aime bien laisser dans les sacs avec l’étiquette, les regarder de temps en temps avant de les mettre. » (Laetitia, 2nde, 16 ans, Paris 16)

L’étape du refroidissement ou « cooling » marque la fin de l’itinéraire de consommation. Ce refroidissement affectif des objets est pour certains une étape de l’abandon. Ainsi, certains adolescents éprouvent le besoin de conserver quelques vêtements trop petits ou vieux, d’autres les donnent directement à des proches ou à des œuvres.

« Je donne mes vêtements à mon petit cousin, sauf certains auxquels je suis attaché. Je les garde en haut du dressing. J’ai ainsi un tee-shirt Diesel, qui est trop petit. J’y pense quelquefois quand je revois des photos de moi avec. Ça a été un de mes tee-shirts préférés. » (Grégory, 3ème, 14 ans, Neuilly)
Lire le mémoire complet ==> (Modes vestimentaires chez les adolescents)
Modes vestimentaires chez les adolescents : Construction de l’identité et du lien social
Mémoire de recherche Master 2

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BergerERGER P. , LuckmannUCKMANN T., La construction sociale de la réalité, Paris, Méridiens – Klincksieck , 1986

Desjeux D., La consommation, PUF, 2006, p 102

ibid, p 109