Caractéristiques technologiques des investissements pétrolières

By 15 May 2012

*** Les caractéristiques technologiques

Le pétrole est un concentré d’énergie irremplaçable dans de nombreux domaines comme les transports et la pétrochimie. En effet, cette énergie possède des qualités remarquables, en particulier au niveau physico-chimique; il a un pouvoir calorifique supérieur au gaz et au charbon et il est facilement manipulable (il peut être pompé et transporté avec peu de risques); de plus il est très bien adapté au moteur à explosion et aux turbines thermiques grâce à son haut pouvoir de vaporisation.

Cependant le pétrole ne sert pas uniquement à la production de carburant pour les transports ou le chauffage. Au-delà de son utilisation énergétique, le pétrole est utilisé à 11 % pour d’autres usages : pharmacie, cosmétologie, bougie, encre, bitume de routes, huile de graissage, naphta et gaz de raffinerie utilisé comme base pétrochimique [Dalemont et Carrié, 1994, p.8].

On en tire ainsi les produits intermédiaires comme le propylène, l’éthylène, le benzène ou encore le xylène qui sont ensuite utilisés pour fabriquer du caoutchouc synthétique ou des fibres textiles par des procédés propres de transformation ou de polymérisation.

Depuis le 1er sondage de Titusville (Etats-Unis, 1859), les techniques de production ont fortement évoluées; un programme d’exploitation dure en moyenne 8 ans et requiert des techniques de plus en plus pointues où l’informatique est indispensable pour traiter les données issues des mesures. La production de pétrole brut est ainsi passée de 100 millions de tonnes en 1920 à 3,1 milliards de tonnes en 1995. Ce rythme de croissance n’a pu être possible qu’à condition d’avoir massivement investi dans la recherche de nouveaux sites de production, puis dans l’équipement des puits, tout en améliorant les techniques tout le long de la chaîne de production [Dalemont et Carrie, 1992, chapitre 2].

L’exploration/exploitation elle-même pose problème avec la lourdeur des investissements et les risques d’exploitation de poches pétrolifères en commun. Ce problème sera étudié en détail dans le chapitre 3. Ce qu’il faut retenir pour l’instant c’est l’impossibilité de délimiter ces poches et de les attribuer en totalité même par le système de concession; cette exploitation est ainsi potentiellement soumise à des phénomènes d’externalités qui vont venir des autres exploitants qui rechercheront à espionner les concurrents (et observer les puits d’exploitation qui passent à une phase de développement) et qui rechercheront à exploiter chaque poche de la manière la plus intensive possible à partir de son propre puits. D’autre part, les poches sont impossibles à exploiter en totalité et ce n’est ainsi que 40% du pétrole qui est récupéré.

De plus, en terme de transformation, l’obtention de composés standardisés doit passer par le stade du raffinage, or les qualités de pétrole brut sont très variables. Ceci constitue un problème à 2 niveaux; tout d’abord au niveau de la raffinerie car la transformation oblige à avoir une raffinerie par type de pétrole. En effet un pétrole lourd ne pourra pas être transformé par une raffinerie conçue pour un pétrole léger. Par conséquent, les investissements réalisés auront un caractère très spécifique dans la mesure où chaque firme n’a pas besoin de tous les types de raffineries possibles pour chaque marché. De plus, le processus de raffinage demande un flux continu d’approvisionnement. Pour pouvoir y parvenir, les raffineries sont approvisionnées par des pipelines, ou parfois elles disposent de capacité de stockage; la contrainte est forte dans la mesure où le stockage et la construction d’un pipeline sont coûteux.

*** Les contraintes de lourds investissements

Au niveau des coûts, la firme est sujette à une forte contrainte, constitués de frais fixes très lourds, et d’investissements demandeurs de beaucoup de capitaux.

Le tableau suivant illustre très bien le propos.

Stades

Caractéristiques

extrêmes inférieures

Caractéristiques

extrêmes supérieures

Exploration

Terre : 2US$/bl

Mer : 7US$/bl

Développement

Terre : 3US$/bl

Mer : 6US$/bl

Exploitation

Terre : 4US$/bl

Mer : 7US$/bl

Oléoduc (pour 100km)

Diamètre 30cm : 100MF

Diamètre 100cm : 310MF

Tanker

80 000 t : 15.1MUS$

280 000 t : 24.6MUS$

Stockage

Minimum : 700F/m3

Maximum : 1000F/m3

Raffinage

Simple : 118MUS$

Complexe : 246MUS$

Distribution

3000 m3/an : 1MUS$

8000 m3/an : 2MUS$

Sources : Norvegian Petroleum Directorate (1988, pp. 30-31), Dalemont et Carrié (1994, pp.31-41).

Dans ces conditions, la recherche de l’amortissement du capital domine largement. De plus, l’évolution du coût unitaire est très sensible aux effets de taille.

Il a été estimé que pour produire une tonne de pétrole, une compagnie intégrée devait investir en moyenne, 1000 US$ [Dalemont et Carrié, 1994, p.30]. Il s’agit d’une moyenne qui variera de façon importante selon le lieu de production avec les conditions géographiques, géologiques, climatiques, techniques ou économiques qui peuvent être très différentes d’un lieu à un autre.

La répartition de l’investissement le long de la chaîne de production varie dans le temps mais aussi suivant les compagnies, plus ou moins intégrées.

Il a été établi en moyenne que dans les années 80, l’investissement des firmes pétrolières allait à 60% dans l’exploration et l’exploitation des champs de pétrole, à 20% dans le raffinage, à 5% dans le transport et à 5% dans la distribution. Le reste correspond à des activités diverses comme la diversification dans d’autres branches plus ou moins proches comme l’énergie nucléaire pour Exxon ou la pharmacie pour ELF.

Les investissements engagés sont ainsi colossaux dans cette industrie (200 milliards de US$). Il s’agit la plupart du temps de capitaux fixes qui vont être utilisés et amortis sur de longues périodes. Or l’entrepreneur ne dispose pas de l’information nécessaire pour formuler de parfaites anticipations dégagées de tout risque.

En effet, dans le cas de l’exploration, 1/7 des puits creusés sont secs et donc inexploitables. Avec de tel coût et un risque si important la diversification par les sites est indispensable.

A titre d’exemple, le graphique suivant établi par Wood Mackenzie pour les plates-formes offshore de l’Ouest de l’Afrique illustre bien le problème. Ainsi, à la lourdeur mécanique des investissements va s’ajouter l’incertitude qui va coûter d’autant plus qu’elle sera grande.

A travers cette rapide description, l’industrie pétrolière apparaît comme une industrie incontournable. Elle apparaît également comme très demandeuse en capitaux et en gestion du risque. Ce qui semble intéressant de remarquer à ce stade c’est l’analogie qui peut être faite entre ce secteur et le secteur des hautes technologies comme les semi-conducteurs par exemple. En terme d’investissement et de risques la similitude est saisissante.
Industrie du pétrole : Alliances dans l’Industrie Pétrolière
Mémoire réalisé dans le cadre du DEA D’Economie Industrielle
Université de Rennes 1

Table des Matières : Table des Matières.
Chapitre Préliminaire :
Une Présentation de l’Industrie Pétrolière.
I. Le pétrole, une énergie particulière.
La filière de l’Industrie Pétrolière.
Les caractéristiques technologiques
Les contraintes de lourds investissements
II. La dynamique concurrentielle
Les marchés de concurrence imparfaite
Les offreurs
Les grands producteurs
La concurrence
Vers un processus de concentration inévitable
III. Les motifs de l’intégration verticale dans l’industrie pétrolière
Les nécessités techniques
L’appropriation monopolistique
Les déficiences des marchés
Partie 1 : La Coopération : une Modalité Incontournable du Fonctionnement d’une Economie de Marché.
Chapitre 1 : Les Objectifs de la Stratégie de Coopération.
I. De l’internalisation des transactions…
La nature des actifs selon Williamson
Le continuum de Richardson
II. …A la coopération interfirme.
Une introduction à la coopération interfirme
L’apport de la théorie des jeux
Vers un jeu coopératif
L’apport de la théorie des incitations
L’apport de la théorie de l’agence
III. La question de l’inefficience des marchés dans l’industrie pétrolière
L’inefficience des marchés
Les problèmes de distribution
L’inefficience du marché des produits intermédiaires
L’inefficience du marché de la connaissance
L’imperfection du marché des capitaux
Les mesures empiriques
Les hypothèses du modèle
Les résultats de l’estimation économétrique
Les interprétations économiques des mesures économétriques
Chapitre 2 Les Modalités de Coopération
I. Définition et typologie des accords interentreprises
Les différents types d’accord
L’entente
Le partenariat
L’alliance
La firme réseau
II. Le choix de la modalité de coopération
L’impact micro-économique des rapprochements
Une collusion pure
Les mécanismes d’incitation
L’incitation à ne pas tricher
Le rôle du monitoring
III. L’entreprise conjointe comme moyen efficace de coopérer
Les formules d’association
Les typologies
Le choix de l’entreprise conjointe.
Des avantages de l’entreprise conjointe…
La nature des actifs
La forme juridique
…Au partage du capital
Conclusion de la première partie
Partie 2 : La Coopération dans l’Industrie Pétrolière.
Chapitre 3 : La Spécificité de ce Secteur d’Activitès.
I. De la notion de rente et de droits de propriété…
La notion de rente
Les quasi-rentes
Les droits de propriété
II. … Au jeu de Common Pool
L’appropriation d’un travail collectif
Les contraintes techniques de l’exploitation
Les problèmes de l’exploitation collective
L’arbitrage en situation de Common Pool
Le modèle de Hotelling
Le jeu
Les externalités
III. La coopération comme solution pour l’industrie pétrolière
Le rôle de la coopération
Une prise de conscience
La coopération comme solution idéale
L’avantage intrinsèque de la coopération
La sous-additivité des coûts
La diversification du risque
La pression de la flexibilité
Chapitre 4 : Strategie et Concurrence dans l‘Industrie Pétrolière.
I. La coopération dans l’industrie pétrolière : le cœur d’une stratégie
La stratégie de la coopération
Les orientations stratégiques de la coopération
L’avantage concurrentiel
La nature stratégique
II. Le droit de la concurrence face aux formes d’accords
Les réglementations antitrust
L’attitude de la Commission Européenne
La position de la Commission sur l’entreprise conjointe
Un développement de la recherche et de l’innovation
Le bien être de la société
L’indépendance énergétique
III. Une analyse de la coopération dans l’industrie pétrolière aujourd’hui
Peu d’évolution à attendre dans l’Upstream
De larges mouvements de concentration en marche dans le Downstream
Conclusion de la seconde partie.
Conclusion générale