L’autonomisation ou le contrôle – Education parentale

By 6 May 2012

4. L’autonomisation ou le contrôle

Certains adolescents se font plus consolider par leurs parents et d’autres, moins. Les premiers veulent concilier leur autonomie avec le maintien d’une relation forte avec leurs parents alors que les seconds souhaitent que leur autonomie corresponde à un niveau équivalent d’indépendance, ils désirent que leur univers propre reste méconnu de leurs parents (Singly, 2006).

Apprendre à être autonome ne peut pas attendre l’indépendance économique et spatiale, c’est-à-dire l’entrée dans la vie active et le départ du logement familial. C’est un long apprentissage, toujours sous tension puisque la dépendance a des effets sur les formes de l’autonomie des adolescents. Ce droit de regard semble avant tout se focaliser sur la gestion des dépenses.

« Ils réagissent bien à mes acquisitions. Ma mère a un peu peur que je dépense trop vite mon argent, mais ça va. Je suis transparent. » (Grégory, 3ème, 14 ans, Neuilly)

Si leurs parents semblent contrôler fortement les études comme l’a souligné F.de Singly dans le milieu cadre (2006), ils laissent une grande part d’autonomie aux adolescents dans leurs choix vestimentaires. Notons que Dan et David ont insisté sur un fort contrôle parental exercé sur les études, les activités sportives et la tenue vestimentaire, au motif que le rugby les distrairait de leurs études et que le pantalon baggy serait mal perçu par les professeurs, et donc les deux compromettraient leurs résultats scolaires. Albert Hirschman (1972) distingue 2 types de réactions – voice et exit- au mécontentement (révolte ou fuite). En l’occurrence, s’ils se sont quelquefois affrontés par la voix pour défendre leur tenue, bien souvent, ils ont préféré profiter des absences paternelles pour contourner l’interdit du baggy et continuer à revêtir ce dernier, symbole de liberté et emblématique initialement d’une jeunesse contestataire, les rappeurs et repris par les skaters. À l’origine, le baggy était porté par les prisonniers américains aux pieds enchaînés.

« Je ne rentre pas dans le tas. Je la joue plus fine, je contourne. Je portais des baggys sans que mon père ne me voit, quand il était de garde. » (David, 1ère, 16 ans, 93 Gagny)

Le contrôle peut aussi passer par l’imposition parentale, l’achat est effectué en l’absence physique ou de consentement de l’adolescent, comme les jupes achetées par la mère de Maïmouna en son absence. De son côté, Laurence préfère face à sa mère qui cherche à lui imposer des achats, soit la fuite pour éviter de « faire un caprice », soit l’affrontement avec tentative d’argumentation. Quelle que soit la tenue imposée (jupe, ballerines..), l’adolescent souligne dans ses dires un vrai malaise, un inconfort à la porter.

« Nous nous sommes opposées, je dis à maman que je ne le mettrais pas beaucoup, elle a fini par le prendre. Des fois, je le porte, mais je ne me sens pas bien avec ça. Maman est très Marque. Je le lui prête, je le porte 3 fois, puis je lui donne. » (Laurence, 1ère, 17 ans, Perpignan)

Le corollaire du contrôle ou des interdictions parentales, ce sont les pratiques cachées utilisées par Dan, David et Laurence, soit en l’absence du père, soit par le mensonge, soit enfin, par l’essayage à l’extérieur du domicile.

« Je dissimule pas mal mes acquisitions faut pas qu’elle les voie. Quand j’étais plus petite, je disais qu’on me l’avait prêté. Je m’habillais chez mes copines en 5ème ou en 4ème. » (Laurence, 1ère, 17 ans, Perpignan)
Lire le mémoire complet ==> (Modes vestimentaires chez les adolescents)
Modes vestimentaires chez les adolescents : Construction de l’identité et du lien social
Mémoire de recherche Master 2