Totolapa : socio-géographique, évolution du secteur agricole

By 8 April 2012

2 – Totolapa, Guerrero

2.1 – Présentation des caractéristiques socio géographiques

La communauté de Totolapa appartient à la Municipalité de Huamuxtitlán, dans la région montagneuse de l’Etat de Guerrero. Cette Municipalité comporte 9 communautés. Totolapa apparaît comme la plus grande communauté avec une population proche de 2300 habitants. La totalité de la Municipalité regroupe entre 8000 et 10000 habitants.

La région bénéficie de différents cours d’eau autour desquels s’est développée une agriculture importante grâce à l’irrigation des terres qu’elle permet tout au long de l’année. Un fleuve nommé Tlapaneco passe près de Huamuxtitlán et s’allonge sur toute la vallée, et une rivière traverse la communauté de Totolapa. Le climat de la région est principalement subhumide, pendant la saison des pluies, en été. Le climat chaud commence de Mars à Mai, et change d’Octobre à Mars pour devenir sec et froid.

Totolapa, à l’inverse de Huamuxtitlán et des communautés environnantes a conservé l’usage de sa langue, le Nahuatl. Cette caractéristique est représentative d’un fonctionnement communautaire ancien. La communauté a en effet gardé son système foncier traditionnel basé sur la propriété communale d’une grande partie de ses terres. Dans ce système, les terres peuvent se travailler mais la commune en reste le propriétaire. Dans la réalité, la terre appartient surtout à celui qui la travaille et peut être transmise en héritage. Ce régime a été reconnu par la Couronne Espagnole (XVIe siècle) et est resté pratiquement inchangé jusqu’à aujourd’hui. Pratiquement car, depuis quelques années, les quelques 10 hectares qui bordent la rivière et qui bénéficient d’une irrigation continue peuvent faire l’objet d’achat et de vente.

2.2 – L’évolution du secteur agricole

Dans les années 1960 : une agriculture principalement vivrière et apparition de cultures illicites

Même si seulement 7 kilomètres séparent Huamuxtitlán de Totolapa, les deux localités ont une histoire agraire bien différente. Avant les années 1960, Totolapa, comme communauté indigène, vivait en quasi autarcie. Sa langue ou ses coutumes imposait un mode de vie local plus communautaire et il existait une certaine homogénéité économique et sociale, au sein de la population.

Au contraire, à Huamuxtitlán, le schéma productif imposait un autre système de relations sociales. La présence importante de terres fertiles avait depuis longtemps permis une agriculture extensive et rentable qui a été à l’origine d’une division du travail plus complexe. Les Caciques locaux dominaient une large part des ressources économiques et agricoles. Jusqu’en 1960, la canne à sucre était la culture dominante. Par la suite, le riz a commencé à faire son apparition et à occuper la majeure partie des terres irriguées. L’importante production agraire de la Municipalité était également l’occasion pour les habitants de Totolapa de travailler comme journaliers dans les différentes plantations. Ce travail était occasionnel mais assurait une certaine dynamique économique pour la Municipalité et les communautés environnantes.

A Totolapa, l’essentiel des cultures étaient vivrières et se limitaient donc à la consommation des familles. Les cultures étaient principalement constituées de maïs, haricots rouges et piments. Ces trois denrées constituaient l’alimentation principale de la population. La présence de quelques arbres fruitiers enrichissait leur nourriture au gré des saisons.

Les animaux domestiques tels que la volaille (poule, dindon) le porc et la chèvre faisaient partie intégrante des foyers et constituaient une réserve supplémentaire d’alimentation et d’argent.

La particularité de Totolapa tient également au fait qu’à cette époque la culture de la marihuana était très répandue. Elle permettait à de nombreuses familles de disposer d’une ressource financière supplémentaire. Pourtant cette culture illicite, si elle était assez fructueuse, n’a pas permis aux habitants de la communauté d’améliorer vraiment leur niveau de vie. De nombreux problèmes d’alcoolisme et de drogue ont surgis en parallèle de cette culture. La production de marihuana a tout de même survécu jusqu’aux années 1990. La présence de plus en plus importante de policiers et de l’Armée, ainsi que l’emprisonnement de certains producteurs ont dissuadé les habitants de Totolapa de continuer.

Mario, originaire de Totolapa a migré lorsqu’il avait 21 ans. Il a passé près de 16 ans, en intermittence, à l’extérieur de sa communauté. Comme beaucoup d’autres, la migration a été l’occasion pour lui d’augmenter son capital. Il possède son propre commerce depuis 8 ans.

« Avant il se cultivait beaucoup la marihuana parce qu’ils disaient qu’il était de pire de mourir de faim, mais ça s’est arrêté maintenant, en partie grâce à la migration… avant venaient les soldats, il y avait plus de violence… ici comment les gens gagnaient cet argent ils le dépensaient aussitôt, ils le gaspillaient, ils buvaient, les gens se battaient souvent … »

Les années 1970/1980

La culture vivrière a commencé à montrer ses limites durant les années 1970 et 1980. La majorité des familles cultivait sur les terres communales qui ne peuvent être utilisées que pendant la saison des pluies, ce qui assurait une seule culture à l’année. En bordure de rivière, quelques 10 hectares sont irriguées toute l’année, mais ces parcelles se partagent entre une cinquantaine de familles. En moyenne elles disposent de moins d’un quart d’hectare, ce qui ne permet pas de faire vivre l’ensemble de la famille.

Totolapa : secteur agricoleLa restriction des terres cultivables et des aliments consommés contraignaient les familles à vivre dans une grande pauvreté. Les perspectives d’amélioration de leur niveau de vie ne pouvaient plus s’envisager dans la région et les premières migrations nationales ont commencé. Dans les années 1970, la route qui relie Huamuxtitlán à la capitale a été réhabilitée. Ce nouvel axe de communication a favorisé les mouvements de population. Les gens se sont principalement dirigés vers la capitale, Mexico, et vers d’autres états qui proposaient plus de travail.

Cette migration pouvait concerner des jeunes célibataires, hommes ou femmes, ou des familles entières. Dans ce cas, les enfants participaient au soutien de l’économie familiale, le plus souvent en vendant toutes sortes de choses dans la rue. Les enfants étaient scolarisés et de nombreux jeunes sont également partis dans l’espoir de continuer à étudier. Ils intégraient en général le collège ou le lycée. Mais cet objectif n’a été atteint que par une minorité d’entre eux. Le manque d’argent les obligeait à travailler en même temps qu’étudier et beaucoup ont abandonné l’école. Pour les femmes qui migraient, c’était l’occasion d’une émancipation qui aurait été difficile dans la communauté. Elles trouvaient, en général, des postes de servantes et certaines ont eu accès à une éducation scolaire. Les femmes de cette migration ne sont, pour la plupart, jamais revenues vivre à Totolapa, contrairement à un retour important des familles.

Juan a fait partie des migrants nationaux qui se sont dirigés vers la capitale et qui s’y sont installés. Ses parents, eux, sont toujours restés à Totolapa. Sur leurs 6 enfants, seule une fille est restée à la communauté. Un est parti aux Etats-Unis il y a 14 ans et n’est jamais revenu. Les autres se sont dispersés dans différents états du pays. Juan est revenu suite à un licenciement et en a profité pour revenir aider son père dans les travaux agricoles.

« Je suis resté près de 36 ans à Mexico, j’ai une petite maison là-bas. J’avais 20 ans quand je suis parti et mon intention était d’étudier. J’ai fini le collège et j’ai pu finir le lycée à Mexico. J’ai ensuite intégré l’Université mais je n’ai pas pu continuer parce que j’ai commencé à travailler dans une usine. J’ai travaillé 30 ans là-bas et elle a fermé. Maintenant j’habite davantage à Totolapa qu’à Mexico. » (Juan, ancien migrant à Mexico)

La migration vers les grandes villes n’a pas permis une amélioration directe de leur niveau de vie. Les conditions d’hébergement et de travail y était souvent très dures et les ressources limitées. L’envoi d’argent vers leurs familles restées au village était impossible, si bien que cette migration n’a pas vraiment eu d’impact sur la communauté. Néanmoins, ce premier mouvement de population a sûrement ouvert la voie à la migration internationale, vers les Etats-Unis.

Quand la microfinance cible les migrants
Université de Provence Aix-Marseille 1 – Département d’Anthropologie
Master professionnel « Anthropologie & Métiers du Développement durable » – Mémoire de recherche appliquée