Théorie des flux comparatifs : Définition, hypothèes et Modèle

By 16 April 2012

Section 2 : La spécialisation micro-régionale.

Nous avons vu que les petites économies isolées désireuses de se sortir d’une éventuelle situation de stagnation économique n’ont d’autre choix que celui de tout mettre en oeuvre pour parvenir à participer au commerce international. Etre présent sur le marché international devient pour elles un enjeu majeur. Pour réaliser ce désir, les principes de spécialisation internationale leur confèrent des opportunités saisissables, pour peu qu’elles parviennent à se mettre en valeur en proposant des produits de qualité.

Les petites économies isolées, et plus particulièrement les petites économies insulaires, disposant d’atouts (déjà passés en revue dans le chapitre 2), principalement relatifs à leur forte dotation en ressources naturelles, auront souvent intérêt à se spécialiser dans le tourisme. Evidemment, il ne suffit pas de choisir de se spécialiser pour y parvenir et récolter les bénéfices escomptés. C’est tout un plan, une stratégie de développement qui doit être élaborée, et ceci en fonction des particularités du milieu, de ses spécificités. Il faudra :

_ Mettre en valeur les produits « identitaires » susceptibles de procurer à la région un avantage absolu par rapport à l’offre touristique internationale. (Puisqu’un produit indentitaire procure à son détenteur une situation de monopole sur ce bien).

_ Rendre le plus efficient possible les produits plus « classiques », les entretenir, les améliorer en se tenant au courant des nouvelles technologies, pour bénéficier également de la demande issue de pays voisins (et semblables).

_ Mais aussi et surtout, ne pas tout miser sur le seul secteur de base, que deviendrait alors le tourisme dans l’île, et mettre en place une véritable politique de « participation » des secteurs résiduels comme l’agriculture, l’élevage, l’artisanat et toute forme de service (non directement liée au tourisme) qui pourraient devenir les principaux fournisseurs et donc en quelque sorte le moteur de l’activité de base. Il ne faut en effet jamais perdre de vue qu’en termes de tourisme, rien ne peut se faire sans l’adhésion de la population résidente.

C’est une stratégie de développement touristique répondant à toutes ces conditions et impératifs que nous nous essayerons à modéliser dans cette section.

1. La théorie des « flux comparatifs ».

L’idée consiste tout simplement en l’application, au niveau local, des principes de spécialisation internationale (Serra, 1997b). Le pays devra développer les différents types de tourisme (qu’il est toutefois susceptible de produire) dans les zones où les ressources naturelles y seront les plus favorables et les mieux adaptées.

1.1. Quelques définitions.

Certaines « mises au point » sont nécessaires à une meilleure compréhension du modèle à venir car si les termes employés sont des termes précis dans le langage du tourisme (Quaranta, 1992), mais aussi pour diverses branches de l’économie comme l’environnement, l’espace géographique, la finance etc., ils seront parfois employés ici dans un sens tantôt nuancé tantôt plus précis encore. Sans avoir la prétention de redéfinir ces termes, il s’agit plutôt pour nous d’exposer dans ce paragraphe « Ce que l’on entend par… »

_ La notion de Zone.

L’une des plus petites entités géographiques reconnues et gérées par un élu est la commune. Il sera important pour nous de parler d’un découpage géographique tel que chaque parcelle soit représentée par un responsable politique et/ou économique disposant d’un pouvoir de décision en termes d’aménagement du territoire.

Cependant, la bonne application de la stratégie de développement touristique que l’on souhaite mettre en oeuvre (au moins en théorie) nécessite la prise en compte de critères aussi bien purement géographiques que démographiques, environnementaux et autres (nous en définirons quelques uns plus loin).

C’est en fait à partir de l’évaluation de ces critères que l’on déterminera le type de tourisme qu’il sera préférable de développer sur la parcelle étudiée. Il sera donc nécessaire, pour attribuer une forme de tourisme à une parcelle en particulier, que sur l’ensemble de cette entité géographique soient présents (ou absents) les mêmes critères de décision et en même quantité et qualité. C’est exactement comme cela que l’on définit une zone :

« une partie du territoire sur laquelle certains critères décisionnels ne varient ni en quantité ni en qualité ».

Il apparaît alors que certaines communes seront constituées de plusieurs zones tandis que certaines zones pourront s’étaler sur plusieurs communes, dans ce dernier cas, on considérera que le maire tiendra le rôle de décideur pour la partie de la zone se trouvant sur sa commune.

_ La Macro-zone.

On emploiera ce terme essentiellement pour étudier les conséquences qu’entraîneraient certains choix de développement concernant deux zones, sur l’ensemble constitué par ces deux zones : la macro-zone.

_ Les critères.

Nous avons recensé dans notre premier chapitre les différents « types de tourisme », et constaté qu’ils se différenciaient essentiellement par leur contenu, le produit principal (avec tous les éléments le constituant), en un mot l’offre. Une semaine au sport d’hiver n’est pas le même produit qu’une semaine de tourisme balnéaire. Une zone doit pour offrir un produit « neige » disposer d’un relief vallonné et d’un taux d’enneigement suffisamment conséquent pour permettre la création de pistes skiables.

Ce sont des spécificités de ce type, enneigement, relief, (qui feront que deux zones sont distinctes) que l’on appellera critères.

On soulignera qu’il n’existe pas uniquement des critères d’offre, permettant ou non à une zone d’exploiter tel ou tel produit touristique, il y a aussi des critères de demande qui rendront peut-être le produit offert par une zone plus efficient (dans le sens : préféré par le consommateur) que celui, pourtant du même type, proposé par une autre zone.

Supposons deux zones distinctes uniquement à cause du critère accessibilité (tous les autres critères étant égaux par ailleurs !), pouvant donc proposer le même produit touristique, disons « thermal » puisqu’elles disposent toutes deux d’une eau de même qualité, d’une faune et d’une flore similaire, de même climat et relief etc.; supposons à présent que l’une d’elles soit située à une heure de route de l’aéroport le plus proche tandis que l’autre est implantée à quatre heures de route de cet aéroport (le plus proche pour elle aussi), ce seul critère, même s’il n’est pas d’une importance cruciale dans la conception du produit, (il n’y est pas directement lié), aura une influence non négligeable sur le choix du consommateur. Permettant à lui seul de différencier les deux zones, il est un critère de décision.

On comprend déjà la difficulté quasi insurmontable à laquelle on s’attaquerait si l’on envisageait de réaliser le découpage d’une région en zones, c’est à dire en comparant dans le moindre détail la variation des critères les constituants. Si le consommateur ne fait pas de différence entre une heure de route et une heure plus cinq minutes, à partir de quand la fera-t-il ? Une heure et quart ? Une heure trente ? Qu’en sera-t-il de l’avis d’un autre individu ? Là n’est pas le but de notre recherche, il faudra certes tenir compte au maximum des critères de capacité d’offre et de possibilité de contentement de la demande disponibles sur la zone étudiée, mais cela uniquement (dans un premier temps, le plus important) pour éviter des erreurs d’estimation du marché que l’on vise. Ces erreurs sont souvent irrémédiables puisqu’elles touchent à l’aménagement du territoire et donc à l’environnement.

Si dans un deuxième temps, ayant écarté les options à l’évidence peu prometteuses, le choix subsiste entre deux options apparemment aussi intéressantes l’une que l’autre, la prise en compte de critères a priori peu influents pourra se révéler fort pertinente pour le choix final du produit touristique à développer.

Afin d’appuyer le raisonnement relatif à la « modélisation » de la théorie qui suit par des exemples, six critères nous ont semblé suffisamment explicites. D’une importance aisément concevable, ils sont « définis » comme suit.

_ Critère d’accessibilité d’une zone.

On a déjà relaté l’influence de l’accessibilité d’une zone sur la performance, aux yeux du consommateur, du produit qu’elle exploite. L’accessibilité ne doit pourtant pas être considérée comme un seul critère de demande, mais bien être prise en compte lors de la conception du produit, elle est donc aussi un critère d’offre. En effet, une région (un pays, un territoire…) ayant décidé de se doter d’un parc d’attraction aura intérêt à l’implanter dans une zone relativement accessible. L’accessibilité d’une zone sera estimée par exemple en fonction de la présence ou non d’un aéroport à une certaine distance, ou d’une autoroute à proximité. On comprend que deux zones ne seront pas oui ou non accessibles, mais plus ou moins accessibles l’une que l’autre. Ce critère a probablement joué un rôle important dans le choix d’implantation du Stade de France.

_ Le critère Patrimoine historique.

Ce terme garde ici son sens courant, on se contentera de préciser que l’on tiendra compte essentiellement de monuments particulièrement estimés, de ruines et autres vestiges pour mieux « imager » nos propos à venir, puisque dans l’absolu, on pourrait dire que toute zone dispose d’un patrimoine historique. En d’autres termes, plus parlants, disons que l’influence de ce critère viendra par exemple du fait que l’on ne pourra pas faire ce que l’on veut sur une zone parsemée de menhirs. A partir de là, nous verrons que de par la forte présence de patrimoine historique, une zone sera en quelque sorte « à protéger » de certaines formes de développement touristique. Il aura dans ces conditions une influence sur le choix du produit touristique à exploiter sur place ou alentour, mais aussi un certain pouvoir d’attraction sur le visiteur. Cet exemple montre bien qu’un critère peut être à la fois un critère d’offre restrictif et un critère de demande avantageux.

_ La faune et la flore.

Critère très proche du précédent dans son rôle à jouer lors de la conception du produit à offrir : un site classé (étant réglementé) ne peut être aménagé à la guise de décideurs locaux ; de même la présence d’animaux en voie de disparition implique de prendre des précautions quant aux éventuelles dispositions, souhaitées par un décideur local, relatives à l’aménagement du territoire risquant de dénaturer le site et de nuire aux résidents en question. On a vu récemment des scarabées détourner le parcours dune autoroute et des ours stopper (sans agressivité) la progression d’un tunnel. Notons cependant que, comme le précédent critère, la faune et la flore auront sans doute un effet attractif sur le vacancier.

Il est très important, pour la suite de l’étude, de prendre immédiatement conscience du fait qu’un critère n’est pas bon ou mauvais pour le développement touristique d’une zone. S’il peut avoir sur cette zone aussi bien, et à la fois, des effets positifs et négatifs, c’est en le prenant en considération dans le plan de développement que l’on pourra en tirer les meilleurs avantages et réciproquement, c’est en utilisant au mieux les externalités positives qu’il procure que l’on obtiendra un produit touristique plus efficient. Un touriste ayant une forte préférence pour ce qui pourrait être le critère tranquillité, choisira à ces fins entre deux produits similaires, celui situé sur la zone la moins accessible (devenue de ce fait, aux yeux du client en question, plus performante que sa concurrente).

_ Critère attraction touristique.

Il s’agira à travers ce critère de prendre en compte les aménagements touristiques déjà présents sur la zone. Il serait effectivement dommage de redéfinir totalement une orientation de développement sur un site sans utiliser des atouts qui y auraient été ultérieurement implantés. On pourra au moins, au vu de ce critère, effectuer un choix final opposant deux stratégies de développement à première vue équivalentes, en remarquant que certaines installations de la zone sont mieux adaptées à la demande ciblée par l’une de ces options que par l’autre. On ne peut pas (sauf cas exceptionnel) par exemple détruire un parc d’attraction sous prétexte que la prise en compte de nombreux autres critères tend à montrer que l’on s’est trompé sur l’orientation touristique « infligée » à une zone qui aurait eu grand intérêt de par ses ressources intrinsèques à se développer différemment.

Sans aller jusque là et pour donner un exemple plus explicite, supposons que l’analyse minutieuse des caractéristiques d’une crique montre que la profondeur, la qualité et la température de l’eau, la prédispose à recevoir une ferme aquacole (rappelons que ce type d’installation destiné en fait aux secteurs dit résidentiels susceptibles d’alimenter le secteur de base, fait partie du choix d’orientation économique de la zone), la présence sur la berge d’un camping recevant chaque année une clientèle que l’on qualifierait « d’habitués », devra forcément être également analysée et faire partie des critères décisionnels retenus.

_ Critère capacité d’accueil.

La finalité de la prise en compte de ce critère est sensiblement la même que la précédente. La présence de nombreux établissements d’hébergement donnera implicitement à la zone un aspect récepteur (nous définirons ce terme par la suite) plutôt que fournisseur. Le détail de ces établissements (leur nature) orientera plus précisément la décision quant au produit touristique à y proposer préférentiellement ; les hôtels quatre étoiles faciliterons la mise en place de produits « affaire ou scientifique » comme l’organisation de colloques tandis que des établissements de type refuges seront plus adaptés à l’accueil de touristes « sportifs » randonneurs, ou activités organisées : stage d’escalade, kayak et autre.

A l’inverse, si une zone est à la fois susceptible d’accueillir ces deux types de voyageurs, et si elle ne dispose encore d’aucune infrastructure, il sera plus intéressant économiquement de lui préférer une orientation « sport », la construction des installations sera moins onéreuse. Le produit « affaire » pourra probablement être exploité sur une zone similaire déjà équipée en hôtels.

_ Critère Activités commerciales.

Une zone industrielle restera certainement une zone industrielle, il serait étonnant que les conclusions de l’analyse de ses critères lui attribuent une prédisposition à fournir quelque produit touristique que ce soit. Pourtant, souvent, la nature des commerces de la zone aura un rôle déterminant dans le choix du produit à exploiter. Ainsi, un centre commercial, un casino et autre patinoire, ne visent pas la même clientèle qu’une épicerie de village et un cinéma « plein air », il faudra utiliser ces atouts pour contenter la demande sur laquelle ils ont déjà une influence.

_ L’aspect d’une zone.

La définition des quelques critères présentés jusqu’ici donne intuitivement une idée de ce que l’on entendra par aspect. Et cela, tout simplement parce que c’est l’ensemble de ces critères qui va donner à la zone un aspect plutôt qu’un autre. Toutefois, il ne faudra pas confondre l’aspect avec l’orientation finale choisie, l’aspect reste une notion beaucoup plus générale, plus abstraite aussi. L’aspect d’une zone donne une idée des critères que l’on est susceptible d’y trouver ou de ne pas rencontrer. Il n’y a donc pas de définition précise du terme puisque deux zones d’aspect identique n’auront pas forcément les mêmes critères (et bien évidemment pas en quantité/qualité égales puisque ce sont deux zones).

Cependant, l’aspect donnera immédiatement une idée générale sur ce que l’on peut faire ou non sur la zone. Reprenant l’exemple précédent, l’aspect industriel d’une zone donne une idée de ce que l’on y trouve et des produits touristiques qu’elle ne peut offrir ; selon le même raisonnement on comprendra qu’une zone d’aspect agricole soit riche en terres cultivables et qu’elle doive logiquement être destinée à la production agricole.

Pour faciliter l’exposé du modèle, comme nous avons présenté quelques critères, nous allons à présent « définir » deux aspects qui suffiront à démontrer l’intérêt de la théorie proposée dans cette étude.

_ L’aspect sensible.

On dira d’une zone qu’elle a un aspect sensible, si elle dispose, par exemple, d’une faune et/ou d’une flore à protéger. Le critère faune/flore sera alors relativement important (dans le sens : élevé). Ou bien, si elle dispose d’un patrimoine historique important qui l’oblige à respecter certaines règles d’entretien ou d’amélioration visant à sauvegarder ces richesses ; le critère patrimoine historique sera évidemment élevé. Un critère du style Pittoresque pourra également faire d’une zone une zone sensible. Même si ce dernier critère semble flou, on comprend qu’un lieu qui attire le visiteur par sa beauté naturelle, ne devrait pas (dans un plan de développement réfléchi) servir d’accueil à une chaîne hôtelière sous peine de le dénaturer et de lui faire perdre du même coup sa force attractive. Une zone d’aspect sensible sera en quelque sorte une zone pour laquelle un développement de type « tout tourisme » ou « tourisme de masse » serait (donc au vu de certains de ses critères) une erreur.

_ L’aspect Confort.

L’aspect confort fait plutôt référence à une zone urbaine facilement accessible (peut-être proche d’un aéroport), on y trouve de nombreux commerces, restaurants, hôtels sinon de « luxe » en tout cas « confortables », des distractions de tout type, discothèque, bowling ou théâtre. Cet aspect sera en fait attribué à une zone déjà bien développée sur le plan commerciale et parfois même sur le plan touristique. Ce qui explique que cette zone n’aura probablement pas un aspect sensible ; en tout cas, si les deux aspects précités ne sont pas forcément totalement antagonistes, une zone ne sera en aucun cas à la fois extrêmement sensible et extrêmement confortable (dans le sens défini pour confortable).

C’est essentiellement à partir de ces deux aspects que l’on pourra mettre en vis à vis deux zones qualifiées respectivement de sensible et de confortable afin d’étudier les retombées économiques (environnementales et autres) qu’engendreraient sur chacune d’elles et sur la macro-zone qu’elles constituent, les stratégies de développement qui leur seront assignées.

_ La zone Verte.

On entendra par zone verte, une zone d’aspect relativement sensible et faiblement confortable. Elle dispose d’une faune et d’une flore jusqu’ici entretenues et protégées, d’un aspect pittoresque certain, pas forcément très accessible mais pas isolée non plus. Elle n’est pas excessivement développée commercialement, on y trouve quelques commerces mais pas de luxe : plutôt pizzeria que restaurant avec étoiles, plutôt cinéma plein-air que casino. Elle ne dispose ni d’une grande capacité d’accueil, ni d’une forte attraction touristique; si ce n’est de par son aspect proche de la nature.

Ainsi, si l’on devait évaluer l’ensemble des critères (définis plus haut) la constituant sur une échelle de valeur à cinq graduations ordonnées comme suit: Faux / Assez-Faux / Demi-Vrai (ou Demi-Faux) / Assez-Vrai / Vrai ; La zone verte aurait le profil suivant :

Profil d’une zone verte (à titre indicatif)

_ Critère faune et flore:Assez-Vrai

_ Critère d’accessibilité:Demi-Vrai

_ Critère Patrimoine historique:Demi-Vrai

_ Critère attraction touristique:Assez-Faux

_ Critère capacité d’accueil:Assez-Faux

_ Critère Activités commerciales:Assez-Faux

_ La zone Luxe.

On qualifiera de zone luxe une zone d’aspect relativement confortable et faiblement sensible. Elle dispose d’attractions touristiques et d’activités commerciales notables et d’une capacité d’accueil relativement importante. De plus, elle est facilement accessible. D’autre part, elle ne dispose ni d’un patrimoine historique ni d’une faune ou d’une flore remarquable. Son profil pourrait être le suivant :

Profil d’une zone luxe (à titre indicatif)

_ Critère attraction touristique:Assez-Vrai

_ Critère capacité d’accueil:Assez-Vrai

_ Critère Activités commerciales:Assez-Vrai

_ Critère d’accessibilité:Assez-Vrai

_ Critère Patrimoine historique:Assez-Faux

_ Critère faune et flore:Assez-Faux

_ La notion de Flux-monétaire.

Dans cette étude, on appellera Flux-monétaire la quantité totale de monnaie dépensée par un visiteur dans sa zone de résidence. Ce qui implique que ce flux sera « attribué » à l’établissement d’hébergement qu’il aura choisi. Ainsi, le flux monétaire sera constitué non seulement des frais d’hébergement mais aussi des dépenses effectuées par le client sur toute sa zone d’accueil, dans ses commerces, une sortie au restaurant, en discothèque, ou des souvenirs achetés chez un artisan.

Les dépenses effectuées sur une zone voisine (du lieu d’hébergement) ne seront pas prises en compte dans le calcul du flux-monétaire, pas plus que les frais de transport (aller comme retour) relatifs à l’acheminement du voyageur jusqu’à sa zone ; puisque l’on estime, dans cette recherche, que quelle que soit la stratégie de développement choisie par le décideur d’une zone, elle n’aura que très peu d’influence (voire pas du tout) sur le choix du consommateur quant au moyen de transport retenu pour se rendre sur son lieu de villégiature.

1.2. Les hypothèses.

H1.Le modèle s’applique à deux zones. La zone V est une zone Verte, l’autre, L, est une zone Luxe ; avec toutes les particularités que cela implique. On suppose plus particulièrement que quel que soit le type d’hébergement implanté sur la zone Luxe, la forte dotation (notamment) en commerces de cette dernière permettra à l’établissement en question d’engendrer des flux-monétaires supérieurs à ceux qu’il aurait engendrés dans la zone Verte (moins fournie en commerces). V et L constituent la Macro-zone V-L.

H2.Le modèle étudie les retombées de l’implantation sur la macro-zone de deux types d’hébergements : des Hôtels (H) et des Campings (C). Ces établissements représentent deux types de tourisme différents, l’hôtel représentera pour nous un certain confort, tandis que le camping reste plus proche de la nature. Si l’on fait rapidement le rapprochement avec les différences des deux zones traitées, l’important est en fait de percevoir immédiatement que ces deux types d’établissements ne s’adressent pas à la même clientèle. Pour que cette constatation soit plus évidente encore, on supposera que l’hôtel détient au moins une étoile alors que le camping est ce qu’il y a de plus classique (sans prétention). Il apparaît alors automatiquement que la nuitée sera plus onéreuse dans l’hôtel qu’au camping, ceci quelle que soit leur zone d’implantation.

Dans ces conditions et pour donner à notre modèle des valeurs chiffrées, les flux-monétaires susceptibles d’être engendrés par un camping et un hôtel implantés sur L ou V sont représentés dans le tableau suivant (on peut considérer cela comme une moyenne représentative) :

Tableau 32-1

Flux-monétaires (en Unité-Monétaire) engendrés par H et C sur L ou V.

Flux-monétaires zone Luxe zone Verte
Hôtel 500 200
Camping 200 150

Où qu’il soit implanté, l’hôtel engendre un flux-monétaire supérieur à celui engendré par le camping. En L : 500>200 et en V : 200>150.

Quel que soit l’établissement considéré, il engendrera un flux-monétaire plus important dans une zone Luxe que dans une zone Verte. Pour H : 500>200 ; Pour C : 200>150.

1.3. Le modèle des Flux relatifs.

Faisant allusion à celle de Ricardo, la théorie des flux comparatif, comme le modèle des flux relatifs sont exposés pour la première fois à l’occasion d’un mémoire de Maîtrise (Serra, 1994) dirigé par le Professeur Fustier à l’Université de Corse.

1.3.1. Enoncé du modèle :

_ Une instance supérieure (qui pourrait être la Communauté Européenne si l’action se déroulait en France), accorde à la Macro-zone V-L une subvention afin de faciliter son développement touristique par l’implantation de six établissements d’accueil. Par souci de décentralisation des pouvoirs et d’une certaine autonomie accordée au niveau local (à la macro-zone) quant à la prise en main de son développement, aucune condition relative au type d’établissement à implanter ou au lieu d’implantation n’est émise par l’instance bienfaitrice.

_ Les décideurs des zones Verte et Luxe, respectivement DV et DL se mettent rapidement d’accord pour respecter la demande touristique sur la macro-zone qui est deux fois plus importante en camping qu’en hôtel (suite à renseignements INSEE par exemple). Deux hôtels et quatre campings seront donc implantés sur la macro-zone.

_ DV et DL proposent « logiquement » de se partager équitablement les établissements à mettre en place. Chacun d’eux aura donc pour tâche d’exploiter un hôtel et deux campings.

Ils s’empressent alors d’estimer les flux-monétaires supplémentaires que leur fourniront ces trois nouveaux établissements, puisqu’ils connaissent les estimations (moyennes) présentées dans le précédent tableau. Le tableau suivant présente le calcul des deux décideurs :

Tableau 32-2

Calcul des flux-monétaires engendrés.

Flux-monétaires zone Luxe zone Verte Macro-zone V-L
Un hôtel 500 200 700
Deux campings 2200 = 400 2150 = 300 700
Gains 900 500 1400

1.3.2. Application de la théorie Ricardienne.

Si les deux décideurs s’étaient interrogés sur une possible application de la théorie des avantages comparatifs de Ricardo (présentée dans la section précédente), ils auraient fait le constat suivant :

Calcul des « flux-relatifs » :

Tableau 32-3

Calcul des Flux-relatifs

Flux-relatifs zone Luxe zone Verte
Hôtel / Camping 500 / 200 = 2,5 200 / 150 = 1,33
Camping / Hôtel 200 / 500 = 0,4 150 / 200 = 0,75

On traduit alors ces résultats comme suit :

Remarquons tout d’abord qu’au vu du tableau 32-1 et selon les termes de Ricardo, la zone Luxe dispose d’un avantage absolu dans l’exploitation des deux types d’établissements puisqu’ils engendrent tous deux en L un flux-monétaire supérieur à celui qu’ils engendrent en V (500 contre 200 pour H ; 200 contre 150 pour C). Cependant, au vu de ce dernier tableau (32-3), on constate qu’en L, un hôtel engendre 2,5 fois le flux-monétaire engendré par un Camping alors que dans la zone Verte, ce même rapport n’est que de 1,33 ; Ce qui signifie que comparativement, un hôtel est plus efficient en L qu’en V. On dira que la zone Luxe dispose d’un avantage comparatif dans l’exploitation du type de tourisme représenté par les hôtels.

A l’inverse, on constate que si un camping rapporte en zone Luxe 0,4 fois ce que rapporte un hôtel, dans la zone Verte un camping engendre 0,75 fois le flux-monétaire d’un hôtel ; Ce qui signifie que les campings sont comparativement plus efficients dans la zone Verte. On dira que la zone Verte dispose d’un avantage comparatif dans l’exploitation du type de tourisme représenté par les campings.

On peut alors se demander si, comme pour l’échange international, les deux zones n’auraient pas intérêt à se spécialiser dans le type de tourisme qu’elles savent exploiter le mieux. Supposons dans notre exemple que, suivant la logique de spécialisation, la zone Luxe reçoive les deux hôtels à implanter sur la macro-zone V-L et que la zone Verte soit, elle, chargée d’exploiter les quatre campings également prévus sur V-L. Les flux-monétaires engendrés par les mêmes établissements que précédemment (Deux hôtels ; Quatre campings) et selon les mêmes moyennes (tableau 32-1) mais en zones différentes sont représentés dans le tableau suivant :

Tableau 32-4

Flux-monétaires engendrés après spécialisation.

Flux-monétaires zone Luxe zone Verte Macro-Zone V-L
Hôtels 2500 = 1000 0200 = 0 1000
Campings 0200 = 0 4150 = 600 600
Total 1000 600 1600
Avant Spécialisation 900 500 1400
Gains + 100 + 100 + 200

En spécialisant dans l’exploitation d’hôtels, la zone Luxe obtient un flux-monétaire de 1000 unités monétaires contre 900 avant la spécialisation, soit un gain en termes de flux-monétaire de +100 U.M. La zone Verte obtient le même gain de 100 U.M. en se spécialisant dans le camping. Ce qui provoque un gain total de 200 U.M. pour la macro-zone V-L.

Lire le mémoire complet ==> (Tourisme et Développement Régional)
Proposition d’une stratégie de spécialisation infra-régionale adaptée aux spécificités des petites économies isolées.