Termes militaires arabes en français

By 13 April 2012

8 – Termes militaires
L’histoire arabe est liée, aussi comme les autres, avec l’expansion du territoire, autrement dit, avec la guerre. Ce domaine est complété par les expressions de marin. Les deux parties enrichissent le vocabulaire français.

8.1 Guerre
Alcazaras, nom masculin
Ce mot est un emprunt à l’espagnol alcaraza (XVIe siècle), lui-même emprunté à l’arabe al karráz « la jarre ».

L’expression désigne, dans un contexte hispanique ou arabe, un vase de terre poreuse utilisé pour conserver les liquides au frais .

Algarade, nom féminin
Le mot algarade est un emprunt à l’espagnol dérivé d’algara « troupe qui attaque, bande armée », emprunt à l’arabe ‘al gārra’ « attaque à main armée ».

Le mot a été utilisé pour exprimer « combat simulé » (1530), puis « mouvement brusque » et ensuite (1548) « querelle, attaque verbale inattendue ».

Argousin, nom masculin
La forme argousin, puis argousin « surveillant des forçats, garde-chiourme » a une histoire complexe, qui témoigne de la circulation de certains termes au territoire méditerranéen du XIIIe au XVIe siècle.

Le mot est emprunt à l’arabe ‘al wazīr « le conseiller ». La source portugaise de argousin, algoz est aussi un emprunt à l’arabe, où ‘al ğuzz est le nom d’une tribu turque.

Arsenal, nom masculin
Il s’agit d’une forme tardive, succédant à deux séries de mots bien distincts : tarsenal, tercenal, tersenal (employés jusqu’au XVIe siècle) et archenal, arsenail(XVesiècle), arsenac aboutissant à la forme arsenal qui a éliminé les autres. Ces formes viennent d’un emprunt à l’arabe dār (‘aş-) şan’a « maison de construction, de fabrication », peut-être emprunt direct par les dialectes italiens qui ont assourdi le d arabe en t. Les formes sans t venant du vénitien ancien arzana. On suppose que la fausse coupe di arzana en a résulté. Le suffixe –al est savant, utilisé au XVIIe siècle.

Dès le XVIIe siècle, arsenal est utilisé pour l’expression « dépôt d’armes ».

Barbacane, nom féminin
Il s’agit d’emprunt d’origine incertaine, peut-être à l’arabe dialectal b-al-baqára, altération de l’arabe classique bāb-al-bāquara, « porte pour les vaches ». Peut-être, il s’agit d’un emprunt à l’arabe barbah-ķāneh « rempart ».

Barda,v nom masculin, Barde, nom féminin
Il a été noté bardāa, puis adapté en barda empruntant à l’arabe barda’a. Cet emprunt a fait partie d’une série d’emprunts à l’arabe d’Algérie qui s’était répandue par des soldats français ayant servie en Afrique.

Le mot désigne un équipement du soldat.

Baroud, nom masculin
L’emprunt au dialecte berbère du sud du Maroc bārūd « poudre explosif ». Le mot a été introduit par la Légion étrangère.

Casbah, nom féminin
Une première fois alcassabe avec l’article arabe (1735), puis casauba (1830), venu de l’arabe classique, a été réemprunté sous la forma casbah, est emprunté à l’arabe maghrébin qăsbăh « forteresse ». Le dernier correspond à l ‘arabe classique qăsăbăh dérivant du verbe qăsăbăh « couper, retrancher ». Le mot s’est installé définitivement au vocabulaire français après la conquête de l’Algérie entre 1840 et 1870.

Clebs, nom masculin
D’abord cleb, puis clèbs, il s’agit de l’emprunt à l’arabe maghrébin klab (arabe classique kilāb), pluriel de kelb (arabe classique kalb) « chien ».

Le mot, introduit par les soldats d’Afrique et répandu dans l’usage familier, désigne un chien. Le sens de « caporal » (1914) est dérivé par paronymie de cabot « chien » et « caporal ».

Djihad, nom masculin
Le mot est emprunté à l’arabe jihad « effort suprême ». Il signifie une guerre sainte menée pour propager et défendre l’islam.

Goum, nom masculin (1849)
C’est un emprunt à l’arabe qaum « troupe ». Le mot désigne un contingent militaire recruté en Afrique du Nord parmi la population indigène.

Guitaune, nom masculin
Il s’agit d’un emprunt à l’arabe gētōn « tente ». Il est devenu un terme de la langue militaire officielle et figure sur les états régimentaires de l’Intendance où il désigne une tente de moyenne grandeur.

Harki, nom masculin
C’est un emprunt à l’arabe harka « mouvement ». Il s’agit d’un militaire indigène d’Afrique du Nord qui servait dans une milice supplétive aux côtés des Français.

Amiral

Image : collections.vam.ac.uk

Ksar, nom masculin (pluriel ksour)
Il vient du mot arabe qasr « place forte ». En Afrique du Nord, le mot est utilisé pour indiquer le lieu fortifié.

Razzia, nom féminin
Le mot est emprunté, adapté successivement en gaze (1725), gazia (1806), puis razia et razzia, à l’arabe algérien ğazya’, en classique ğazwa’ « expédition, incursion militaire ».

8.2 Expressions de marin
Amiral, nom masculin
Les plusieurs formes : amiralt (dans La Chanson de Roland, 1080), amirant, amirail et enfin amiral (XIII siècle) viennent de l’arabe ‘amīr.

Boutre, nom masculin
Il est un emprunt à l’arabe but « bateau à voile ». Le mot désigne un petit navire arabe à voile.

Calfater, verbe transitif
L’expression est empruntée à l’arabe qalata « rendre étache », indirectement attesté au IXe siècle par le substantif qalafât, surnom d’un poète cordouan du IXe siècle.

Le passage de ce mot s’est fait par l’intermédiaire d’une langue méditerranéenne : italien calafare, latin médiéval calafatus et provençal calafatar.

Le mot a été repris avec le sens du mot arabe en marine ; par extension il exprime le fait de fermer hermétiquement.

Cange, nom féminin
Le mot est un emprunt à l’arabe gandja « barque à voiles qui servait sur le Nil à transporter les voyageurs ».

Felouque, nom féminin
Le mot est emprunté à l’espagnol faluca du catalan faluca ou faluga. Faluca est une variante de falua qui est un emprunt à l’arabe falwa « pouliche » et par analogie « petit navire de charge ».

Jaseran ou jaseron, nom masculin
Il s’agit d’un emprunt à l’arabe d’Algérie al djazaīr « chemise de mailles ».

Patache, nom féminin
Elle est empruntée, sous la forme modifiée patence, puis patache (1573), à l’espagnol pataje « navire, bateau de guerre léger ». Le mot espagnol est probablement emprunté à l’arabe batāē qui serait un emploi substantivé d’un adjectif signifiant « rapide ».

Récif, nom masculin
Il est emprunté à l’espagnol arrecife « rocher, chaîne de rochers à fleur d’eau près des côtés », lui-même emprunté à l’arabe (ar)racif « chaussée, levée, digue ».

Le mot, introduit en français par les colons d’Amérique qui l’ont reçu des Espagnols, désigne un rocher ou un groupe de rochers à fleurs d’eau près des côtes.

Lire le mémoire complet ==> (Emprunts arabes en français : Arabe et Langues arabes)