Projet et fonction du migrant : un acte individuel

By 9 April 2012

2 – Reflet des pratiques sur le terrain : des pistes pour le débat « remesas et développement »

2.1 – Projet et fonction du migrant : un acte individuel

Migrer un projet individuel

Le développement des communautés transnationales passe par l’envoi des remesas. L’habitat, les habitudes de consommation, le mode de vie des gens, se trouvent modifiés par cet argent venu de l’extérieur. Lorsque ces envois se généralisent, c’est toute la communauté qui se transforme. Pourtant il est important de distinguer ces deux niveaux d’analyse que représentent la famille et la communauté.

Les remesas sont exclusivement le fruit de projet individuel et familial. Dans l’étude des impacts de la migration à travers les remesas, on voit clairement que l’utilisation de l’argent est principalement réservée à la consommation de la famille et aux projets de construction qu’elle peut avoir. C’est davantage l’harmonisation de l’élévation du niveau de vie des familles qui crée cette illusion de développement communautaire. En réalité, c’est la somme de tous ces destins individuels, qui choisissent le chemin des Etats-Unis, qui permet à une communauté d’améliorer ses conditions de vie.

A Totolapa, cette généralisation s’est concrétisée. L’apparition d’un réseau de migrant et l’entraide qui en émanait a fortement aidé à l’accroissement du nombre de migrants au niveau de la communauté. Cette migration en réseau aurait pu entraîner une mutualisation des efforts et de l’argent des migrants pour construire des infrastructures propres à leur communauté. Des hommes originaires du même village qui se retrouvent à travailler à des milliers de kilomètres pour faire vivre leurs familles paraissent être les conditions nécessaires à l’apparition de telles initiatives. Pourtant, l’argent gagné par chacun est resté dans le cercle familial. Chaque stratégie, chaque projet continuent d’être individuels.

A San Agustín Loxicha, ceci est encore plus évident. L’ensemble du parcours du migrant est, de fait, l’expression individuelle d’un homme qui actionne ses propres réseaux. Aucun lien communautaire n’est sollicité dans cette démarche et il n’existe donc aucune manifestation commune issue de la migration.

Les remesas sont donc l’expression d’une volonté ou d’une stratégie familiale mais qui ne concerne pas directement la communauté, ce qui représente un frein évident à l’idée même de développement communautaire. De plus, il est important de rappeler que les remesas jouent pour ces familles un rôle d’assurance essentiel.

La fonction d’assurance des migrants

De nombreuses études empiriques ont montré que les envois de fonds et leurs montants étaient dépendants des évènements auxquels devaient faire face les familles. (Gubert, 2007) Assurer les siens des aléas de la vie fait partie des raisons qui poussent les hommes à partir et démontre la vulnérabilité de leurs familles. Cette situation prouve que le système social du pays n’est pas en mesurer d’assurer cette fonction. « En assurant les familles, les migrants pallient l’absence ou les défaillances des systèmes locaux d’assurance dans des régions où les revenus d’activité sont souvent d’une variabilité extrême, les maladies plus fréquentes et plus dommageables qu’ailleurs, l’instabilité politique, économique et/ou social plus forte, etc. » (Gubert, 2007)

En 2005, 15% des envois de fonds vers le Mexique ont été dépensés en santé et en éducation. (*) Ce pourcentage représente près de 30 000 millions de pesos, ce qui correspond au budget de l’Etat consacré au programme Oportunidades (*) qui touche environ 5 millions de foyers et 25 millions de personnes. (Wise, Covarrubias, Langoria, 2006) Le Mexique montre ainsi de fortes défaillances au niveau de sa politique social d’assurance et devrait, pour faire baisser les chiffres de la migration, augmenter considérablement ces aides.

(*) Le reste étant principalement destiné à la consommation de biens de première nécessité et une partie se consacre à la construction ou rénovation de l’habitat.
(*) Programme mexicain d’assistance aux plus pauvres qui se concentre essentiellement sur les volets de l’éducation et de la santé.

Les transferts liés à l’assurance des familles sont d’autant plus élevés que les besoins sont importants. Cette part risque d’être toujours plus importante que celle consacrée à l’investissement. Ce constat explique les nombreux échecs des démarches des pays d’immigration visant à réduire le nombre de migrants ainsi que le faible impact productif des migrants. « Il en résulte que tant qu’incombera aux migrants la charge fondamentale d’assurer les leurs, toute mesure visant à orienter les transferts vers des investissements productif ou à inciter les migrants à retourner dans leur pays d’origine ne pourra avoir que des résultats mitigés. » (Gubert, 2007) La transformation des remesas en investissement est donc limitée par tout un environnement économique et social peu propice.

Quand la microfinance cible les migrants
Université de Provence Aix-Marseille 1 – Département d’Anthropologie
Master professionnel « Anthropologie & Métiers du Développement durable » – Mémoire de recherche appliquée