Le parcours du migrant : contexte de sortie du migrant

By 8 April 2012

II – Deux trajectoires migratoires dépendantes de l’environnement local

A travers l’histoire migratoire des deux localités étudiées, va se révéler la place prépondérante de l’entourage social du migrant. Les motivations au départ, l’influence des anciens migrants, l’importance du réseau migratoire sont des données qui vont permettre de comprendre les parcours des migrants. Les différences entre les deux localités étudiées sont révélatrices du caractère fondamental de cet entourage. A Totolapa, la migration s’est développée en réseau. Tous les migrants se dirigent à New York. Là-bas leurs compatriotes les aident à trouver du travail, ils les logent et leur ont avancé le coût du passage de la frontière. Au contraire, à San Agustín Loxicha, la migration est éclatée, elle se disperse sur tout le sud du pays, essentiellement dans les grandes plantations agricoles. Le migrant se retrouve seul dans cet exil. Son travail est irrégulier et précaire. Ces différences vont ensuite avoir des répercussions sur les familles des migrants à travers les envois d’argent.

L’impact des remesas constituera la deuxième variable explicative pour saisir l’évolution de la migration. A Totolapa, les envois sont réguliers et conséquents. Ils ont permis à la majorité de ces habitants de transformer leur habitat, leur consommation, leurs fêtes… Cependant, les remesas ont également entraîné un désintérêt pour l’éducation des jeunes, qui préfèrent migrer pour assurer leur avenir, et, en termes économiques, une inflation considérable sur le prix des terrains et de la main d’œuvre. Aujourd’hui, la migration revêt une telle importance qu’elle maintient entièrement l’économie de la communauté. A San Agustín Loxicha, les difficultés que traversent les migrants ont freiné l’essor de la migration. L’éducation constitue une priorité pour les jeunes et leurs parents et, comme la migration touche quelques foyers isolés, l’économie locale n’est pas dépendante des remesas.

1 – Le parcours du migrant

1.1 – Le contexte de « sortie » du migrant

Un besoin d’argent

Comme nous l’avons vu précédemment, la migration survient toujours dans un contexte économique en crise. La plupart des communautés rurales, au Mexique, basent leur économie sur l’agriculture, et dans les deux dernières décennies ce secteur a été durement touché. Elle l’a été d’autant plus pour les petits producteurs qui représentent, au Mexique, le nombre le plus important d’agriculteurs. Le traité de libre échange qui s’est signé en parallèle d’une politique de désengagement de l’Etat a été le déclencheur d’une crise économique et sociale pour cette population. La migration a évolué en parallèle des difficultés que les agriculteurs affrontaient.

Dans le cas de la communauté de Oaxaca, à San Agustín Loxicha, c’est directement la chute de la rentabilité du café qui a poussé certains d’entre eux à opter pour cette alternative. La migration internationale a commencé vers la fin des années 1990. Les bouleversements du marché économique et les désastres écologiques ont poussé les paysans dans une impasse. Non seulement cette culture était moins rentable, mais la taille des parcelles de chacun diminuait à chaque génération. Les familles détiennent en moyenne entre 1 et 3 ha, alors qu’auparavant leurs cultures pouvaient s’étendre entre 8 et 10 ha. La transmission de la terre est héréditaire de père en fils, et les propriétés que détiennent aujourd’hui les jeunes générations permettent très difficilement de vivre.

Castulo est père de 5 enfants dont 4 fils. Son témoignage montre comment la transmission des terres s’opère dans une famille. Grâce à un important héritage des terres de son père et à des bénéfices, il a pu investir dans l’achat d’autres terrains. Mais aujourd’hui, un jeune qui se lance dans le café peut difficilement arriver à cela.

« Comme je n’avais qu’une sœur, j’ai pu hériter des terres de mon père, et ensuite j’ai acheté deux autres parcelles. Au total j’avais 10 ha. J’ai travaillé le café toute ma vie et cela fait deux ans que j’ai acheté ce petit commerce. J’ai donc donné 2 ha à chacun de mes fils. Le plus jeune est celui qui va continuer à travailler mes terres. »

C’est pourquoi, dans les années 2000, la migration s’est peu à peu intensifiée, et surtout auprès des jeunes générations.

A Totolapa, les premiers migrants ont aussi fui une situation économique bouchée, mais contrairement à San Agustín Loxicha, leur agriculture n’a jamais été commercialement très rentable. Dans cette communauté, ce n’est donc pas la « chute » de quelque chose qui a provoqué les premiers départs, mais bien un contexte économique et social sans réelle perspective d’amélioration.

La migration en tant que stratégie individuelle, est une alternative économique réelle. Elle s’engage en vue d’un besoin d’argent et de travail, mais elle n’est pas sans risque. Elle peut s’imposer comme ultime secours ou faire l’objet d’un choix délibéré. La nécessité est toujours présente, pourtant les motivations au départ cachent un comportement d’ordre plus sociologique. Pour comprendre ces influences, il est nécessaire de préciser le rôle des anciens migrants

L’influence des anciens migrants

Le développement de la migration dans un endroit est généralement exponentiel. Au départ, ils sont peu à partir et, au fur et à mesure qu’ils reviennent dans leur communauté d’origine, un discours sur la migration se met en place et joue un rôle d’incitateur. Le retour des migrants entraîne de nouveaux départs. Peu d’entre eux osent raconter les difficultés que cette situation impose dans le « pays d’accueil ». La vie aux Etats-Unis est souvent présentée comme une idylle qui occulte la partie sombre de leurs expériences. Le départ permet, en général, une amélioration du niveau de vie du migrant et de sa famille qui peut être visible pour le reste de la communauté. La construction d’une maison, l’achat d’une voiture…etc, sont autant de preuves de l’« abondance du nord ». C’est l’argent que les hommes vont chercher en partant, et, l’appât du gain est le moteur de cette aventure.

Pourtant, pour les futurs migrants, se mêlent souvent la curiosité et l’envie de se prouver à soi-même que l’on a la force et le courage nécessaire. Celui qui revient de cette expérience pense avoir quelque chose de plus que ses compatriotes restés aux pays. Un certain orgueil apparaît pour celui qui est parti. Il peut raconter et enjoliver son expérience. Partir devient une manière d’essayer de faire mieux que l’autre. Ainsi, le phénomène s’amplifie. Une sorte de chaîne humaine s’enclenche et attire de nouveaux hommes. De cela, peut naître un réseau migratoire plus ou moins important. Cependant, pour comprendre plus précisément les contours et les motifs de cette migration, il est nécessaire de revenir à la description de ces hommes et de leur environnement familial.

Quand la microfinance cible les migrants
Université de Provence Aix-Marseille 1 – Département d’Anthropologie
Master professionnel « Anthropologie & Métiers du Développement durable » – Mémoire de recherche appliquée