Naissance de ViaNice : Portail et quotidien d’information

By 20 April 2012

II. LE CAS VIANICE – 2ème PARTIE :

II.1 PORTAIL ET QUOTIDIEN D’INFORMATION : UN COMPAGNON DE VIE SUR INTERNET

II.1.a. Naissance

La toute première version de ViaNice voit le jour au mois de juillet 1999, à l’origine du projet, un jeune niçois, Gilles D’Elia, étudiant en maîtrise à la faculté de lettre de Nice. Cette première ébauche, malgré un design très « page perso » (1), à rapidement provoqué l’engouement des internautes niçois. Le site s’inspirait des premiers city-guide américains avec l’objectif de proposer une palette de services gratuits de proximité aux niçois et de devenir le guide le plus exhaustif possible sur la ville.

Dès le mois d’août 1999, le nom de domaine vianice.com a été déposé (il fonctionne toujours). Tout s’est ensuite accéléré. Fin août, ViaNice est devenue une sarl, l’adresse du site a changé en vianice.fr, tandis que l’audience du site augmentait chaque semaine. La nouvelle de la mise en ligne de ViaNice s’est très vite propagée auprès des internautes niçois sans aucune opération publicitaire, l’effet de bouche à oreille ayant été facilité par le réseau internet déjà développé de l’université de Nice-Sophia-Antipolis.

Ce succès rapide de notoriété que l’on qualifierait aujourd’hui d’exemple de « Marketing Viral » ainsi que l’origine confidentielle du site ont contribué à donner à ViaNice une identité forte. Dès sa création, ViaNice est un site conçu pour être installé en page de démarrage sur les navigateurs. Il ne s’agissait pas seulement d’un guide local à utiliser ponctuellement mais bien plutôt d’un point d’entrée sur le web avec lequel se créait un lien affectif. Les créateurs de ViaNice ont en effet décelé dans ce rapide succès le fort potentiel communautaire du site et la nécessité de lui donner une voix grâce à la publication d’un contenu éditorial. Des liens étroits se tissaient pour la première fois entre les étudiant niçois et les employés de la technopole de Sophia.

Certaines des rubriques qui figuraient sur cette première version sont aujourd’hui encore présentes sur ViaNice : « Tout Nice est sur Internet ! », « Le magazine de vos sorties », un moteur de recherche externe, « MP3, tout trouver », etc… Il est alors possible d’envisager le devenir du site, les grands projets annoncés sur cette maquette deviendront en effet pour la plupart des services proposés à l’heure actuelle par ViaNice.

En mars 2000, le rythme des articles devient quotidien, l’édition électronique de ViaNice propose ainsi la première alternative au quotidien papier du groupe Nice-Matin. Pendant quelques mois, ViaNice ouvre même une WebTV, TéléViaNice. ViaNice devient l’un des sites les plus consultés sur Nice avec 150.000 pap/mois. Face à la menace représentée pour son monopole, Nice-Matin commande un audit sur cette nouvelle concurrence.

Pour l’équipe de ViaNice, le départ est périlleux car ses seuls fonds sont des ressources personnelles. Le site rencontre un succès croissant et chaque semaine s’accompagne de l’ouverture de nouvelles rubriques et de nouveaux services : les petites annonces, les partenariats pour installer une boutique en ligne, etc… ViaNice se développe très rapidement tandis que de nombreuses autres ” jeunes pousses ” bénéficient de financements massifs. Dans ce contexte de nouvelle économie fleurissante, des sociétés de capital-risque et de leveurs de fonds se montrent intéressées par les opportunités offertes par ViaNice. De nombreux rapprochements et négociations s’opèrent durant l’hiver 1999/2000.

Pour n’en citer que quelques uns : les dirigeants de Léonardo Finance, Chausson finance et MGT (2) , sociétés figurant parmi les principaux leveurs de fonds en France (3), rencontrent le gérant de ViaNice. A cette époque, l’Internet de proximité est considéré comme un marché d’avenir reposant sur les revenus générés par la publicité et le commerce électronique. La sarl ViaNice qui souhaite devenir une start-up doit impérativement posséder son réseau pour rester un interlocuteur à la mesure des grands projets des capitaux risqueurs. Le réseau ViaCité est créé, il comprend le site ViaToulouse ouvert en novembre 1999 ainsi que le site ViaLyon mis en ligne en janvier 2000. Sans capitaux supplémentaires, ViaNice devient le principal concurrent du réseau de City-Guide Webcity (voir 3ème partie), qui a déjà effectué une levée de fonds de 12 millions de francs au mois de septembre 1999. ViaNice compte sur son savoir-faire et sur un modèle devenu leader à Nice pour gagner la compétition dans les douze plus grandes villes de France mais préserve avec ferveur l’esprit communautaire et indépendant qui lui ont valu son succès dans sa ville d’origine.

(1) Voir sur perso.wanadoo.fr/francepage pour la 1ère mise en page de ViaNice ou annexe n°1.
(2) www.leonardofinance.fr ; www.chaussonfinance.com ; www.mgt.fr .
(3) www.journaldunet.com/dossiers/krisk/kriskleveurs99.shtm

II.1.b. Un quotidien d’informations locales

Le mercantilisme rattrape dans sa ruée le far-west représenté quelques mois seulement auparavant par Internet. Sur tous les sites « portails », les robots remettent en forme des kilomètres de dépêches en y ajoutant des bandeaux publicitaires. Quelques observateurs et pionniers tel Pierre Lazuly critiquent cependant avec virulence la fièvre qui s’empare de la toile : « … allez savoir pourquoi, les créateurs de portails persistent à prendre l’internaute pour un riche imbécile n’utilisant sa machine que pour surveiller le Dow Jones, errer sur les sites d’enchères en ligne ou pérorer sur le Chat ». (4)

Citons encore le webzine L’Ornitho : « Une start-up n’a rien d’une entreprise traditionnelle dans le sens ou son but n’est pas de perdurer. Au contraire, même ! Les concepts généralement mis en place ont pour la plupart si peu de chance d’être rentables un jour, qu’il faut vendre la peau de l’ours avant qu’il ne se casse la gueule. » (5)

Une start-up, voilà finalement tout ce que ViaNice ne veut pas devenir. Ses fondateurs se rétractent d’une négociation entamée avec Christophe Dupont (fondateur du moteur Voilà.fr, directeur du développement de Libertysurf.fr et président de Respublica.fr) qui les assigne conséquemment en justice et estime le préjudice subi à 9 millions de francs. Le défi est relevé pour ViaNice : demeurer leader sur Internet à Nice sans pour autant devenir un produit sous cellophane. L’équipe de ViaNice souhaite conserver sa liberté éditoriale et proposer une véritable alternative à la presse quotidienne régionale avec les contraintes d’une PME.

(4) Les chroniques du Menteur – 19 novembre 1999 – www.menteur.com/chronik/991119.html
(5) Les friconautes débarquent – L’ornitho – janvier 2000 – www.ornitho.org/numero20/edito/index.html

ViaNice qui a enrichi son service d’information locale a trouvé son originalité dans un ton éditorial très affirmé et une grande interactivité (nombreux liens depuis les articles, réactions des lecteurs). La rédaction de ViaNice explore une nouvelle démarche autour de l’information écrite, privilège de la PQR que ni l’éclatement de la radio FM ni le développement des télévisions régionales n’avaient pu lui ôter.

II.1.c. Les services gratuits pour les internautes

Outre son quotidien d’information, dans la continuité des City-guides américains, ViaNice a toujours proposé ses services de proximité gratuitement pour les internautes. ViaNice offre ainsi gratuitement la consultation de l’intégralité de ses archives via un moteur de recherche interne. La principale spécificité de ViaNice cependant reste de proposer un très grand nombre de liens vers les sites les plus utilisés par les internautes : Wanadoo, Voilà, Yahoo !… ainsi qu’un « multimoteur » de recherche sur le web mondial créé par ViaNice. Pour être choisit comme page d’accueil, ViaNice a ainsi préférer ne pas tenter d’enfermer les internautes sur ses pages.

– L’annuaire des sites web locaux.

Cet annuaire est le plus complet existant concernant les sites en relation avec le département des Alpes-Maritimes. Organisé en une centaine de catégories, l’arborescence de l’annuaire de ViaNice répertorie plus de 3000 sites locaux. « Disposer de sa ville au bout des doigts » est une notion chère à Gilles d’Elia, le fondateur de ViaNice. Aucun autre portail ou moteur généraliste tel Yahoo ! ou Nomade ne dispose sur le plan local d’une telle bases de données.

– Le magazine ViaNice

C’est l’agenda des sorties à Nice et dans les autres villes du département. Le magazine est actualisé chaque semaine et propose toutes les dates et horaires de cinéma, concerts, théâtres, expositions, conférences etc… Il met en avant des événements ainsi que des sites « coup de cœur ».

– Les petites annonces gratuites

Service entièrement automatisé, les petites annonces de ViaNice sont classées en 8 catégories : immobilier, emploi, auto/moto, bonnes affaires, union/rencontre, informatique/high-tech, enseignement/formation et divers. C’est un des services clefs de ViaNice car proposer des petites annonces gratuitement est une manière de s’attaquer au monopole très lucratif des petites annonces payantes imprimées diffusées par la PQR et la Presse Régionale Gratuite, comme Spir communication ou la Comareg).

– Le « Forum Libre Antenne »

Créé dans l’idée de renouer avec l’esprit participatif et engagé que le fondateur de ViaNice a connu dans les années 1980 lors de l’explosion des radios libres, le « Forum Libre-Antene » est un espace de libre expression. Plus qu’un simple courrier des lecteurs, il a été créé avec l’idée de rompre la séparation traditionnelle entre journaliste et lecteur et de proposer aux internautes de devenir rédacteurs à part entière. Les premiers mois, les articles les plus pertinents étaient mis en avant sur la page d’accueil de ViaNice. La rubrique a aujourd’hui évolué pour se diriger vers une formule plus classique mais plus réactive de forum Internet. Les participants peuvent y débattre dans une dizaine de thèmes libres ou liés à l’actualité niçoise. Ponctuellement, un invité participe au Forum tel le procureur général de Nice Eric de Montgolfier durant le mois de septembre 2001. Le Forum Libre Antenne est un pôle communautaire fort : développé en PHP Nuke, il permet au participant de s’identifier et d’être représenter par un logo et un profil.

– « Azurmail.com » : l’e-mail gratuit des azuréens

L’utilisation de l’e-mail constitue la principale activité des internautes. En mettant à disposition des internautes le nom de domaine azurmail et une interface de gestion du courrier électronique, ViaNice créait la première messagerie à connotation locale non publicitaire. Plutôt que de posséder l’adresse d’un fournisseur d’accès ou de leur entreprise, les internautes peuvent adopter une adresse électronique évoquant la Méditerranée. Azurmail est un service proposé par ViaNice en co-branding avec la société Bigmailbox.com.

– La newsletter

Les internautes, en s’inscrivant à la lettre quotidienne de diffusion, peuvent recevoir quotidiennement les titres des informations développées par ViaNice dans son édition. Les inscrits bénéficient régulièrement de places de concerts ou de théâtre. La newsletter de ViaNice compte plus de 4000 abonnés, elle peut servir de support publicitaire mais reste avant tout un lien informant les internautes des nouveautés proposées par ViaNice.

– « Info.ViaNice sur votre site »

ViaNice met à disposition des webmaster une ligne de code HTML leur permettant d’intégrer à leur site un fil d’infos actualisé automatiquement tous les jours. Ces liens s’adaptant à la mise en page de l’hôte renvoient aux articles du quotidien d’information de ViaNice. Le service « Info.ViaNice sur votre site » génère donc du trafic vers ViaNice mais il permet aussi au site de renforcer son implantation et sa notoriété grâce à une présence sur de nombreux sites web niçois.

– « TV ViaNice »

Développée par Thomas Gauthier, un professionnel de l’audiovisuel, durant l’automne 1999, la webTV de ViaNice a diffusé grâce à la technique du streaming des reportages vidéo. Le service a suscité un réel engouement mais il a été interrompu après un trimestre en raison des difficultés techniques liées au faible nombre d’internautes alors connectés à haut débit.

– « Shopping on-line »

Cette galerie marchande on-line permet d’acheter sur le site des produits tels que les livres, disques, vidéos, cd-rom, jeux… ViaNice a conclu en 1999 un partenariat avec le service d’achat groupé Clust.com aujourd’hui fermé. Les ventes en ligne restent aujourd’hui marginales, ViaNice devant sur le marché affronter une concurrence nationale importante. Peu d’acteurs locaux possèdent à l’heure actuelle un site, des stocks et une réactivité leur permettant de participer à une galerie marchande sur Internet. La vente en ligne constitue cependant pour les portails un potentiel de diversification non négligeable tandis que les modèles économiques basés sur les uniques revenus publicitaires montrent leurs limites.

– Présence « Web Express » (service interrompu en mai 2001)

Les internautes pouvaient mettre leur CV en ligne sur ViaNice en quelques minutes, avec une URL personnelle (type : cv.vianice.fr/votre_nom) L’interface était un simple formulaire a remplir, la mise en page se faisant automatiquement. Les commerçants et associations disposaient également utiliser du même service pour disposer sans frais d’une présence sur le web.

– « wapanice »

Durant l’année 2000, ViaNice a diffusé ses principaux services sur portail wap. Les téléphones mobiles équipés en wap pouvaient ainsi accéder aux actualités publiées par ViaNice ainsi qu’au magazine culturel. Le service a été interrompu devant le faible trafic généré, l’équipe de ViaNice préférant attendre que le wap soit adopté massivement par les français ou remplacé par un nouveau protocole de téléphonie mobile (voir annexe n° 2 : le revue de presse de ViaNice)

Enfin, ViaNice a développé de nombreux partenariats de services pratiques généralistes. En accès depuis la page d’accueil, ceux-ci permettent par exemple d’envoyer gratuitement un texto (en partenariat avec SFR) ou de consulter les programmes télé (partenariat avec télé7jours).

Lire le mémoire complet ==> Mutation de la presse issue de l’émergence des NTIC – Internet
Mémoire de DESU, diplôme d’études supérieures universitaires
Réseaux câblés et technologies de communication
Université Paris VIII – Vincennes – St Denis