La migration devient le pilier de l’économie locale

By 8 April 2012

2.3 – La migration devient le pilier de l’économie locale

Une économie en crise : un terreau pour la migration

La migration internationale, qui a débuté à la fin des années 1980 et s’est largement amplifiée dans les années 1990, s’est développée dans un contexte économique en crise. En 1994, la crise du peso a fait chuter la monnaie locale de près de la moitié de sa valeur. Cette année est aussi celle des accords de libre-échange entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada (ALENA) qui ont essentiellement profité aux grands producteurs et non aux petits paysans. En ouvrant le marché mexicain aux produits américains, une large proportion de petits paysans a beaucoup souffert de la concurrence accrue que ces accords ont déclenché.

A Totolapa, l’agriculture a également subi des modifications qui ont aggravé la précarité des paysans. La qualité de la terre s’est détériorée et l’utilisation de fertilisants était devenue inévitable. La culture du maïs, aliment de base des mexicains, a commencé à ne plus être rentable. Les fertilisants augmentaient le coût de production et l’arrivée massive de maïs en provenance des Etats-Unis a fait baisser le prix de cette denrée. Dans ces conditions, beaucoup de paysans ont renoncé à semer. S’est alors posé le problème d’un manque crucial de liquidité pour les paysans qui ressentaient de plus en plus lourdement le besoin d’argent pour vivre. Non seulement la situation économique de Totolapa n’offrait pas d’opportunité de travail, mais l’agriculture permettait difficilement de subvenir aux besoins alimentaires des familles. A cette époque, la population continuait de vivre avec un minimum de ressources. Les maisons, réalisées à partir de matériaux organiques, ajoutaient à leur situation une grande précarité. Les incendies étaient fréquents et pouvaient facilement mettre à feu la moitié du village. Face à la nécessité pesante d’argent, les habitants de Totolapa ont été nombreux à opter pour la stratégie de la migration vers les Etats-Unis.

Une économie locale indissociable de la migration

En une dizaine d’années, la migration vers les Etats-Unis s’est accrue à une vitesse considérable. La communauté de Totolapa a commencé à changer radicalement. L’arrivée d’argent massive provenant de la migration a permis aux habitants d’améliorer leur habitat et de réduire fortement leur vulnérabilité. Ce mouvement a sorti les familles de Totolapa de la pauvreté mais a rendu leur économie totalement dépendante des envois d’argent. Le village se maintient aujourd’hui grâce à ces injections de transferts.

La migration concerne principalement les hommes qui partent en tant que célibataire ou père de familles. Ils se dirigent tous dans l’Etat de New York en raison d’un réseau important de migrants originaires de Totolapa. La majorité d’entre eux trouve un emploi dans la restauration. Les envois d’argent sont assez conséquents puisqu’ils se comprennent entre 5000 et 10000 pesos (soit entre 250 et 500€) par mois. Cet argent est directement intégré dans l’économie locale de la communauté. L’achat des terrains, la construction des maisons, les dépenses quotidiennes des familles et les fêtes familiales, sont les principales utilisations des remesas. La migration est devenue à Totolapa, le facteur et la ressource du développement socioéconomique des familles.

Ces nombreux échanges humains et financiers font de Totolapa une communauté transnationale. Les nombreux liens qui se tissent entre la famille et le migrant vont nous aider à mieux comprendre les enjeux de la migration à une échelle micro locale, représentée ici par la communauté. (*)

* A une échelle plus grande, ce transnationalisme est également représentatif du caractère mondialisé de l’économie. La crise survenue à l’automne dernier aux Etats-Unis peut avoir des conséquences directes sur la vie de centaines de familles à des milliers de kilomètres. Si les migrants se retrouvent sans travail, c’est tout un village qui sera touché. Etant donné la période d’investigation (de octobre à décembre 2008) l’étude ne comporte pas l’analyse des impacts de cette crise.

Quand la microfinance cible les migrants
Université de Provence Aix-Marseille 1 – Département d’Anthropologie
Master professionnel « Anthropologie & Métiers du Développement durable » – Mémoire de recherche appliquée