Microfinance: diversité de modalités de mises en œuvre, populations…

By 7 April 2012

2.2 – La microfinance : diversité de modalités de mises en œuvre, diversité de populations et diversité des mécanismes d’appropriation

La microfinance est aujourd’hui bien connue des projets de développement. Depuis une dizaine d’années de nombreuses organisations en ont fait leur outil de lutte contre la pauvreté et la vulnérabilité. La forte financiarisation des sociétés a fait naître une nouvelle exclusion : l’exclusion bancaire. Nous l’avons vu, le Mexique compte un taux de bancarisation relativement faible (près de 30%) et ce chiffre chute drastiquement dans les zones rurales. Pourtant, en milieu rural, les pratiques financières sont loin d’être inexistantes.

Ces zones sont souvent caractérisées par une pratique financière informelle importante. Le secteur informel comprend une incroyable diversité du fait qu’il soit le reflet des milieux sociaux qui le créé et qu’il s’adapte « au rythme des changements sociaux subis ou produits par les sociétés » (Guérin I., Morvant-Roux S., Servet J-M., 2009) Il existe entre les pratiques formelles et informelles de nombreuses passerelles qui refusent l’idée d’un dualisme financier. Au-delà des principes de fonctionnements de chaque « secteur » prévaut, au sein mêmes des pratiques de la population, un mélange qui rappelle davantage l’articulation que la concurrence. Pour appréhender le thème de la microfinance il est donc nécessaire de comprendre que chaque IMF s’inscrit dans un contexte financier informel qui lui préexiste et auquel elle devra s’intégrer. Pour toucher ces populations, de nombreux chercheurs ont montré la nécessité, pour ces institutions, de construire de « nouveaux réseaux de confiance » qui s’inspirent généralement d’une « politique de mimétisme d’activités dites informelles ». (Servet, 1996) Ainsi, « l’analyse des mécanismes de la finance informelle permet de mieux comprendre les usages de la microfinance » (Guérin I., Morvant-Roux S., Servet J-M., 2009)

L’arrivée d’un nouveau dispositif financier enclenche, pour la population, un mécanisme d’appropriation dans lequel seront « traduits » les services proposés. « Les clients ne se contentent pas de consommer passivement les services. Ils les traduisent et les interprètent à leur manière, en fonction de leurs systèmes de représentations, de leurs logiques, de leurs contraintes. Ensuite, ils adaptent, les ajustent parfois les contournent. » (Guerin, Morvant-Roux, Servet, 2009) L’appropriation d’une IMF par la population révèle le degré d’acceptation de l’institution dans la communauté. Par « appropriation », on entend donc la manière dont les bénéficiaires comprennent les services proposés et les adaptent à leurs pratiques. Cette action n’est pas immédiate, elle traverse un processus dans lequel les différents acteurs vont apprendre à se connaître et s’appréhender. Tout projet de développement entraîne une certaine appropriation par la population dans laquelle, les différentes parties prenantes vont transformer, en partie, le projet. « Tout projet de développement (et plus généralement tout dispositif de développement) apparaît ainsi comme un enjeu où chacun joue avec des cartes différentes et des règles différentes. On peut dire aussi que c’est un système de ressources et d’opportunités que chacun tente de s’approprier à sa manière. » (Olivier de Sardan, 1995, p.173) L’appropriation n’est donc pas le seul fait de la population cible. Les acteurs du projet (employés de la microbanque, Président, directeur général…) répondent également à un mécanisme d’appropriation.

Microfinance: diversité de modalitéCe sont donc ces processus d’appropriations que nous allons analyser. Pour cela, il est nécessaire de comprendre, non seulement les conditions d’implantation du projet mais aussi, les pratiques financières préexistantes à l’IMF. « Appréhender les mécanismes de l’appropriation ou l’insertion des services financiers procurés par un dispositif de microfinance dans les pratiques de dette/créance préexistantes exige de restituer les logiques sous-jacentes à ces pratiques. » (Morvant-Roux S., 2006, §28) Par l’analyse de ces deux entrées, le projet et les bénéficiaires, nous comprendrons comment une IMF se retrouve plus ou moins appropriée par la population.

Ce travail s’appuiera donc sur l’observation des pratiques informelles locales de la population, ainsi que sur les modes de gouvernance de l’IMF pour comprendre la diversité de modalités de mises en œuvre des services financiers par les IMF. Les données empiriques de cette partie manqueront sans doute de détail et d’approfondissement, car l’analyse de ces pratiques ne représentait pas le cœur de mon sujet d’investigation. Des recherches complémentaires ont été nécessaires pour étayer davantage cette analyse.

Quand la microfinance cible les migrants
Université de Provence Aix-Marseille 1 – Département d’Anthropologie
Master professionnel « Anthropologie & Métiers du Développement durable » – Mémoire de recherche appliquée