Industrie pharmaceutique: économiser sans compromettre la sécurité

By 18 April 2012

II- Harmonisation internationale : économiser sans compromettre la sécurité
L’industrie pharmaceutique a pour missions la découverte, le développement et la mise au point de médicaments toujours plus efficace, leur production dans des conditions assurant leur sécurité et leur qualité, leur diffusion partout où ils peuvent contribuer à la santé des populations et leur surveillance après commercialisation.

II-1  Les trois exigences essentielles : Qualité, Sécurité et Efficacité
Un médicament pour être commercialisé doit bénéficier d’une autorisation de mise sur le marché. Le dossier d’AMM réunit l’intégralité des informations et études que la firme peut apporter pour l’évaluation scientifique de la demande.

L’autorisation n’est octroyée que si le médicament satisfait aux critères essentiels de qualité, de sécurité et d’efficacité qui sont chacun argumentés dans les 4 parties techniques du dossier d’AMM :
* Partie I : Données administratives
* Partie II : ‘Qualité’ : documentation chimique, pharmaceutique et biologique
* Partie III : ‘Sécurité’ : essais toxicologiques et pharmacologiques
* Partie IV : ‘Efficacité’ : documentation clinique.[11]

La qualité a pour objectif de démontrer que le produit fabriqué est d’un niveau de qualité tel qu’il satisfait aux exigences actuelles en matière de production et de contrôle des médicaments.

L’évaluation de la sécurité est une partie essentielle du dossier, elle fait essentiellement appel à l’expérimentation animale pour déterminer la toxicité par administration unique, la toxicité par administration réitérée, les effets potentiels sur la reproduction, la génotoxicité, le potentiel cancérigène et la tolérance locale.

L’efficacité est évaluée par l’ensemble des données et des résultats des études cliniques menées chez l’homme volontaire sain ou malade conformément aux dispositions en vigueur en matière de bonnes pratiques cliniques. Les études cliniques visent à explorer l’activité pharmacologique, l’efficacité thérapeutique ainsi que le rapport bénéfice/risque du produit chez l’homme malade sur la base des données recueillies lors des études pré-cliniques.

Si au sein de l’Union Européenne, une harmonisation des pratiques existe depuis 1975, il n’en est pas de même au plan mondial, dans la mesure où entre l’Europe, les USA et le Japon, des différences notables existaient dans la stratégie et la pratique des études de qualité, de sécurité et d’efficacité. Cette situation est hautement préjudiciable pour l’industrie car elle entraîne la nécessité de répéter des études (d’où une perte de temps et d’argent) et de restructurer les dossiers. Par ailleurs, au plan éthique, elle entraîne une sur-utilisation d’animaux de laboratoire, contraire notamment aux directives communautaires.

Pour toutes ces raisons, on a essayé depuis 1990 d’harmoniser des lignes directrices pour l’évaluation de la qualité, de la sécurité et de l’efficacité au sein d’ICH.

II-2  Les avantages d’ICH
Les avantages sont nombreux et bénéficient à toutes les parties concernées par le médicament. [12]

C’est d’abord la mise à disposition plus précoce des progrès thérapeutiques, qu’ils soient majeurs ou mineurs, auprès d’un plus grand nombre de médecins et de patients à travers le monde, et cela a évidemment un avantage considérable compte tenu de l’extension de maladies de plus en plus graves et dont la non disponibilité de traitements efficaces et sûrs hypothèque la vie des malades.

Il y a d’autres part un avantage essentiel pour les personnes entrant dans les recherches biomédicales, dont le législateur a partout, et à juste titre, un souci de protection (exemple la loi Huriet-Sérusclat du 20 décembre 1988 relative à la protection des personnes se prêtant à des recherches biomédicales). Cet avantage consiste à éviter la répétition inutile des essais sur l’homme. Cela est vrai pour les patients malades, c’est au moins aussi vrai pour les volontaires sains.

Le troisième avantage de l’harmonisation internationale est l’économie d’expérimentation animale qu’elle permet. S’agissant d’investissements lourds et aussi d’un passage obligatoire retardant nécessairement le développement clinique du médicament, la communauté internationale a manifesté un intérêt très marqué pour l’harmonisation des exigences en la matière.

Enfin, l’harmonisation a pour but et pour avantage d’éviter la répétition inutile des travaux visant à garantir la qualité pharmaceutique.

Mais si l’harmonisation permet une meilleure utilisation de ressources humaines, une économie d’expérimentation animale et une meilleure rentabilisation de moyens et matériels mis en œuvre au service du développement des médicaments, elle rencontre naturellement des limites très claires.

La plus importante de ces limites est la nécessité de prendre en compte les différences inter-ethniques, qui imposent dans un certain nombre de cas la répétition d’essais sur l’homme : essais de pharmacocinétique, de pharmacologie clinique, d’efficacité et de tolérance. Cela est particulièrement vrai entre les sujets asiatiques et les sujets caucasiens. Cette variabilité inter-individuelle fera qu’un produit enregistré au Japon doit voir son développement repris à partir de la phase 1 des essais cliniques chez l’homme, et vice versa.

II-3  Les objectifs et les grands principes d’ICH
L’objectif d’ICH est de faire des recommandations tendant à mieux harmoniser l’interprétation et l’application des directives techniques et des exigences relatives à l’homologation des produits afin de diminuer les cas de duplication des expériences auxquelles on procède durant la recherche et le développement de nouveaux médicaments et à leur mise à disposition, tout en maintenant toutes les précautions relatives à la qualité, à la sécurité d’emploi et à l’efficacité des produits, ainsi qu’aux règles destinées à protéger la santé publique.

Dans le cas d’ICH l’harmonisation ne doit pas être une sommation des exigences des uns et des autres mais au contraire un compromis tripartite conduisant à un consensus sous forme de guideline.

Les grands principes d’ICH ont été définis par le comité directeur ou Steering Committee :[13]
* mettre en place un forum permettant un dialogue constructif entre les Agences du médicament et l’industrie pharmaceutique sur les différences réelles et perçues dans les exigences techniques pour l’enregistrement des médicaments dans l’Union Européenne, aux Etats-Unis et au Japon.
* identifier les domaines où les modifications mutuelles des exigences réglementaires ou une acceptation mutuelle plus grande des procédures de recherche et développement entraîneraient une utilisation plus économique des ressources humaines, animales et matérielles sans compromettre la sécurité.
* faire des recommandations sur les moyens pratiques de réaliser une plus grande harmonisation dans l’interprétation et l’application des guidelines techniques et des exigences pour l’enregistrement.

Ces principes conduisent en pratique à l’adoption de guidelines harmonisés et tripartites justifiant, quand cela est nécessaire, une modification des réglementations dans les trois régions.

Lire le mémoire complet ==> (Normes ICH d’enregistrement des médicaments)