Diversification du tourisme : Importance et spécificités

By 15 April 2012

2. Importance de la diversification et autres spécificités.
Puisque nous venons de voir le rôle important joué par le commerce international pour les petites économies, on en déduit l’importance de la promotion des exportations. La dépendance des économies insulaires par rapport au commerce international, en s’ajoutant à leur dimension souvent réduite, à accentué un trait qui caractérise de nombreux pays en voie de développement : leur manque de diversification productive et commerciale.

2.1. Diversification.
En effet, une partie majeure des exportations est constituée par un nombre très réduit de biens et services. Cette concentration des exportations représente un véritable handicap du point de vue du développement économique. Il n’est pas évident qu’il existe une politique meilleure, au sens dynamique du terme, pour diversifier la composition des exportations que celle de suivre les principes de l’avantage comparatif (que nous verrons plus en détail ultérieurement). Une telle politique permet à une économie, en employant avec le maximum d’efficacité (statique) ses ressources, d’optimiser la valeur de la production et donc, vraisemblablement de l’épargne. Un niveau élevé d’épargne est à son tour une condition sine qua non pour accélérer le processus de croissance de l’économie et surtout pour entraîner une modification de la dotation relative de ressources et de la capacité d’exportation. Les recherches empiriques à ce propos semblent confirmer l’existence d’une relation positive entre l’épargne et les exportations.

La très faible diversification des produits touristiques commercialisés sur les marchés émetteurs est la conséquence de la très forte concentration du secteur touristique sur un petit nombre d’opérateurs qui renforce la spécialisation des îles sur le produit traditionnel Mer-Plage-Soleil sans chercher à développer une véritable diversification. Cette diversification souhaitable, se heurte à la difficulté de mettre en place des politiques autonomes de développement touristique basées sur des entreprises locales qui ne maîtrisent ni les moyens de transport aérien, ni les circuits de commercialisation. Cette absence de diversification des produits touristiques est d’autant plus grave que des études empiriques ont fait ressortir des corrélations inverses statistiquement significatives entre le revenu national et les recettes extérieures de biens et de services, dont le tourisme. En particulier, pour les petits pays en développement sur lesquels on dispose de données, le rapport des importations visibles au PNB est de l’ordre de 75% et, pour certains petits pays insulaires, la valeur de ces importations peut même dépasser le PNB, alors que, pour l’ensemble des pays en développement, elle représente 25% du PNB. Il en résulte que l’obligation de trouver des recettes en devises est indispensable pour les petits pays insulaires. D’où la nécessité d’établir de véritables stratégies de développement du tourisme international, susceptibles d’assurer un flux régulier de recettes.

Nous avons déjà remarqué que l’éloignement d’une petite économie constitue un handicap sérieux. Il est possible de concevoir diverses politiques qui agiraient de façon à réduire l’importance de la contrainte relative à la dimension. En cette année de l’Euro, il serait utile à ce propos d’étudier les leçons que l’on peut tirer de la création d’unions monétaires et d’unions commerciales entre les petites économies insulaires. Toutes deux réduisent les marges d’une politique macro-économique indépendante, en contraignant respectivement la politique monétaire et fiscale d’un pays. Il est difficile de penser qu’une union douanière contribuerait à un essor des échanges commerciaux entre ces pays. De telles politiques permettraient d’autre part d’achever une plus grande stabilité des prix, des taux de change et de la compétitivité relative à l’intérieur de l’union elle-même.

2.2 Autres spécificités.
François Vellas (in Crusol, Hein, Vellas, 1988) souligne deux autres particularités visant principalement les petites îles mais qu’il est toutefois bon de présenter brièvement à savoir, la vulnérabilité aux catastrophes naturelles et la fragilité des écosystèmes insulaires.

La vulnérabilité des équipements touristiques aux catastrophes naturelles représente une spécificité importante pour toutes les îles situées dans des zones tropicales et subtropicales. Dans ces zones, géographiques, les îles sont exposées aux risques météorologiques majeurs (cyclones) et aux phénomènes telluriques (tremblements de terre et pour un grand nombre d’îles volcaniques risque d’éruption). Or plus une île est de faible superficie, plus les conséquences des catastrophes naturelles sont importantes. Par exemple, en septembre 1989 le cyclone Hugo a détruit la majeure partie des équipements hôteliers et touristiques de la Guadeloupe, en mars 1982 le cyclone Isaac a été responsable de la destruction de 90% des récoltes et de 20% des habitations de Sainte-Lucie, de même que le cyclone David qui a détruit 80% du parc immobilier de la Dominique en 1980.

Face à ces catastrophes naturelles inévitables, à moyen terme, le secteur touristique des petits pays insulaires doit intégrer la prévention de ces phénomènes par des techniques de construction spécifiques des infrastructures hôtelières qui augmentent leur coût, avec des répercussions sur la compétitivité des produits touristiques. Pour cela, les surcoûts qui résultent de la vulnérabilité aux catastrophes naturelles doivent être pris en compte dans les choix de développement touristique, en relation avec l’analyse de la concurrence internationale.

Une autre des contraintes principales du développement touristique des petites îles réside dans la fragilité des écosystèmes. En effet, l’équilibre naturel de chaque île peut être remis en cause de façon irréversible par un développement touristique inapproprié. Dans ce cas, les destructions de l’environnement qui résultent des aménagements touristiques peuvent représenter une remise en cause du patrimoine naturel de l’île et de ce fait de sa qualité de destination touristique. Les travaux entrepris par l’UNESCO et par le Conseil Scientifique des Iles « INSULA » depuis le début des années 70 permettent de montrer comment le développement touristique contrôlé et adapté peut permettre de respecter les contraintes de la protection des ressources naturelles des îles tout en favorisant des activités économiques liées au tourisme et créatrices d’emplois. En effet, il ne faut pas sous-estimer l’impact de certaines infrastructures touristiques sur les équilibres écologiques.

Par exemple, l’approvisionnement en eau, indispensable au tourisme, présente le risque d’épuisement de la nappe d’eau douce superposée à la nappe phréatique d’eau salée.

De même, les constructions à but touristique comme les hôtels, les logements touristiques et les autres infrastructures conduisent à exploiter dans les petites îles les bancs de sable pour la construction et à détruire des plages souvent de manière irréversible. En résulte, outre des conséquences écologiques désastreuses, la remise en cause du patrimoine touristique principal de ces îles.

C’est la raison pour laquelle la Conférence mondiale sur le développement durable, organisée par l’UNESCO et INSULA, à Lanzarote dans les îles Canaries en avril 1995, a adopté une charte pour le développement du tourisme durable qui s’applique spécifiquement aux îles. Ainsi, l’article 12 de la Charte stipule que :

« la situation et les besoins des zones qui sont les plus vulnérables du point de vue de l’environnement et de la culture, comme les petites îles et les zones de montagne devraient être prioritaires dans le domaine de l’aide et de la coopération pour le développement touristique. Simultanément, un traitement spécial doit être accordé à ces zones dans les modèles d’analyse d’impact du développement touristique ».

Après avoir passé en revue les principales « contraintes » relatives au développement des petites économies isolées, nous allons à présent tenter d’éclaircir le tableau en examinant les atouts dont elles disposent et que l’on nomme en économie les dotations factorielles. « Les dotations factorielles sont déterminées par l’importance des ressources (facteurs) dont dispose un pays pour assurer la production de l’ensemble des services de tourisme international. L’abondance relative de ces ressources va avoir une influence décisive pour expliquer la place d’un pays dans le tourisme international ». Cette définition, toujours empruntée à Vellas, résume bien l’intérêt de la présentation qui suit.
Lire le mémoire complet ==> (Tourisme et Développement Régional)
Proposition d’une stratégie de spécialisation infra-régionale adaptée aux spécificités des petites économies isolées.
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« Charter for sustainable tourism ». World Conference on Sustainable Tourism, meeting in Lanzarote, Canary Islands, Spain. 27-28 April 1995.