Histoire des contacts entre les français et les arabes

By 12 April 2012

4 – Histoire des contacts entre les français et les arabes
L’emprunt linguistique témoigne des rapports entre les peuples. Pour cette raison, il faut évoquer les événements historiques qui ont causé les contacts entre les Arabes et les Français. Après les informations historiques, je présenterai aussi des emprunts venant de l’époque donnée.

L’arabe du Moyen Âge (VIIe – XVe siècles) est une des grandes sources pour la culture occidentale. Il influence les divers domaines (administratif, commercial, scientifique, etc.).

Du XVIe au XVIIe siècle, les contacts entre le monde arabe et l’Europe sont limités. À cette époque, un peu d’arabismes entrent dans la langue française grâce aux voyageurs et aux écrivains s’intéressant aux mots arabes.

Aux XIXe et XXe siècles, le français est dominant au Magreb. Les soldats ou les administrateurs français apprennent des formules arabes nécessaires pour la vie quotidienne.

Il faut aussi mentionner qu’après la colonisation française au Maghreb, les mots arabes continuent à s’intégrer au français surtout par les immigrants arabes venus en France. Les journalistes aussi emploient des mots arabes pour mieux transmettre de nouvelles informations (moudjahiddin, charia, etc.)

4.1 – Moyen Âge
4.1.1 – Bataille de Poitiers

En 719, les conquérants arabes pénètrent en Gaule, prenant Narbonne, ravageant la vallée du Rhône jusqu’à Lyon. Ces pillards se trouvent aux prises avec

la résistance du duc d’Aquitaine Eudes qui les force. En 725, Eudes se lie avec Othman, chef musulman, et en même temps il se révolte contre les autorités de Cardoue. En 732, l’alliance conclue se retourne contre lui. ‘Abd al Rahman, l’émir d’Espagne, décide de finir avec les rebelles. Il s’ouvre un chemin à travers les Pyrénées, bat Othman. Pour convaincre les troupes berbères, Eudes appelle à l’aide son suzerain mérovingien, Charles Martel. Charles Martel convainc les Sarrasins sur le champ de bataille de Poitiers.

4.1.2 – Croisades
Du Xe siècle au XIe siècle, il y a des guerres entre les Arabes et les Occidentaux. Les croisades d’Orient sont organisées pour conquérir la Terre-Sainte, en Occident, la papauté mène des guerres contre les Arabes d’Espagne pour remplacer la religion musulmane par la religion chrétienne.

L’influence arabe est remarquable sur le mode des Francs. Ils adoptent le style vestimentaire, le décor oriental des maisons, l’art culinaire et la médecine arabe.

La période de croisades apporte dans le vocabulaire français les termes de guerre et les expressions de marin : amiral, caïd, barbacane, jaseran ou mamelouk.

Les arabismes, insérés dans les langues romanes au Moyen Âge, viennent de l’arabe classique et du vocabulaire savant. Les plusieurs mots arabes sont entrés en français par l’intermédiaire du latin médiéval, de l’italien, du sicilien et de l’espagnol.

* Mathématiques
Le domaine est pendant cette période enrichi par : algèbre, algorithme, chiffre et zéro.

* Chimie et pharmacopée
Les Arabes étaient des chimistes et des pharmaciens excellents introduisant en français : amalgame, alchimie, alcali, alambic, alcôve, etc.

* Biologie
Il s’agit des termes de plantes utilisées souvent en cosmétique : henné, ambre, talc, etc.

* Commerce
Les Arabes étaient aussi des commerçants. Ils jouaient le rôle d’intermédiaires entre l’Orient et l’Occident. Cette activité commerciale des Arabes a enrichi la langue française par des mots, par exemple : arsenal, douane, magasin ou par des mots désignant des mesures des poids : carat, fardeau, rame, etc. Le commerce arabe apporte des noms d’étoffes et de vêtements : coton, damas, mohair, satin, jupe, gilet, etc. et aussi des noms de fruits et d’épices : curcuma ou orange.

4.2 Décadence de la civilisation arabe
Le XVIe siècle désigne un tournant important pour l’Empire Arabe. L’Espagne est reconquise par les Chrétiens et les Ottomans, possédant plusieurs territoires, dominent les Arabes.

Les rapports entre les Arabes et les Européens sont en cette époque limités. Pour cette raison, il y a moins d’emprunts arabes s’introduisant dans le vocabulaire français. Nous pouvons citer, par exemple : harem ou les mots liés avec la religion : marabout, minaret, islam, ramadan, etc.

Pendant le XVIe siècle, les Français commencent à connaître l’Orient et la religion islamique grâce aux récits des voyageurs. Parmi les termes empruntés à cette époque, nous pouvons trouver : calife ou cheik, qui désignent les fonctions, ou les mots désignant la civilisation arabe : burnous ou fez.

4.3 Contacts entre les Français et les Arabes (fin XVIIIe siècle – XXe siècle)
Au XIXe siècle encore se situèrent les interventions militaires européennes. Après l’expédition d’Egypte, la France fit la conquête de l’Algérie en 1830 et imposa son protectorat à la Tunisie en 1881, tandis que la Grande-Bretagne occupait militairement l’Egypte en 1882. Au début du XXe siècle la France étendait son influence au Maroc (1912), l’Espagnol au Maroc septentrional (1912) et l’Italie en Libye (1913).

4.3.1 Syrie et Liban
En 1920, La France reçoit le mandat de s’installer en Syrie et au Liban. Ces deux pays restent des protectorats français jusqu’à la seconde Guerre Mondiale.

Dès le XIXe siècle, les Français s’installent au Maghreb. Cette colonisation apporte en français beaucoup d’arabismes provenant de l’arabe dialectal maghrébin.

4.3.2 Tunisie
En 1881, la France envahit la Tunisie. Par suite, la Tunisie est mise sous le protectorat français de 1881 à 1956. Cela signifie que les deux s’influençaient mutuellement, également au niveau linguistique.

4.3.3 Maroc
En 1906, le Maroc est mis sous surveillance française et espagnole. En 1912, le Maroc est soumis au protectorat français qui dure jusqu’en 1956. Pendant la colonisation française, quelques mots empruntés à l’arabe marocain s’installent en français.

4.3.4 Algérie
En 1827, une affaire de grain impayé par la France au dey d’Alger amène le roi Charles X à décider le blocus du port d’Alger, qui dure 3 ans, et l’expédition militaire contre la ville. Les troupes françaises envahissent d’Alger en 1830. Le nouveau régime suscite une résistance des tribus autochtones. En Oranie, elles organisent sous l’émir Abd el-Kader qui proclame la guerre sainte contre les Français.

Fils d’une famille d’origine chérifienne et marabout (dignitaire religieux musulman), Abd el-Kader a 24 ans lorsque, le 22 novembre 1833, il se proclame « sultan des Arabes » par quelques tribus de l’Oranie.

Il est définitivement vaincu en 1847.

En 1848, l’Algérie est proclamée comme le territoire français et divisée en trois départements. La conquête française ne s’achève qu’en 1857 avec la soumission des oasis de Sud et de la Kabylie.

En 1936, le projet de la loi Violette, qui veut donner le droit de voter à une élite de 21 mille musulmanes, devient, d’un côté, inacceptable pour les Européens, d’autre côté, insuffisant pour les Algériens. En 1944, de Gaulle propose un projet proche de celui Violette, mais il est déjà tard.

La guerre d’indépendance

Des militants du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques MTLD créent en 1954 un Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA) qui devient plus tard le Front de libération nationale (FLN). Dès le 1957, le FNL intensifie son action terroriste et militaire. Il s’agit de la période au cours de laquelle la pression militaire est probablement la plus forte de toute la durée de la guerre.

La bataille d’Alger se déroule de janvier à octobre 1957. L’armée n’hésite pas sur les méthodes : quadrillage des quartiers musulmans, encadrement strict de la population par la propagande, manipulation de militants du FLN, exploitation des repentis, mais aussi recours à la torture. Les frontières entre l’Algérie, le Maroc et la Tunisie sont fermées par les lignes fortifiées pour isoler l’Algérie de l’ensemble du Maghreb et pour interdire les relations entre le FLN intérieur et les dirigeants de Tunisie ou d’Égypte.

En 1958, le bombardement d’un village tunisien, Sakiet Sidi Youcef, signifie en tournant dans le conflit. En France, le prolongement de la guerre d’Algérie contribue à la faillite de la IVe République et le retour au pouvoir de général de Gaulle. Il promet de maintenir l’Algérie française.

En avril 1961, les généraux Challe, Salan, Jouhaud et Zeller organisent à Alger un coup d’état qui avorte. L’Organisation de l’armée secrète (OAS) regroupe des militaires et des colons extrémistes, s’associe au complot contre le FLN et contre les autorités françaises. Mais la plus grande partie de l’armée française en Algérie reste fidèle au gouvernement.

Le 18 mars 1962, un accord de cessez-le-feu est signé à Évian par les autorités françaises et les représentants du FLN. Cet accord prévoit la tenu de référendum. En juillet, l’Algérie vote pour l’indépendance.

En Algérie, le référendum d’autodétermination est fixé au 1er juillet 1962. Approuvé à une très forte majorité (près de 90 % des électeurs inscrits), il aboutit à la proclamation de l’indépendance.

La colonisation du Maghreb signifie une influence considérable sur le plan linguistique. Les arabismes réfèrent sur les luttes : baroud, fellagha ou razzia, mais aussi sur la vie quotidienne des Maghrébins : barda, djellaba, souk, etc.

L’immigration des Maghrébins en France

Après l’Indépendance, beaucoup d’Algériens quittent leurs pays pour la France. La population maghrébine en France était composée d’étudiants et d’ouvriers travaillant dans les conditions défavorables.

Les Arabes établis en France gardent leurs coutumes, leurs traditions et leur langue. L’Arabe fait partie de la vie quotidienne des Français. Pour cette raison, nous pouvons suivre les mots à l’origine arabe installés en français, par exemple : roumi, soua ou toubib, etc.

Conflit israélo-arabe4.3.5 Conflit israélo-arabe
Il faut aussi mentionner le conflit israélo-arabe. La presse française, comme celle des autres pays, désigne régulièrement ce conflit. Les journalistes français utilisent les termes arabes pour décrire ce conflit : djihad, hizballah, moudjahiddin, etc. Quelques mots, comme djihad, datent de la période des Croisades.

DEUXIÈME PARTIE (PRATIQUE)
L’origine des emprunts enrichissant le vocabulaire français est très discutée. Même les auteurs, occupant de cette question, s’opposent. En consultant diverses listes des emprunts arabes venus en français, j’ai constitué plus que 250 mots d’origine arabe, relevés des dictionnaires

* REY-DEBOVE, J., REY, A. Le Petit Robert : dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française. Paris : Dictionnaire Le Robert, 2001.

* REY, A. Dictionnaire historique de la langue française. (2 volumes). Paris : Dictionnaire Le Robert, 2000

* GOUDAILLER, J.-P. Comment tu tchatches!. Le Poiré-sur-Vie : Compo-Méca s.a., 2001. ISBN 2-7068-1476-4, qui créent notre corpus.

Dans la partie pratique, je classe les emprunts arabes selon les domaines d’appartenance en arabe. Les emprunts sont complétés par la datation, l’origine étymologique et la définition. Pour compléter cette partie, je joins le chapitre sur l’intégration et l’adaptation les mots arabes dans le système grammatical français.
Lire le mémoire complet ==> (Emprunts arabes en français : Arabe et Langues arabes)
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LANEYRIE-DAGEN, N. Mémoire de la France : Des origines à nos jours. Paris : Larousse, 2001. ISBN 2-03-505268-8. pp. 84 – 85
SOURDEL, D. Histoire des Arabes. Paris: PUF, 1991. ISBN 2-13-043924. p 108
LANEYRIE-DAGEN, N. Mémoire de la France : Des origines à nos jours. Paris : Larousse, 2001. ISBN 2-03-505268-8. p 588
LANEYRIE-DAGEN, N. Mémoire de la France : Des origines à nos jours. Paris : Larousse, 2001. ISBN 2-03-505268-8. pp. 588 – 589
SIRINELLI, J.-Fr. La France de 1914 à nos jours. Paris : PUF, 2004. p 303
SIRINELLI, J.-Fr. La France de 1914 à nos jours. Paris : PUF, 2004. pp 293 – 316
SIRINELLI, J.-Fr. La France de 1914 à nos jours. Paris : PUF, 2004. p 316