L‘histoire de la langue française

By 12 April 2012

3 – L’histoire de la langue française

3.1 – Naissance et évolution du français

L’emprunt est un phénomène linguistique dont l’étude va de pair avec l’histoire de la formation d’une langue.

Le français est une langue romane. Sa grammaire et la plus grande partie de son voabulaire sont issues du latin. Il ne s’agit pas de latin littéraire, mais du latin populaire, dit parfois le latin vulgaire. Au Ve siècle, quand le latin atteint l’unilinguisme, les langues gauloises disparaissent toutes.

Les Serments de Strasbourg, qui confirment en 842 l’alliance entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, sont considérés comme le plus ancien document écrit en français.

Au Moyen Âge, la langue française est formée d’une multitude de dialectes et d’autres langues qui varient selon les régions :

* diverses variétés de langues d’oïl (picard, poitevin, normand, etc.)
* diverses variétés de langues d’oc ainsi que le catalan (gascon, provençal, languedocie, etc.)
* diverses variétés de langues du franço-provençal.

Le français n’est que la langue minoritaire parlée dans la région de l’Île-de-France (comme langue maternelle) et en province par une bonne partie de l’aristocratie (comme langue seconde). Avec l’établissement de la monarchie capétienne, c’est la langue d’oïl qui s’impose progressivement.

Au Xe siècle, la France est, comme tous les autres pays d’Europe à cette époque, un pays bilingue. D’un côté, la grande partie de la population parle la langue vulgaire, qui est aussi celle des chefs-d’oeuvre de la littérature ancienne (la Chanson de Roland, le Roman de la rose …) ; d’autre côté, le latin est la langue de l’Église, des clercs, des savants et de l’enseignement.

Malgré la progression continue du français, cette coexistence se prolonge jusqu’au XVIIe siècle et même bien plus tard dans le monde de l’Université et dans celui de l’Église.

3.2 – Français, langue d’une nation

L’extension de l’usage du français est proportionnelle, pour une large part, aux progrès de l’administration et de la justice royale dans le pays. L’épanouissement de la langue française et la généralisation de son emploi sont des facteurs déterminants dans la construction de la nation française.

Le français commence à être perçu comme un moyen d’unification de la justice tout en la rendant plus proche du peuple. Mais l’événement le plus important est la célèbre ordonnance royale de François 1er en 1539 : l’édit de Villers-Cotterêts qui impose le français comme langue administrative au lieu du latin. …François Ier, relative à l’organisation de la justice, a stipulé que, pour éviter des difficultés d’interprétation sur les termes latins, tous arrêts et autres procédures seraient « prononcer, enregistrez et déliurez aux parties en langage ‘ maternel’ français ». Voici les articles concernant la langue française :

Article 50

Que des sépultures des personnes tenans bénéfices, sera faict registre en forme de preuve, par les chapitres, colléges, monastères et cures, qui fera foi, et pour la preuve du temps de la mort, duquel temps sera fait expresse mention esdicts registres, et pour servir au jugement des procès où il seroit question de prouver ledit temps de la mort, au moins, quant à la récréance.

Article 51

Aussi sera fait registres, en forme de preuve, des baptêmes, qui contiendront le temps et l’heure de le nativité, et par l’extrait dudict registre, se pourra prouver le temps de majorité ou minorité, et sera pleine foy à ceste fin.

Article 110

Et afin qu’il n’y ait casue de douter sur l’intelligence desdits arrêts, nous voulons et ordonnons qu’ils soient faits et écrits si clairement, qu’il n’y ait ni puisse avoir aucune ambiguité ou incertitude ne lieu à demander interprétation.

Article 111

Et pour ce que telles choses sont souvent advenues sur l’intelligence des mots latins contenus esdits arrests, nous voulons d’oresnavant que tous arrests, ensemble toutes autres procédures, soient de nos cours souveraines et autres subalternes et inférieures, soient de registres, enquestes, contrats, commissions, sentences, testaments, et autres quelconques, actes et exploicts de justice, ou qui en dépendent, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties en langage maternel francois et non autrement.

Ainsi le public du pays est indissociablement lié à l’emploi scrupuleux du « langage maternel français ». Ce texte doit être rapproché de la Deffence et Illustration de la langue françoyse (1549). Le manifeste du groupe « Pléiade », proclame l’excellence et la prééminence du français en matière de poésie.

En 1635, Richelieu crée l’Académie française qui est chargée de rédiger un dictionnaire, une grammaire, une rhétorique et une poétique et de veiller sur la langue française. …Richelieu en 1632 en a fait une institution d’état chargée de faire des livres théoriques, de vrais codes de langue. Le dispositif imaginé par Richelieu est si parfait qu’il franchit les siècles sans modification majeure : le pouvoir politique ne saurait sans abus intervenir directement sur la langue.

L’éclat et la puissance de la monarchie française, la culture, les perfectionnements apportés à la langue par l’Académie et les grammairiens font que le français dépasse rapidement le cadre de la nation aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le français devient la langue de l’aristocratie et des personnes cultivées et la langue de la diplomatie. …il (le français) était plus ou moins la langue de cour et d’académie dans divers pays : Piémont, Autriche, Suède, Russie, Hongrie… La langue française déborde largement l’empire politique et économique de la France.

3.3 – Transformations et réformes de l’orthographe

La période 1789-1870 connaît des changements de régimes, mais aussi une transition en français contemporain. La période révolutionnaire met en valeurs le sentiment national qui influence le domaine de la langue. Les révolutionnaires veulent proclamer leur idée « République unie et indivisible », mais elle ne peut pas se concilier avec le morcellement linguistique et avec le particularisme des anciennes provinces du régime monarchique. Pour cette raison, ils déclarent la guerre aux patois. Par la suite, il paraît nécessaire d’imposer le français par des décrets rigoureux à travers toute la France. Le décret du 2 Thermidor (20 juillet 1794) sanctionne cette terreur linguistique. À partir de ce moment, les patois locaux sont littéralement pourchassés. Voici les articles de ce document :

Article 1er

À compter du jour de la publication de la présence loi, nul acte public ne pourra, dans quelque partie que ce soit du territoire de la République, être écrit qu’en langue française.

Article 2

Après le mois qui suivra la publication de la présente loi, il ne pourra être enregistré aucun acte, même sous seing privé, s’il n’est écrit en langue française.

Article 3

Tout fonctionnaire ou officier public, tout agent du Gouvernement qui, à dater du jour de la publication de la présente loi, dressera, écrira ou souscrira, dans l’exercice de ses fonctions, des procès-verbaux, jugements, contrats ou autres actes généralement quelconques conçus en idiomes ou langues autres que la française, sera traduit devant le tribunal de police correctionnelle de sa résidence, condamné à six mois d’emprisonnement, et destitué.

Article 4

La même peine aura lieu contre tout receveur du droit d’enregistrement qui, après la mois de la publication de la présente loi, enregistrera des actes, même sous seing privé, écrits en idiomes ou langues autres que le français.

Mais la terreur linguistique ne détruit pas les patois. Très souvent, les administrations locales préfèrent traduire les documants en patois ou en dialecte plutôt que d’utiliser le français.

Au XIXe siècle, le développement de l’institution scolaire contribue à figer l’orthographe, en suscitant de grands projets de réforme. Le système éducatif a besoin de règles fermes qui puissent être enseignées aux élèves. Au terme de débats passionnés, deux arrêtés fixent, en 1900 et 1901, de simples tolérances orthographiques et syntaxiques pour les examens et concours de l’Instruction publique.

3.4 – Politique linguistique d’aujourd’hui

À cause de massive importation des mots anglo-américains dans le lexique français, les autorités gouvernementales complètent le dispositif de régulation de la langue.

À partir de 1972, des commissions ministérielles de terminologie et de néologie sont constituées pour éviter tel ou tel mot étranger, ou pour désigner une nouvelle notion ou un nouvel objet encore innomés. On ne dit plus, par exemple, tie-break mais jeu décisif ou baladeur pour walkman.

En 1975, la loi « Bas-Lauriol » du 31 décembre rend l’emploi du français obligatoire dans différents domaines, comme l’audiovisuel ou le commerce (publicité) et dans le monde du travail. Au 25 juin 1992, un nouvel alinéa est ajouté à l’article 2 de la Constitution : La langue de la République est le français.

Article 1er

Dans la désignation, l’offre, la présentation, la publicité écrite ou parlée, le mode d’emploi ou d’utilisation, l’étendue et les conditions de garantie d’un bien ou d’un service, ainsi que dans les facteurs et quittances, l’emploi de la langue française est obligatoire. Le recours à tout terme étranger ou à toute expression étrangère est prohibé lorsqu’il existe une expression ou un terme approuvés dans le conditions prévues par le décret n˚ 72-19 du 7 janvier 1972 relatif à l’enrichissement de la langue française. /…/

Pendant les années quatre-vingt-dix, on peut constater que la France adopte une quantité impressionnante de lois portant sur les cultures et les langues régionales, sur les collectivités territoriales et la langue française. Il s’agit au moins une douzaine de lois, une vingtaine de décrets, plus de 40 arrêtés et autant de circulaires administratives. La plupart de ces textes juridiques, dont la loi du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française – « loi Toubon », visant avant tout la langue de l’enseignement et la terminologie française.

En 1990, le Conseil supérieur de la langue française publie au Journal officiel un document intitulé Les rectifications de l’orthographe avec les principales modifications : la soudure d’un certain nombre de noms composés (p.e. portemonnaie), l’harmonisation du pluriel des noms composés avec celui des simples (un perce-neige – des perce-neiges), la rectification de quelques anomalies graphiques (p.e. charriot, nénufar), etc.

3.5 – Le vocabulaire du français

3.5.1 – Les mots du fonds primitif et emprunts

Le fonds primitif de la langue française est issu de la prononciation du latin populaire parlé en Gaule à la fin de l’Empire romain.

Le plus ancien fonds gaulois se réduit à quelques dizaines de termes ruraux : charrue, chêne, glaner, etc.

Au IIIe siècle, la pénétration germanique commence par l’immigration des mercenaires et des travailleurs ruraux. Les Francs donnent aux divers locuteurs romans de nombreux termes liés avec la guerre et avec les institutions : franc, guerre, riche, etc.

Des emprunts au latin sont le plus importants. Depuis le IXe siècle, la langue vulgaire commence à s’enrichir de termes puisés à la langue des clercs et au latin ecclésiastique, au latin scolastique et scientifique du Moyen Âge. Il s’agit très souvent des mots abstraits. Dans de nombreux de cas, le mot d’emprunt, qui reproduit la forme latine, double un mot primitif de même origine, mais dont l’évolution phonétique masque l’étymologie, par exemple hôtel/ hôpital, écouter/ ausculter, parole/ parabole, etc.

Parallèlement avec le latin, nous pouvons suivre les emprunts au grec qui présentent la langue de médecines, de philosophe et aussi de poètes. Parmi les emprunts grecs, nous pouvons citer : phrase, mythe, thèse, politique, etc.

Dès le XIIe siècle, à cause de l’instauration des relations commerciales, des mots orientaux, arabes ou byzantins, s’intègrent dans le vocabulaire français. Les mots comme : chiffre, zéro, amiral, etc.

Le vocabulaire français est aussi enrichi par les emprunts à l’italien dont les apports principaux se trouvent au moment de guerre d’Italie, fournissant de nombreux mots au lexique de la guerre (attaquer, canon, citadelle, etc.), de la vie mondaine (courtisan) du commerce (banque) et de l’art (concerto, ténor, fresque).

Par ailleurs, l’espagnol, utilisé comme l’intermédiaire entre les langues d’Amérique et d’Afrique, influence le français, surtout au début du XVIIe siècle.

Les mots d’origine néerlandaise enrichissent le vocabulaire maritime, celui des Normands.

L’apport anglais est notable au vocabulaire français dans les divers domaines : politique (parlementaire), technique (tunnel), alimentaire (bifteck), etc.

Les mots venus de l’allemand sont moins nombreux et sont limités surtout aux vocabulaires spéciaux, comme les termes militaires (képi, bivouac, etc.). Le succès des domaines russes du dernier tiers du XIXe siècle introduit en français de nouvelles expressions : moujik, cosaque, etc.

3.5.2 – Dérivation, composition, abréviation

Il ne faut pas oublier que la langue a aussi ses resssources propres : la dérivation, la composition, l’abréviation et la transformation analogique.

La dérivation

Les dérivés sont formés soit à l’aide de préfixes, dont beaucoup peuvent fonctionner ailleurs, comme prépositions (à, en, par) ou comme adverbes (bien), soit à l’aide de suffixes, qui n’ont aucune existence isolée. On peut distinguer les suffixes primitifs remontant au latin populaire (-âtre), et des suffixes du latin (-teur), du grec (-isme), etc.

Le français connaît, à côté de la dérivation préfixale et suffixale, la dérivation sans suffixe (suffixation zéro) et surtout les déverbaux.

La composition

La composition est de deux types : la composition, proprement dite, par réunion de mots français, avec ou sans préposition (pot-au-feut), et la recomposition, qui unit des radicaux savants d’origine gracque ou latine.

L’abréviation

L’abréviation est le raccourcissement d’un mot ou d’un groupe de mots, représenté par une letre ou par des lettres issus de ce mot. Pour les noms des firmes ou d’administrations,etc, les langues européennes généralisent l’abréviation par les initiales, par exemple : S.N.C.F. – Société nationale des chemins de fer français.

Lire le mémoire complet ==> (Emprunts arabes en français : Arabe et Langues arabes)
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GUILBERT, L. La créativité lexicale. Paris : Larousse, 1975. ISBN 2-03-070340-0. p 89
COHEN, M. Histoire d’une langue : le français (des lointaines à nos jours). Paris : Messidor/ Éditions sociales. 1987. pp 159 – 160
Recueil général des anciennes lois francaises (Bibliothèque de l’Assemblé nationale) [en ligne] – www.assemblee-nationale.fr/histoire/villers-cotterets.asp
COHEN, M. Histoire d’une langue : le français (des lointaines à nos jours). Paris : Messidor/ Éditions sociales. 1987. p 187
COHEN, M. Histoire d’une langue : le français (des lointaines à nos jours). Paris : Messidor/ Éditions sociales. 1987. p 222
Décret du 2 Thermidor, An II, sur la langue française [en ligne] – www.tlfq.ulaval.ca/axl/francophonie/Decret-2_thermidor-terreur.htm
Historique des textes législatifs LOI No 75-1349 DU 31 DÉCEMBRE 1975 [en ligne] –  www.culture.gouv.fr/culture/dglf/lois/archives/31_12_75.htm
Académie française [en ligne]  www.academie-francaise.fr
DAUZAT, A. Nouveau dictionnaire étymologique et historique. Paris: Larousse, 1964,  p. VI
DUBOIS, J., MITTERAND, H., DOUZAT, A. Dictionnaire étymologique. Paris : Larousse, 2001. ISBN 2-03-532057-7. pp VII – X