Evolution de l’Amucss : acteur clé de Microfinance au Mexique

By 6 April 2012

2- L’Amucss, commanditaire de l’étude : contours et stratégies

2.1 – Evolution de l’Amucss comme acteur clé de la Microfinance au Mexique

Origine de l’Amucss

L’Association Mexicaine d’Unions de Crédit du Secteur Social (Amucss) a débuté son activité en 1990, lorsque 36 unions de crédit décident de se réunir. L’objectif de cette union est d’apporter un appui technique à des organisations de crédit paysannes, mais également de disposer d’un organe de représentation sociale et d’interlocution avec les représentants gouvernementaux.

L’économie paysanne a subi, durant les années 1980 et 1990, de nombreuses crises qui ont ébranlé tout le secteur. A cette époque, les Unions de Crédit fonctionnaient à 80% grâce à des prêts bancaires de la Banque de Développement. Cet organe gouvernemental, en plus des prêts octroyés, orientait les politiques agricoles, les prêts devant être destinés aux cultures décidées par l’Etat.

Les principales crises de 1986-1988 et de 1995-1996, ont entraîné une inflation importante qui a fortement élevé les taux d’intérêts. Ces évènements ont fait chuter la majorité des Unions de Crédit. Dès 1993, l’Amucss cherche donc des alternatives pour diminuer la dépendance que ces unions avaient avec la Banque de développement. Ceci afin d’atténuer le risque financier mais également pour pouvoir financer une plus grande variété de projets agricoles. Cette recherche d’une plus grande indépendance économique a impulsé la création des premières coopératives d’épargne.

Les travaux de l’IRAM sur la « BancoSol » en Bolivie ou le « Crédit Rural de Guinée » ont alors inspiré un nouveau modèle d’intermédiation financière, que l’Amucss lancera entre 1998 et 1999, dans 2 états du Mexique. Ces « banques paysannes » suivent un modèle inspiré par d’autres organismes de microfinance présents dans d’autres pays d’Amérique latine (Panama, Nicaragua) qui regroupe certaines caractéristiques (Sulmont, 2008, p48) :
– Création d’institutions locales durables, autonomes et indépendantes de tout projet de développement gouvernemental ou privé.
– Proposer une intermédiation financière complète en mêlant l’offre d’épargne et de crédit.
– Proposer des crédits de libre disponibilité et pas seulement du crédit agricole.
– Opérer au moyen de méthodologies efficaces en s’appuyant sur les expériences internationales.

Ces intermédiaires financiers, au départ créés au sein d’organes locaux ou de l’Amucss, se sont unifiés à un niveau régional en 2004, sous la forme juridique de société civile. Sept réseaux de microbanques, ont ainsi vu le jour dans 5 états du Mexique.

Les deux microbanques intégrées à l’étude anthropologique que j’ai menée se situent, l’une à San Agustín Loxicha, appartenant au réseau « Fincoax » qui compte 5 autres succursales dans l’Etat de Oaxaca et l’autre à Totolapa, rattachée au réseau « Eco de la Montaña » qui comprend 4 établissements dans la région montagneuse de l’Etat de Guerrero.

Stratégies d’un acteur multiple

Evolution de l’AmucssAujourd’hui l’Amucss emploie une trentaine de personnes et a étendu son domaine d’action. Elle joue un rôle de plateforme de la microfinance grâce à sa position privilégiée d’acteur de référence auprès des politiques nationaux, et, de par sa forte participation aux débats internationaux sur le sujet. Pourtant malgré sa volonté d’indépendance et d’autonomie financière, l’Amucss peine à concrétiser ce passage. L’investissement, que la directrice et tous les employés consacrent à la relation avec leurs financeurs et la recherche de nouveaux bailleurs de fonds, est, chaque année, fondamental pour la survie de l’organisme. Si l’on observe l’évolution des donateurs de l’Amucss, la part de plus en plus croissante des financeurs publics témoigne de la reconnaissance dont elle jouit auprès du gouvernement mexicain. A partir de 2006, c’est auprès de la Financiera Rural, organisme public de gestion des organisations de finances rurales, que l’Amucss obtient la majeure partie de ses fonds (3 millions de dollars US en 2006 et 7 millions en 2007) (Sulmont, 2008, p136).

Ces dernières années, l’Amucss a été l’initiateur de nombreux projets cherchant sans cesse à autonomiser son action par la constitution d’outils de travail propre. Elle soutient ainsi la création d’un service de transferts d’argent, le développement d’un système d’information pour la gestion des Microbanques, un service de micro assurance, une aire de recherche, une aire d’appui aux projets productifs… L’ensemble de ces services sont proposés aux Microbanques de son réseau mais également à toutes les institutions financières intéressées.

Certains de ces services ont quitté l’entité d’Amucss pour devenir des sociétés civiles indépendantes. Amucss reste alors présent en tant que membre du Conseil d’Administration et donateur de la société. Amucss sert ainsi d’organisme d’appui à ces nouveaux projets, leur permettant de profiter de la structure administrative, de son influence et de son réseau pour aider au lancement de ces nouveaux services. Pour l’Amucss, ce positionnement placé sur l’innovation, la recherche et l’indépendance lui confère une réelle reconnaissance d’acteur référent de la microfinance.

Quand la microfinance cible les migrants
Université de Provence Aix-Marseille 1 – Département d’Anthropologie
Master professionnel « Anthropologie & Métiers du Développement durable » – Mémoire de recherche appliquée