Les emprunts : Le français et L‘arabe

By 12 April 2012

5 – Les emprunts (Problème d’intégration)
Le contact mutuel entre deux langues produit des échanges qui se traduisent par des emprunts réciproques. Le français a enrichi son lexique par des sources diverses : le latin et le grec, mais aussi l’arabe, l’italien, l’allemand et surtout l’anglais.

Il importe de discerner les étapes de l’adoption de mot nouveau. On distingue d’abord la situation où le terme étranger est introduit dans le corps d’une phrase française à un signifié propre à la langue étrangère. En ce cas, on parle de xénisme. Dans cette catégorie entrent d’abord tous les noms propres, patronymes qui désignent les hommes appartenant à l’histoire du pays concerné ou à la société contemporaine, noms géographiques de fleuves, de villes. Ces mots ont souvent formes de citation et ils sont employés dans les reportages. Facillement, on peut dire que le xénisme désigne le terme étranger qui reste toujours étranger.

La situation d’emprunt commence à partir du moment où les choses sont introduites dans la langue étrangère et où la communauté linguistique accueille à la fois les références et le terme qui les désigne. On appelle « emprunts » les élements qu’une langue, au cours de son histoire, a pris à d’autre langue. Ce que l’on emprunt le plus facilement, ce sont des mots, spécialement des noms, des verbes et des adjectifs. Il faut que la volonté d’adoption se manifeste par une certaine extension du terme étranger.

Le terme étranger cesse d’être néologique à partir du moment où il est entré dans le système linguistique de la langue d’accueil.

Les procédés d’adaptation des emprunts sont multiples. Nous pouvons suivre cinq types de l’installation d’un terme étranger dans le système linguistique d’une langue d’accueil, parce que la langue prêteuse (l’arabe classique ou l’arabe dialectal) a beaucoup de différences par rapport au système français. Ainsi, il faut, dans beaucoup de cas, adapter les mots locaux aux exigences de prononciation et de fonctionnement des mots français en général.

5.1 Intégration phonologique
L’intégration phonologique est accompagnée souvent par l’intégration graphique. Très souvent, une double prononciation s’installe : l’une francisée, l’autre formée selon le système phonétique d’origine. C’est le cas du mot casbah « citadelle d’un souverain, dans les pays arabes », écrit casbah ou qasbah et prononcé /kasba/ ou /qasba/. Deux prononciations marquent une certaine difficulté en intégrant le mot au système du français.

Les autres types de l’intégration phonologique :

La consonne pharyngale ع, inconnu en français, tend à être remplacée par une voyelle ou simplement disparaît. Par exemple : alem/uléma « savant en théologie ».

Au contraire, les emprunts comportant le phonème /x/, qui n’existe pas en français et qui est orthographié kh, maintient leurs prononciations d’origine. Par exemple : cheik(h) /ʃεx/ « chef de tribu dans un pays arabe ». Il existe aussi quelques exceptions, par exemple : khalife où la fricative postpalatale /x/ devient /k/, par exemple : calife.

Les affriquées en position initiale sont maintenues dans la variété régionale du français. Soit le /dʒ / – djihad /dʒihad/, soit le /tʃ/ qui indique les mots introduits en français par l’intermédiaire espagnol : tchamir /tʃamir/ « robe longue ».

La longueur est en français indiquée par des accents, par exemple : maqâm /maqa:m/, ou simplement supprimée.

5.2 Intégration graphique
Les emprunts à l’arabe sont généralement peu intégrés. Les procédés ont pour but de conférer à l’emprunt une appartenance française. Très souvent, une graphie arabe est simplifiée. Nous pouvons suivre quelques procédés d’intégration graphique.

* L’intégration graphiquement est renforcée par la présence d’accents français, par exemple : médina.

* Certaines caractéristiques arabes restent, une graphie conserve le phénomène d’apostrophe propre à l’arabe, par exemple : k’hôl « produit cosmétique ».

* On peut aussi noter l’apparition d’un e muet qui n’existe pas en arabe, par exemple moudjahiddines.

* Le remplacement :
Du ou par le u, par exemple : sounna > sunna

Du k par le c qui est plus typique pour le système français, par exemple : karrûba > caroube

Du q par le qu, aussi plus habituel pour le français, par exemple : tariqa > tariqua « voie mystique ».

5.3 Intégration morphosyntaxique
Cette intégration est capitale, parce qu’elle forme le noyau dur de la langue. Elle soulève de nombreux problèmes d’adaptation des catégories langagières de la langue source (arabe) à la langue cible (français), par exemple : le nombre ou le genre, etc.

Le nombre

Le mode de formation du pluriel est variable, ainsi, il ne répond à aucune norme systématique.

Les journalistes français d’Afrique du Nord se sont en effet généralement initiés à la langue arabe. Aussi écrivent-ils parfois non sans pédantisme, des moqqademines, des chioukh(s), (pluriel de cheikh), et même des diour(s) (pluriel de dar).

Nous pouvons voire les possibilités suivantes :
* Le pluriel est arabe, il s’agit d’une variante graphique du vocable. Le pluriel n’est pas noté grammaticalement, mais sémantiquement.

* Le pluriel est formé selon le système français. La morphologie du pluriel arabe est supprimée et laisse place au –s du pluriel français.

* La formation du pluriel est une combinaison des deux systèmes, c’est-à-dire il intègre à la fois un signifiant arabe et un signifiant français.

Le genre

Le genre des emprunts correspond, dans la majorité des cas, à celui de la langue d’emprunt. Les exceptions sont par exemple : calif et henné qui sont à l’origine féminine, mais ils ont du genre masculin en français.

Il arrive que le genre soit fluctuant, par exemple : caïdat, tantôt féminin, tantôt masculin.

5.4 Intégration morpholexicale
On peut dire que l’emprunt est tout à fait intégré dans l’usage de la langue d’accueil quand il est utilisé pour la dérivation ou pour la composition du même qu’un mot autochtone.

5.5 Intégration sémantique
L’emprunt peut conserver son sens ou il peut prendre dans la langue d’accueil des sens différents.

Ainsi il peut :
* Conserver dans la langue emprunteuse son sens original alors qu’il a profondément changé dans la langue source
* Se trouver transféré à des choses ou à des notions qui ne sont pas complément identiques à celles qu’il indique dans sa langue
* Perdre sa polysémie au profit d’une monosémie dans sa langue d’accueil.,
Lire le mémoire complet ==> (Emprunts arabes en français : Arabe et Langues arabes)
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GUILBERT, L. La créativité lexicale. Paris : Larousse, 1975. ISBN 2-03-070340-0. p 92
GREVISSE, M. Le bon usage : grammaire française. Paris : Duculot 1993, p 190
Transcription selon API, viz ANNEXE 1
Le regionalisme du français marocain
LANLY, A. Le français d’Afrique du nord : (Algérie – Maroc). Paris : Presse univeritaire de France, 1962. p 116
BENZAKOUR, F. Le français au Maroc – Lexique et contacts de langues. Bruxelles : Edition Duculot, 2000. ISBN 2-8011-1260-7. pp. 119 – 122
LANLY, A. Le français d’Afrique du nord : (Algérie – Maroc). Paris : Presse univeritaire de France, 1962. pp. 112 – 121