Le café : une agriculture résistante mais en péril

By 7 April 2012

1.3 – Le café : une agriculture résistante mais en péril

Le café est la culture principale dans pratiquement toute la Municipalité. Etant donné l’importante variation des altitudes et des climats, cette culture ne connaît pas la même importance partout. Cependant, depuis les années 1950, les caféiers (arbres à café) ont envahi la plupart des terres agricoles. A cette époque et durant quelques décennies, le café était un commerce intéressant. La terre était fertile et produisait sans nécessiter aucun fertilisant.

Les propriétés de la terre permettaient un rendement optimal pour le producteur, et le réseau commercial lui garantissait un certain revenu. En effet, jusqu’en 1989, l’Etat mexicain, à travers IMECAFE (Institut Mexicain de Café) se chargeait de la commercialisation des graines. Le producteur savait qu’il avait un acheteur sûr, à qui il pouvait vendre toute sa production à un prix stable.

Benjamín est producteur de café, tout comme son père l’était. Il a migré une année aux Etats-Unis en 1995 dans les champs de Tabac du Sud du pays. Depuis il a toujours travaillé la terre ; il possède quelques hectares mais qui ne lui suffisent plus pour vivre. Il fait donc d’autres activités en parallèle comme l’installation de câbles électriques.

« Avant, le café était un bon commerce… non seulement on pouvait le vendre à un bon prix mais en plus il n’y avait pas de peste, rien de tout cela… les anciens racontent qu’avant il suffisait de semer et la terre produisait… elle donnait sans qu’il y ait besoin d’aucun produit chimique… aujourd’hui ce n’est plus possible. »

Les conditions de commercialisation et de production ont connu de nombreux bouleversements à partir des années 1990. La disparition d’IMECAFE (1989) a marqué la rupture avec le protectionnisme habituel de l’Etat mexicain. En plus de l’appui commercial que cet Institut assurait, il proposait des crédits aux paysans via des programmes publics qui permettaient une aide considérable.

Les années 1990 correspondent également à la signature des accords de l’ALENA qui imposent le libre commerce. Cette mesure s’est répercutée de manière forte sur les petits producteurs, pour qui la concurrence avec les Etats du Nord a été insoutenable.

De plus, en Amérique Latine, de nombreux pays ont opté pour la culture du café, ce qui a inondé le marché du café et a fait considérablement baissé son cours. Il a perdu, à cette période, plus de 60% de sa valeur. Depuis, le prix du café se caractérise par son instabilité et son imprévisible variation.

La culture du café est assurée par de petits producteurs. Les domaines agricoles sont restreints et sont, en général, la ressource principale des familles. Dans la Municipalité de San Agustín Loxicha, l’instabilité provoquée par ces nouvelles règles commerciales a profondément touché ces familles. A ces difficultés, se sont rajoutés des bouleversements climatiques et agricoles qui menacent aujourd’hui l’agriculture de la région et donc tout son système économique.

Les décennies de monoculture ont vidé la terre de ces propriétés riches et nutritives qui permettaient, auparavant, de tout cultiver sans utiliser de fertilisants. La nécessité d’engrais est apparue incontournable dans les années 1990. Les caféiers, plantés pour la plupart dans les années 1950 et 1960, n’ont pas une durée de vie éternelle et montrent depuis quelques années des signes de vieillissement. La plantation de nouveaux arbres contraint le paysan à ne rien récolter pendant 3 à 4 ans, et rend donc cette transformation économiquement impossible. De plus, en 1997, l’ouragan Paulina a dévasté la région, et arraché de nombreux caféiers. Tous les producteurs s’accordent à dire que cette catastrophe a marqué le début d’une baisse drastique des rendements. Les paysans récoltent jusqu’à 3 fois moins de graines sur une même parcelle.

agriculture de caféIl semblerait que ce soit l’accumulation de tous ces facteurs qui affecte aussi vigoureusement le rendement des terres. Et, compte tenu de la forte variation du prix du café, cette culture est devenue de moins en moins rentable. Beaucoup ont ainsi commencé à délaisser leurs terres.

La plus grande difficulté pour une Municipalité telle que San Agustín Loxicha est de s’adapter à ces bouleversements, alors que, depuis des décennies, l’essentiel de ses ressources économiques se sont basées sur la seule culture du café. La configuration montagneuse de la région empêche toute agriculture extensive. Les terres en pente et en altitude limitent également fortement les alternatives agricoles. Pourtant, malgré les difficultés auxquelles se confrontent les paysans, le café reste encore la principale ressource pour la majorité des familles. Auparavant, le café permettait aux familles de vivre et de générer des bénéfices, désormais cette culture permet de rembourser les frais de récolte (fertilisant, journaliers agricoles…) et d’en conserver une petite partie pour leur propre consommation. Généralement, leurs recettes ne parviennent pas à compenser les dépenses de toute une année.

Il convient de rappeler que la situation du village de San Agustín Loxicha est différente de celle des communautés environnantes. En effet, à San Agustín Loxicha, la présence d’écoles, du marché hebdomadaire et du corps politique de la Municipalité permet une certaine activité commerciale, absente dans les communautés. Mais, la faiblesse des opportunités de travail dans la région pousse de plus en plus de personnes à migrer vers les grandes villes du pays et parfois vers les Etats-Unis.

Quand la microfinance cible les migrants
Université de Provence Aix-Marseille 1 – Département d’Anthropologie
Master professionnel « Anthropologie & Métiers du Développement durable » – Mémoire de recherche appliquée