Atouts des économies insulaires, Développement touristique

By 15 April 2012

3. Les atouts des petites économies insulaires.

On peut présenter les avantages des économies insulaires en les divisant en deux catégories distinctes : les ressources naturelles (relief, paysage, climat, mer, rivières, fleuves, lacs, faune, flore), et le patrimoine historique, artistique et culturel.

3.1. Les ressources naturelles.

Toute particularité d’un site quelconque peut être un atout pour le développement touristique de ce dernier puisque, nous l’avons vu dans le premier chapitre, il existe un grand nombre de type de tourisme nécessitant différentes particularités, naturelles en premier lieu, « artificielles » ensuite. On entend ici par artificielle les aménagements apportés par l’homme pour rendre le site, selon le type d’activité choisi, plus attractif et donc plus compétitif, allant par exemple, du sentier pédestre à la station de ski. Sans vouloir dévoiler trop vite l’idée de stratégie de développement présentée dans cette étude, on comprend déjà l’importance du choix de l’implantation d’une activité plutôt qu’une autre selon les caractéristiques « intrinsèques » du terrain.

Le premier facteur naturel, le relief, fournit de nombreux exemples explicatifs de cette théorie. En effet, si l’on considère le tourisme balnéaire, la longueur du littoral sera l’atout majeur d’une île. Ainsi, pour une même superficie, deux régions insulaires ne disposeront pas forcément de la même « quantité » de côtes. La représentation suivante (Graphe 1.6.) montre bien que la forme « étoilée » de la région 2 lui confère un avantage certain sur la 1 s’agissant de l’exploitation d’activités nautiques car elle dispose d’un plus grand périmètre côtier.

Graphe 1.6.
Observation verticale.
Observation verticale.

Le même raisonnement nous permettra de dire que les courbes de niveaux plus rapprochées dans la zone 1 permettront la mise en oeuvre d’activités sportives totalement exclues pour la seconde (trop « plate ») comme le parapente, le ski ou tout simplement pour bien imager nos propos, la randonnée en montagne. L’observation horizontale de ces mêmes îles (Graphe 1.7.) rend évidentes nos conclusions :

Graphe 1.7.
Observation horizontale
Observation horizontale.

Ces représentations montrent bien que le relief est un élément « incontournable » de l’exploitation touristique d’une zone. C’est lui qui imposera les premières orientations aux acteurs du développement de l’île. Enfin, si l’on constate heureusement que tout type de relief permet la mise en oeuvre d’activités appropriées, on notera tout de même en conclusion que ce qui fera la plus grande force d’une île sera justement la variété de son relief puisqu’elle pourra de ce fait mettre en place toutes les activités qui s’y prêteront.

Inutile de s’étendre trop longuement sur la présence ou non de fleuves, rivières ou lacs que l’on aurait pu inclure, sinon dans le relief lui-même, du moins dans le raisonnement qu’il a suscité. L’activité « pêche en eau douce » n’est exploitable que par les zones pourvues des éléments précités.

Le climat joue aussi un rôle très important dans le choix des orientations des décideurs touristiques. Miser sur le tourisme balnéaire implique un ensoleillement annuel conséquent. Cependant, un climat variable (sur l’année) permettra, comme la diversité du relief, la mise en oeuvre d’une plus grande variété d’activités. On a déjà souligné l’importance de la diversité de l’offre, ainsi, une zone pouvant offrir des activités de plage (farniente ou autre) en saison estivale ensoleillée, des rencontres sportives de voile ou culturelles (Festival du vent) à la saison des vents, et des activités « neige » en hiver, aura un avantage certain par rapport à celle qui ne peut exploiter l’un des créneaux cités dans l’exemple.

Outre l’atout essentiel pour une île de pouvoir diversifier au maximum son offre touristique, quand cette capacité est liée au climat, (elle peut être, nous l’avons vu, engendrée par le relief), elle induit un second avantage majeur qui est celui de l’étalement sur l’année des différentes activités.

En rappelant que le mot tourisme fait naître dans l’esprit du consommateur une idée de voyage, de dépaysement mais aussi de découverte, il vient rapidement que le fait de disposer d’une faune et d’une flore particulière, peu répandue, donc spécifique, est un avantage dans le cadre du développement touristique d’une région. Cet aspect précis donne tout son sens à la notion de « ressources naturelles ». Il faut toutefois souligner que si cette nature est un facteur d’accroissement de la demande, elle « devrait » impliquer dans le même temps une limitation nécessaire de l’offre.

La gestion de telles ressources doit faire l’objet de grandes réflexions destinées à maintenir l’intérêt du site. Il faudra veiller à ce que les différentes exploitations ne les dégradent pas, ne les détruisent pas. Ce qui suppose une protection efficace de l’équilibre écologique et donc une détermination des limites à apporter à leur développement. La sauvegarde de « la poule aux oeufs d’or » sera d’une grande importance dans le choix de la stratégie à adopter.

3.2. Le patrimoine historique, artistique et culturel.

Ces ressources ont la particularité de motiver un déplacement à but purement touristique. De par leur caractère plus ou moins unique, elles permettent au lieu considéré de disposer d’une situation de monopole ou quasi-monopole. Cet effet peut être lié à des monuments, on pense notamment aux Pyramides, à l’Acropole, au Colisé et autre château de Versailles, mais aussi à des oeuvres d’art, comme le tableau de la Joconde. Un site en lui-même peut également provoquer cet engouement, s’il est, par exemple, chargé de faits historiques c’est le cas de lieux tels que Verdun ou les plages de Normandie. Créées par l’homme, la plupart de ces ressources présentent l’avantage de pouvoir être renouvelées ou enrichies (musées) et de constituer des centres d’intérêt originaux, permettant la création de produits touristiques spécifiques, très différents de ceux proposés par d’éventuels concurrents.

3.3.Transformer les atouts en avantages.

Les différents atouts présentés jusqu’ici mettent en évidence deux points essentiels à la conception d’une stratégie de développement touristique efficace : la prise en compte des spécificités du « terrain » d’une part, la nécessité d’une gestion stricte et réfléchie d’autre part.

Le premier point se traduit en économie comme l’utilisation d’un avantage absolu, lié au quasi-monopole que peut impliquer la particularité d’un lieu, impliquant ainsi la possibilité d’offrir un produit touristique unique sur le marché. En économie, cet aspect correspond à l’analyse des fondements théoriques de l’échange international, reprenant la théorie traditionnelle d’Adam Smith. Ce type d’avantages permet à certains pays d’être présents sur le marché international puisque se situant en dehors des affrontements de la concurrence, leur offre devient incontournable.

De plus, les conditions de prix des produits en question deviennent très intéressantes et permettent notamment de mieux pallier les surcoûts provenant entre autres des transports et de la déséconomie d’échelle que nous constations en début de chapitre. Vellas et Cauet fournissent la même explication : « L’avantage absolu correspond en effet à une situation de monopole sur le marché international. En règle générale, ce monopole provient d’un avantage technologique ou commercial, ce qui permet à certains pays exportateurs de produits transformés ou manufacturés de disposer d’une position privilégiée et par conséquent d’accroître les revenus de leurs exportations. Dans le domaine des services et notamment du tourisme international, cet avantage absolu provient plutôt des conditions relatives aux ressources touristiques naturelles ou patrimoniales. Dans ces conditions, les sites touristiques situés dans de nombreuses îles bénéficient de spécificités exceptionnelles qui correspondent largement à des avantages absolus, et qui leur permettent de se différencier de la concurrence d’autres destinations touristiques » (Vellas, Cauet, 1997).

Nous reviendrons, par la suite, plus en détail sur les principales théories de l’échange international. Rappelons que l’on se contente ici, d’analyser les phénomènes économiques liés à l’insularité et à l’isolement et leurs conséquences, afin de pouvoir proposer, dans une seconde partie, une stratégie de développement tenant compte de toutes nos remarques et, autant que possible, pourvue d’un ensemble de « remèdes » donc mieux adaptée au cas étudié.

Le deuxième point permettra quant à lui, s’il est bien appliqué, d’une part de se créer des avantages absolus non issus de situations de monopole, d’autre part, de faire bénéficier à la zone de meilleurs « avantages comparatifs ».

Si un site ne jouit d’aucun monopole sur un produit qui lui serait propre, il pourra tout de même être présent sur le marché en gérant, en exploitant au mieux (pas forcément au maximum) ses atouts. Ceci, dans l’espoir de rendre son offre plus efficiente que celle de la concurrence. Plus efficiente non seulement en ce sens qu’elle provoquerait chez le consommateur une préférence en cette offre qui lui apporterait une plus grande satisfaction globale que l’offre concurrente, mais aussi parce qu’elle pourrait pousser « l’adversaire » à concentrer ces efforts sur un autre produit plus avantageux pour lui (C’est le point de départ du phénomène de spécialisation). De cette façon, même en l’absence d’un produit spécifique (unique sur le marché), on peut obtenir un avantage absolu sur un produit (courant) rendu plus performant.

Cependant, même si tous les efforts mis en oeuvre ne suffisent pas à rendre, aux yeux du consommateur, le produit plus compétitif que celui du voisin, cela peut néanmoins engendrer le même effet de spécialisation. Le concurrent préférera certainement se consacrer à l’exploitation des produits sur lesquels il dispose, comparativement, d’un meilleur avantage absolu. D’où l’intérêt pour une zone de réduire au maximum le « désavantage absolu » du produit qu’elle peut le mieux développer au vu de ses atouts intrinsèques, se dotant ainsi d’un meilleur avantage comparatif. On doit cette théorie à David Ricardo qui, dans le cadre de l’économie internationale, explique que l’analyse des coûts comparatifs montre que chaque pays a intérêt à se spécialiser dans la production de biens ou services dont le coût relatif de production est plus faible qu’à l’étranger. La comparaison des coûts comparatifs de pays à pays permet de montrer le niveau de compétitivité. Ainsi, « de nombreuses destinations insulaires grâce notamment à leur environnement privilégié peuvent redevenir compétitives face aux grandes destinations touristiques traditionnelles et disposer d’un avantage comparatif » (Vellas, Cauet, 1997).

Conclusion.

Sans empiéter davantage sur la section suivante, cette analyse des principales forces et faiblesses des petites économies isolées permet d’envisager avec plus ou moins d’optimisme un possible essor économique qui passerait essentiellement par le secteur tourisme. Toutefois, avant de nous pencher directement sur les différents principes de développement régional proposés par l’analyse économique, nous tenterons de mettre plus en évidence les réelles capacités mais aussi les impératifs du développement touristique auxquels doivent faire face les milieux isolés.

Lire le mémoire complet ==> (Tourisme et Développement Régional)
Proposition d’une stratégie de spécialisation infra-régionale adaptée aux spécificités des petites économies isolées.