L’association Amucss : Remesas et développement

By 6 April 2012

2.2 – L’Amucss se place dans l’arène « remesas et développement »

Au début des années 2000, surgit sur la scène internationale le sujet des remesas et de leur importance croissante au sein de ces communautés. Totalisant près de 25 millions de dollars en 2007, les remesas constituent un tel enjeu que le débat devient rapidement politique. C’est par le regroupement d’un ensemble d’acteurs mêlés à cette thématique que va se former une arène « Remesas et développement » au sens où l’entend Jean-Pierre Olivier de Sardan, c’est à dire comme un lieu d’affrontement politique où vont se confronter différents intérêts et pouvoirs.

L’Amucss entre donc dans cette arène en 2002, appuyée par des chercheurs américains spécialistes des questions de transferts d’argent des migrants. De nombreuses accusations sont portées sur les services de transferts classiques accusés de recouvrir à des taux de change important et d’opérer en toute opacité. Le constat qui est également fait au sujet des remesas est la présence, quasi exclusive, des services de transferts d’argent en zone urbaine. Les femmes de migrants doivent ainsi se déplacer parfois loin pour pouvoir recevoir leur argent. Ces déplacements génèrent non seulement des coûts pour les familles, mais de retour au village, cette nouvelle ressource n’est souvent pas mise à profit. L’épargne se fait à la maison et l’investissement productif est inexistant.

C’est donc avec l’idée de favoriser le rapprochement des familles vers l’IMF et de proposer des taux de change plus économiques pour les migrants que l’Amucss s’engage dans un projet d’expérimentation. C’est son réseau de microbanques qui va servir de « laboratoire de recherche ». Ce projet pilote a pu émerger grâce à la convergence des fonds alloués par l’IAF (Fondation Interaméricaine) et la forte demande d’une microbanque du réseau de Oaxaca. Le chercheur Manuel Orozco, spécialiste des questions d’immigration et initiateur du projet, a également fait du lobbying auprès de la BID (Banque Interaméricaine de Développement) pour financer des projets de bancarisation des remesas. L’Amucss y participe ensuite naturellement puisque c’est la Microbanque qui sert d’illustration à l’argumentaire. En 2004, l’Amucss réussit à obtenir un financement qui provient à 50% du BID et à 50% du Fond International du Développement Agricole (FIDA) pour un projet qui prévoit l’implantation d’un service de transferts de fonds dans 24 de ses 28 microbanques. L’argent récolté va également permettre l’embauche d’une nouvelle personne. Ce nouvel employé, centré sur le thème des remesas, va développer un projet de service de transferts de fonds, qui deviendra, 2 ans après Envios Confianza. Depuis un an, Envios Confianza est une société civile indépendante de l’Amucss.

3 – Objectif de l’enquête
Selon les termes de référence de l’étude à mener, il était demandé d’analyser les impacts de la migration au sein de deux communautés rurales marginalisées du Mexique. Ces deux communautés comptaient une microbanque liée au réseau de l’Amucss et présentaient des histoires migratoires tout à fait différentes. L’enquête devait donc s’inscrire dans une démarche comparative.

La migration était en grande partie appréhendée à travers l’angle des remesas. Quelle importance des transferts, quelle utilisation par les familles, quelle stratégie du migrant, quelles répercussions sociales, économiques et financières sur la famille…? L’objectif était d’approcher cette thématique à un niveau individuel, mais aussi familial et communautaire.

Cette étude était financée par la fondation Tinker, une fondation américaine. L’enquête anthropologique était un des volets d’une étude globale pluridisciplinaire comprenant des socio économistes, des agronomes et mêlait donc des données qualitatives et quantitatives.

Envios Confianza est une société civilePour l’Amucss, cette étude lui devait lui apporter des informations sur la nature des changements économiques, financiers et socioculturels de la population cible et de son environnement, pour mieux comprendre les dynamiques locales en mouvement. Cette reconfiguration du marché entraîne les acteurs à réagir face à ces transformations. L’intérêt de l’Amucss est ensuite de connecter ces observations et ces compréhensions, à la problématique et au rôle d’un organisme de microfinance. L’étude devait également comprendre les évolutions des pratiques financières de populations à travers les remesas.

L’Amucss cherche à se placer non seulement en tant qu’acteur du changement social par son intervention auprès des microbanques mais tient à profiter de sa position privilégiée d’observateur pour la réalisation d’études. Ces études ont généralement un but clair qui est d’identifier les stratégies et les besoins des familles rurales. Cette démarche lui permet également de conserver sa légitimité d’action et de référent grâce à la connaissance qu’elle entretient auprès de sa population cible.

Quand la microfinance cible les migrants
Université de Provence Aix-Marseille 1 – Département d’Anthropologie
Master professionnel « Anthropologie & Métiers du Développement durable » – Mémoire de recherche appliquée