La valeur de l’eau avec l’arrivée de l’islam au Maroc

By 5 May 2011

A- la valeur de l’eau avec l’arrivée de l’islam au Maroc
Après la chute de l’empire romain au 2ème siècle, le Maroc s’est ouvert à la conquête de l’islam surtout par des conquérants arabes islamiques venus du moyen orient qui ont trouvé le pays menant une vie tribale, dont les lois sont crées et appliquées par la communauté sur les plans économique, militaire, social et même religieux.

Avec l’avènement de l’Etat IDRISSIDE  et surtout à l’époque d’IDRISSE II en 808, le choix de la capitale de son royaume (Fès)  était lié à l’eau, puisque cette ville se caractérisait par une abondance des ressources en eau et une fertilité de ses terres.

Ainsi, les premiers fondements de la ville de Fès ont été creusés sur deux rives : « oued jawaher » qui appartenait à deux tribus « zwagha et yazgha », et « oued sbou », ce qui a entrainé un sentiment de sécurité sur l’avenir de la ville en matière d’eau.

– L’influence de l’islam sur le secteur de l’eau :
Elle se manifeste à travers l’interdiction d’utiliser les sources hydrauliques à titre personnel ou communautaire mais par contre leur usage était permis à titre égalitaire pour le bien public.

On note aussi que les Etats qui se sont succédés au pouvoir après l’arrivée de l’Islam ont donné une certaine importance au secteur d’eau surtout avec l’installation des canaux hydrauliques (dans les villes de Fès, Marrakech… ), des aqueducs et la construction des barrages qui caractérisait l’époque des mérinides et Saadiens particulièrement.

Sous le règne du « Mansour Dahbi »[1], l’agriculture a connu un développement sans précédent, il s’agit de la construction des usines pour la production de sucre à Chichaoua, dont une grande quantité était exportée au Nord de l’Amérique.

Pour que chaque culture soit développée, il était impérativement important de s’intéresser à l’amélioration des techniques de l’irrigation, ce qui a mené à la propagation de plusieurs « Khattarat » dans la ville de Marrakech et ses environs.

– Les principes de gestion de l’eau selon l’islam
Selon l’Islam[2], l’eau est  avant tout un bien commun, un cadeau de Dieu permettant de mener une vie durable à laquelle elle est nécessaire : L’eau appartient à l’ensemble de la collectivité c’est-à-dire que personne n’est réellement propriétaire de l’eau.

La grande priorité en matière d’eau est l’accès à une quantité et à une qualité acceptable d’eau potable nécessaire au maintien de la vie humaine, et le droit de chacun à cette part vitale. La deuxième et la troisième priorité concernent les animaux domestiques et l’irrigation.

La gestion de la demande de l’eau repose sur [3]: la conservation de l’eau qui est un élément central de l’Islam. Les mosquées, les écoles et les établissements religieux devraient servir à diffuser ce principe en complément à d’autres efforts religieux ou laïcs ; La réutilisation des eaux usées est autorisée par les préceptes de l’Islam. Toutefois, l’eau doit répondre au niveau de traitement requis pour en garantir la qualité et pour protéger la santé des utilisateurs ; Le recouvrement de la totalité des coûts est permis, ces coûts se rapportent à la mobilisation, le traitement, le stockage et la distribution de l’eau, ils concernent également les coûts de la collecte, de l’épuration et du rejet des eaux usées. La tarification doit toutefois être équitable et efficiente.  Concernant la privatisation de la prestation des services relatifs à l’eau, elle est permise par l’Islam, mais le gouvernement a le devoir d’assurer l’équité et l’efficience de la tarification des services.

La gestion intégrée[4] des ressources en eau prend en considération la consultation (shura) de tous les intervenants ; Tous les membres de la collectivité, hommes et femmes, peuvent jouer un rôle efficace en matière de gestion de l’eau et devraient être encouragés à le faire ; Les collectivités doivent être dynamiques afin d’assurer l’accès équitable aux ressources en eau, ainsi  tous les États-nations sont obligés de partager l’eau de façon juste avec les autres États-nations. Enfin, on peut déduire que la gestion intégrée de l’eau est un outil nécessaire pour établir le juste équilibre entre les secteurs et les régions.

– Le rôle de la jmaa dans la gestion de l’eau :
L’eau constitue depuis très longtemps, un facteur de solidarité sociale entre les habitants d’une tribu ou de plusieurs tribus, surtout quand elle est abondante, mais aussi un facteur de conflit quand cette ressource devient rare.

Pour dépasser ces conflits, les tribus ont été obligées à obéir au concept de la « jmaa » qui a pour objectif d’organiser et  gérer la distribution de l’eau et de renforcer le contrôle social.

Pour mettre fin à ces hostilités, un consensus a été établi entre tous les habitants nommé         «  aaraf » c’est-à-dire des coutumes, considérées comme des règles respectées par tous.

La Jmaa est une institution traditionnelle représentant de manière informelle les habitants d’une tribu ou d’un village, elle  existe à deux niveaux, celui du douar et celui de la tribu.

Son rôle en matière de gestion de l’eau d’irrigation est très important. Elle  s’étend au réseau traditionnel (contrôle, gestion et distribution entre irrigants ou groupes d’irrigants) ainsi qu’au réseau moderne (programmation début de mois et entretien à l’aval de la borne, signalisation des anomalies et règlement des conflits entre irrigants).

La Jmaa assure ces fonctions à l’aide des Amazal, des Kessam ou Ferraq, des Moujaris et des Aiguadiers (représentants de bornes)[5].

Le contrôle de la répartition sur la séguia mère[6] : Au sein de chaque groupe d’irrigants pour une séguia donnée, un amazal est désigné par les usagers. Celui-ci est chargé du contrôle de l’irrigation sur sa séguia avec l’assistance des Mojaris désignés par les usagers. Ils doivent veiller à ce que le passage du tour d’eau d’un mesref à un autre se fasse sans problème.

Ils doivent travailler en coordination pour la fixation des jours de curage de la seguia mère.

L’entretien de celle-ci était assuré par les usagers eux mêmes. Tous les irrigants doivent participer soit directement soit indirectement en se faisant représenter par une autre personne qu’ils paient aux travaux d’entretien de la seguia mère.

La répartition de l’eau au sein des mesrefs (branches de seguia)[7] : Les irrigants d’un même mesref désignent un représentant  qui  veille à la bonne marche de l’irrigation sur le mesref dont il a la charge. Il se charge aussi de négocier les échanges et les prêts de tours d’eau entre irrigants. Ce représentant est appelé Ferraq ou Kasam.

valeur de l’eau avec l’arrivée de l’islam au MarocPour ce qui est du travail de l’entretien des canaux, la décision de curage vient des représentants des mesrefs. Tous les irrigants commencent le curage de la séguia au point le plus en amont de celui-ci.

En conclusion, on peut dire que  dès leur installation en Afrique du Nord, les Arabes, appuyé par les populations ibéro-berbères, ont réussi à mobiliser les eaux des fleuves existants et à les utiliser au bénéfice de l’irrigation, des installations industrielles, et de l’alimentation de la population des villes nouvelles en eau potable. Dans ce cadre, l’irrigation a constitué un des moyens privilégiés pour le développement de l’agriculture.

Les barrages qui n’avaient pas la prétention de barrer le cours des Oueds, fonctionnaient en liaison avec un réseau étendu et complexe de séguias (canaux) qui constituait le principal système de transport et de distribution des eaux d’irrigation. Ces séguias, pourvus de répartiteurs plus ou moins élaborés, assuraient également le fonctionnement des moulins à eau. On note aussi l’usage d’importants ouvrages de franchissement : aqueducs et siphons.

En plus des ouvrages de mobilisation, de transport et de distribution de l’eau, une place importante fut accordée au machinisme hydraulique. Les témoignages textuels et archéologiques indiquent l’usage répandu des roues hydrauliques (norias), des machines à godets (saniya), des moulins à eau et d’autres appareillages hydrauliques.

Ce qui est intéressant à relever, c’est moins les aspects techniques de cette hydraulique nouvelle que sa sophistication sociale. En effet, la législation des eaux a constitué un des apports souvent négligés de la civilisation arabe.

Tout le secret de la réussite du modèle d’aménagement hydro-agricole précolonial[8] réside dans la production de modes de répartition, de réglementation et de management des eaux adaptés au niveau technique atteint. L’ « Agence du canal » (wakâlat al-sâqiya) constituait l’institution par excellence chargée de la gestion du réseau en coordination avec le “tribunal des eaux” de Valence. C’est cette sophistication de la gestion sociale qu’on retrouve encore vivante dans les zones montagneuses berbères, dans les piedmonts et dans les oasis marocaines.

Les institutions de l’irrigation ont fonctionné durant des siècles sur la base des principes suivants : résolution disciplinaire des conflits ; gestion participative dans le sens où l’initiative est laissée à la communauté des irrigants (la jmaa) pour tout ce qui concerne la répartition de l’eau, l’entretien et la maintenance du réseau ; application, autant que c’est possible, des règles de l’équité et de la justice.

Cependant durant la période du Protectorat comment ces principes ont évolué ? Ont-ils inspiré le législateur colonial ? Ou bien s’agit-il plutôt de nouvelles institutions ?

Lire le mémoire complet ==> (Gestion sociale de l’eau au Maroc)
Mémoire de la Licence en Sciences Economiques
Faculté des sciences Juridiques, Économiques et Sociales
______________________________________
[1] Idem
[2] Naser I.FARUQUI, Asit K.BISWAS et Murad J.BINO «  La gestion de l’eau selon l’islam », collection : Economie et Développement, 2003
[3] Idem
[4] Idem
[5] Projet ISIIMM , document de synthèse : Maroc, cas du haouz de marrakech et de la vallée d’Ait bougmez. Rapport final par Mohamed Faiz, 2001
[6] Idem
[7] Idem
[8] Idem