Taux d’accès à l’eau potable et etat des ressources en eau

By 8 May 2011

B- Taux d’accès à l’eau potable
Le taux d’accès moyen national de 61% n’est pas uniforme selon les régions, les provinces et les communes. Les résultats obtenus montrent que les taux d’accès atteignent ou dépassent 90% dans 300 communes rurales et qu’ils sont inférieurs à 30% dans 355 communes. 708 communes abritant la moitié de la population rurale affichent par contre un taux d’accès supérieur ou égal à 50%.

Les régions d’Abda Doukkala, Tanger Tétouan et Taza Hoceima Taounate, affichent des taux d’accès inférieurs à 50%, avec le taux le plus bas de 39% pour la région de Abda Doukkala.

Evolution du taux d’accès à l’eau potable et du nombre de localités desservies[1]
Evolution du taux d’accès à l’eau potable
nombre de localités desservies

Dans les 16.550 localités desservies, le taux de branchement individuels des ménages ruraux aux installations d’AEP est relativement important. Le nombre de branchements individuels (BI) dépasse les 478.000, pour une population branchée évaluée à 2,9 millions d’habitants, soit un taux de branchement de 22% environ.

La région de Souss Massa Draâ vient en tête avec un taux de raccordement de 52% et une moyenne de 54 BI par localité, où certaines provinces ont atteint des taux de branchements dépassant les 80%. Suivie par la région de Tensift Al Haouz, avec un taux de raccordement de 26% et une moyenne de 39 BI par localité.

Ces chiffres témoignent d’une dynamique importante de raccordement des ménages ruraux aux réseaux d’AEP par rapport à ce qui est généralement observé en milieu rural.

Répartition des branchements individuels par gestionnaire[2]

Répartition des branchements individuels par gestionnaire

Sur les 478.000 BI recensés en milieu rural, plus de 60% sont gérés par les associations d’usagers, 19% par l’ONEP, 13% par les CR et 5% par les régies et concessionnaires.

Répartition des branchements individuels par maitre d’œuvre[3]
repartition des branchements individuels par maitre d’œuvre
La répartition des BI par maître d’œuvre, montre que les projets DGH viennent en tête avec 40% des BI réalisés, suivies par les communes (18%) et l’ONEP (15%).

B-Evaluation du fonctionnement des réalisations
Selon les résultats de l’enquête communale, les SAEP présentant un dysfonctionnement pouvant aller jusqu’à l’arrêt, correspondant à 10% de la population desservie, soit environ 6 points du taux d’accès. De même, les SAEP dont le fonctionnement est perturbé par des pannes touchent 8% de la population rurale.

Taux d’accès à l’eau potable de la population rurale en 2004[4]
Taux d’accès à l’eau potable de la population rurale en 2004

L’analyse des causes de dysfonctionnement montre que seul 0,5% de la population rurale, est desservie à partir de SAEP présentant des problèmes sérieux de tarissement de la ressource, et pour lesquels il faut chercher d’autres ressources.

L’enquête nationale d’évaluation, effectuée sur la base d’un échantillon représentatif de 9% des localités desservies (soit 1000 localités environ) a confirmé les résultats obtenus lors de l’enquête exhaustive communale.

Etat de fonctionnement des SAEP par gestionnaire[5]
Etat de fonctionnement des SAEP par gestionnaire
En fonction du gestionnaire, l’ONEP (qui gère les Chefs Lieux et les douars avec BI) occupe la première place en terme de performance, avec 100% environ des systèmes qui sont fonctionnels, suivi par les gardiens gérants (BF ONEP, 84%) et les AUE (78%).

Par type de projets, les points d’eau aménagés présentent le taux de dysfonctionnement le plus élevé (41% des localités desservies). La performance est détenue par les projets alimentés par piquages sur adductions ONEP ainsi que les projets réalisés par la population bénéficiaire
(AUE).
Les causes principales de dysfonctionnement qui ressortent de l’enquête communale, sont par ordre d’importance:

• L’insuffisance du débit de la ressource en eau équipée : 50%[6] du nombre d’occurrence des causes des systèmes en dysfonction ;
• Le manque d’entretien et de maintenance des ouvrages : 27%
• L’absence ou “mauvaise” gestion des installations réalisées : 25%
• Le vieillissement des équipements et l’absence de renouvellement : 18%
• La mauvaise qualité de l’eau : 8%
• La mauvaise conception des systèmes : 6%
• Le tarissement de la ressource en eau : 5%

L’insuffisance des débits des ressources en eau équipées est la première cause de dysfonctionnement des systèmes (50% des systèmes en dysfonction, correspondant à environ 1700 localités et environ 840.000 hab.), car le principal mode de captage de l’eau est les puits, dont la vulnérabilité à la sécheresse est très forte. Les tranches d’aquifères captées sont souvent faibles (inférieure à 6 m, considérée comme le minimum requis pour ce genre de captage). Or, 43% des points d’eau post-évalués présentent une tranche d’eau inférieure à 6m.

Le manque d’entretien et de maintenance des SAEP, vient en seconde position avec 27% des localités en dysfonction. Ce facteur prendra plus d’importance compte tenu du vieillissement des équipements dont le renouvellement n’est pas toujours assuré par les gestionnaires. Il cause  déjà des problèmes de dysfonctionnement pour 18% des localités en dysfonction.

Importance des causes de dysfonctionnement
D’après l’enquête évaluation, les causes d’arrêt des SAEP sont par ordre d’importance:

Techniques :
54% (panne au niveau des équipements, casses des conduites, problèmes au niveau des BF ou du réservoir), hydriques :
30% (tarissement de la ressource en eau, mauvaise qualité de l’eau, pollution),
des problèmes de gestion:
21% (conflits entre population et comité de gestion, conflits entre membres du comité de gestion, problèmes entre GG et l’ONEP), des conflits sociaux :
14% (conflits entre population) et enfin des problèmes financiers: 12% (manque de carburant, factures ONE impayées).

C- Etat des ressources en eau équipées
Le parc des points de captage d’eau réalisé pour l’AEP rurale est impressionnant: 5540 puits alimentant 39% des localités (36% de la population desservie), 2317 sources desservant 16% des localités (12% de la population), plusieurs centaines de piquages sur adductions ONEP et Régies alimentant 22% des localités (25% de la population desservie), etc.

Ce parc présente des différences notables sur les plans de la conception et la réalisation, d’où des situations de dysfonctionnement au niveau des SAEP alimentés. En effet, l’insuffisance ou le tarissement de la ressource en eau cause des arrêts ou des pannes fréquentes pour plus de 12% des localités équipées, ce qui nécessite la mise à niveau ou la réhabilitation d’une partie de ce patrimoine, soit 1900 points d’eau environ à réhabiliter, dont plus de 60% sont des puits.

La question se pose également quant à l’appropriation, le suivi et le renforcement de ce patrimoine; le tout se traduisant en implication en terme financier, de normalisation, de gestion, d’entretien, etc. De même, la durabilité du service offert à partir de ces ouvrages est centrale, dans la mesure où elle est traduite en niveaux d’écart par rapport aux standards et normes à promouvoir, en efficience des investissements déjà consentis, en qualité du service offert et en impératifs de mise à niveau des systèmes en dysfonction, à réhabiliter ou à reprendre.

Des indicateurs relatifs à la fiabilité des ouvrages (état de fonctionnement), à la sécurité de l’approvisionnement (tranche d’eau, débit disponible par rapport à la demande), à la qualité de l’eau et aux risques de pollution, doivent être établis afin d’assurer un suivi régulier des installations et une durabilité du service.

Lire le mémoire complet ==> (Gestion sociale de l’eau au Maroc)
Mémoire de la Licence en Sciences Economiques
Faculté des sciences Juridiques, Économiques et Sociales
______________________________________
[1] Rapport de synthèse : Etude de diagnostic de l’AEP du monde rural au Maroc, septembre 2005 (convention entre la FAO et l’ONEP), Source : ONEP
[2] idem
[3] idem
[4] idem
[5] Idem
[6] La somme étant supérieure à 100%, puisque l’arrêt d’un SAEP peut être du  à plusieurs raisons (en moyenne 1,5 raisons par SAEP en dysfonction).