Performances dans la gestion du service de l’eau

By 9 May 2011

Appréciation des réalisations dans le cadre du PAGERSection 2 :
Paragraphe 1 : Performances dans la gestion
La classification des niveaux de fonctionnement des SAEP a permis d’estimer la performance de gestion de chacun des opérateurs comme le montre le graphique suivant. En terme de performance, l’ONEP vient en tête, suivi par les gardiens gérants et les AUE.

Performance des gestionnaires mesurée en fonction de l’importance des SAEP fonctionnels[1]
Taux des membres des associations d’usagers selon leur niveau constructif

A- Gestion par les communes :
Les CR gèrent actuellement 17% des localités desservies (2636, soit 1,34 millions d’hab. desservis), dont 585 sont alimentées à partir de SAEP en arrêt ou présentant des pannes fréquentes. Les raisons de ces dysfonctionnements, sont dues essentiellement au manque de moyens humains, à l’insuffisance de la ressource en eau, le manque d’entretien et de maintenance et le vieillissement des équipements.

La gestion directe par les communes entraîne souvent une confusion des comptes de l’eau avec les autres comptes de la commune. La procédure budgétaire communale est très rigide et se prête mal à la gestion quotidienne du service de l’eau (pour lequel des décisions financières immédiates sont parfois indispensables, comme le remplacement d’une pompe par exemple). La performance de gestion directe par les CR est évaluée à environ 64%, au dessous de la moyenne nationale (74%).

L’analyse des moyens humains des CR, montre l’insuffisance voire l’inexistence de ressources humaines pouvant être affectées au secteur de l’eau d’une part et d’autre part une très grande hétérogénéité entre les communes :

• 11% des CR n’ont pas de techniciens et 60% ont au plus deux;
• 93% des CR n’ont pas de techniciens spécialisés dans le domaine de “l’Eau” et à peine 5% disposent d’un seul technicien “Eau”;
• Environ 80% des communes rurales n’ont pas d’ingénieurs. Le reste (289 CR, 22%), dispose de 1 à 5 ingénieurs par CR, avec une moyenne de 1,5
• 63% des communes ont au plus deux cadres administratifs;
• Par contre, 86% des communes disposent de plus de 6 agents non spécialisés (autre que technicien et administratif)

B- Gestion par les associations d’usagers
Les AUE sont estimées actuellement à plus de 5500, gèrent le service de l’eau dans 6270 localités, soit 41% des localités équipées, 42% de la population desservie (3,2 Mhab) et participent ainsi à 40% du taux d’accès à fin 2004 24%. Elles gèrent essentiellement les projets (construits à l’initiative de la DGH ou les communes),  constitués surtout de systèmes d’AEP autonomes. 88% de ces AUE ont été constituées après l’avènement du PAGER. En revanche et malgré leur jeunesse, les 2/3 de ces AUE ont plus de 50 adhérents ce qui explique leur capacité de mobiliser et de fédérer les citoyens autour des projets de développement rural, telle que l’alimentation en eau potable.

La plupart des ces AUE ont saisi l’enjeu de la forte demande des ménages pour les branchements individuels (BI) et y ont répondu en installant quelques 245 000 BI, ce qui constitue actuellement le principal parc de BI en milieu rural au Maroc.

Taux des membres des associations d’usagers selon leur niveau constructif[2]
D’après l’enquête Evaluation, 37% des membres des AUE sont analphabètes, 6% ont un niveau universitaire et 23% un niveau secondaire. 13% des présidents ont un niveau universitaire, 29% un niveau secondaire et 26% analphabètes.

Ces résultats montrent qu’il faut accorder de l’importance à ces institutions (malgré la petitesse de leur taille) si l’on veut améliorer le service fourni et garantir la durabilité et la pérennité du service de l’AEP en milieu rural.

A l’échelle régionale, 3 régions sortent du lot avec plus de 60% des localités desservies et gérées en majorité par des associations d’usagers. Il s’agit des régions de Sous Massa Draâ, Tensift Al Haouz et Tadla Azilal.

Du point de vue exploitation des systèmes d’AEP, le niveau de performance des AUE est au dessus de la moyenne nationale (74%)[3], ce qui présente  un bon indicateur pour encourager ce mode de gestion là où les conditions sociales, techniques et économiques le permettent.

Par contre, l’analyse des capacités de gestion administrative, financière et comptable de 350 associations, montre que la majorité des associations n’ont ni les capacités, ni les outils de gestion nécessaires pour une gestion durable du service de l’eau. A peine 1% des AUE étudiées répondent aux critères retenus, gèrent des systèmes fonctionnels et dégagent un résultat d’exploitation excédentaire. De même, les données comptables et financières de 225 associations donnent un chiffre d’affaire moyen annuel de 29.000 Dh. La capacité de générer du fonds de roulement (et même des provisions pour le renouvellement des équipements) est très variable, mais laisse penser que les AUE peuvent développer une certaine capacité de générer du fonds de roulement.

Recettes moyennes annuelles[4]
Recettes moyennes annuelles

C- Gestion du service d’eau par les Coopératives Agricoles
Les coopératives agricoles ont des caractéristiques assez différentes des AUE traditionnelles :

Leur activité principale n’est pas la distribution de l’eau, c’est un service qu’elles rendent pour le bien être de la communauté. Les membres de la coopérative qui s’en chargent sont soit bénévoles soit indemnisés « symboliquement ».

En général, les coopératives préexistent au projet d’AEP et sont, des interlocuteurs incontournables pour tout ce qui concerne la communauté (elles représentent donc naturellement les usagers lors du projet);

Bien que fondées sur le bénévolat des membres, les coopératives comptent un salarié (directeur) qui est un fonctionnaire affecté par l’Etat.

Il s’en suit que le service rendu est un service minimum, mais souvent pour un taux de branchement en BI de 100%, réalisé selon les standards ONEP.

Les relations avec la commune sont quasi inexistantes (du point de vue de la gestion du service de l’eau), la coopérative ne conçoit pas la commune comme autorité délégante du service.

Pour l’ONEP, ce sont des structures intéressantes car déjà organisées (président, secrétaire, directeur). Les coopératives ne nécessitent pas de suivi particulier (hormis l’assistance technique lors de la construction du réseau pour le respect des standards ONEP et s’il y a une recherche de fuite délicate). Le suivi de la qualité de l’eau est actuellement réalisé comme s’il s’agissait d’une BF: la qualité est mesurée uniquement au niveau du compteur de tête. Une fois les conventions tripartites généralisées, les coopératives auront la possibilité de recevoir un appui de l’ONEP pour le suivi de la qualité dans leur réseau de distribution.

D- Gestion du service d’eau par les gardiens gérants
Ce mode de gestion a été développé par l’ONEP depuis les années 80 du siècle dernier. Fin 2003, 92% des BF (3144) construites par l’ONEP en milieu rural sont gérées par des gardiens gérants, dont 88% sont fonctionnelles.

Mais, malgré ce score de fonctionnement, la consommation unitaire moyenne observée est très faible: 8,6l /j/ hab., contre 19,8 pour les BF ONEP gérées par les communes et 15,8 pour les amicales et AUE.

L’enquête Evaluation, a montré qu’à peine un gardien gérant (GG) sur 4, s’occupe surtout de la borne fontaine ; Par contre, 75% des GG, ont un autre métier jugé “principal” par rapport au travail à la borne fontaine (57,5% sont des agriculteurs, 4,8% travaillent à la commune, 3,6% des employés au privé 1,2% des commerçants et 0,6% des retraités). Les revenus dégagés de la revente de l’eau aux usagers, varient entre 100 et 1000 Dh/mois. La marge bénéficiaire moyenne, est de 515 Dh/mois/GG en 2003 contre 550 en 2002. Cette diminution est due essentiellement à la réduction des prix de revente aux usagers.

Lire le mémoire complet ==> (Gestion sociale de l’eau au Maroc)
Mémoire de la Licence en Sciences Economiques
Faculté des sciences Juridiques, Économiques et Sociales
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[1] Idem
[2] Idem
[3] Idem
[4] Idem