Entretiens, Les CHAM

By 4 May 2011

Annexe II. Entretiens
Ci après trois entretiens repris dans leur intégralité, en retranscrivant au plus près la conversation. Je souligne les aspects essentiels, et particulièrement ceux qui rejoignent mon analyse ce dessus.

Premier entretien
Avec Mr ; Losfeld, directeur de l’école Camus de Roubaix
– Donc vous avez toujours eu un attrait aussi pour la culture, une implication particulière.
– Oui.
– Depuis quand êtes vous directeur de cette établissement ?
– Depuis 5ans et avant j’ai été directeur quand même pendant 13 ou 14 ans à Michelet à Roubaix et là je faisais, j’avais un projet particulier qui a duré quasiment une dizaine d’années avec l’orchestre national de Lille avec Jean Claude Casadeseus  avec qui on avait des relations privilégiées donc bon… Effectivement, la Culture a toujours été un des intérêt, un des moteurs pour travailler avec des enfants, le cinéma, la culture musique, en fait tout ce qui m’intéresse ! »

Il sourit et rit.
-Entendu. (Rires). Ok. Oui, parce que votre nom ne m’est pas inconnu par rapport donc à mon travail antérieur et aussi par rapport à, à votre papa je pense, parce que ma sœur m’avait déjà parlé de Monsieur Losfeld qui était aussi je pense … (nous le disons en cœur)  Enseignant !

– A Camus (Il ajoute en plaisantant), j’ai racheté l’école si vous voulez quand il est parti en retraite, j’ai racheté l’école parce que, moi, en fait, j’ai privatisé l’école… c’était plus intéressant financièrement.

Nous rions. Il reprend :
– En fait, oui… Bien, la vie a fait que l’école Camus, euh, un moment s’est trouvée libre, y a eu un break hein, ça a pas été une succession directe (je ris). Donc voilà, je mets ça à ma manière, il avait la sienne ;  j’ai la mienne, mais bon on a des points communs, des petites différences, mais bon, tout à fait, c’est un peu les mêmes intérêts quand même. (Il ajoute en plaisantant : ) par contre mes enfants ne reprendront pas l’école !

– De quelles manières avez-vous participé aux classes musicales ? Parce que vous m’avez dit que ça fait 5 ans que vous êtes directeur ici, auparavant vous aviez déjà avec l’école Michelet  participé à des opérations, donc vous connaissiez…
Il m’interrompt en plaisantant « la musique si je puis dire » il sourit de nouveau d’avoir flié la métaphore.
Je reprends :
– …la musique. Oui, tout à fait, et puis donc pour ces clases là…
Il m’interrompt :
– Ce qui m’intéressait à Camus, justement c’est pour ça que je suis revenu sur les terres de mon père c’est justement  ces classes musicales… C’était un challenge intéressant de les développer, de voir comment on pouvait les faire évoluer. Parce que c’est quelque chose de très intéressant  à Camus, il y a… Ca pose parfois un petit problème, parce qu’il y a une dichotomie entre les classes musicales et les classes traditionnelles. Donc, il y a parfois de petites rivalités, des petites jalousies, des petits problèmes relationnels… Donc, première chose, ce qui m’intéressait c’était de développer, peut-être justement le rayonnement des classes musicales aussi sur les classes traditionnelles. D’ailleurs quand je dis classes musicales je fait le contraire de ce que je dis étant donné que les classes musicales peuvent être n’importe qu’elle classe de Camus même si c’est CHAM ou non CHAM. Donc, on mène des projets musicaux… On a fait plusieurs fois des projets : « le Soldat Rose »,  on l’a mis en comédie musicale, avec uniquement des classes traditionnelles pour essayer que tout le monde puisse un petit peu en profiter. Et puis après… Bon, bien… Développer au maximum des projets dans les classes musicales, où ça ne soit pas forcément des projets… je vais dire pharaoniques : avec 150 enfants sur scène… Mais des projets où les enfants soient vraiment partie prenante et puis prennent en main leur prestation avec un travail beaucoup plus sur le fond que sur la forme.

Par exemple cette année, l’année dernière on a mené un travail sur un spectacle sur « Brel » vous avez vu peut-être sur le site ?
– Oui, oui. J’ai vu les photos.
– Voilà. Et bon,  par exemple, ça c’est un travail qui nous a pris… En théâtre les enfants ont travaillé toute l’année pendant 2 ou 3h par semaine, pareil en chant. Et quand on arrive à la prestation finale, les enfants l’on vraiment intégrée, ça devient leur spectacle. Pour moi c’est plus travailler dans cette optique là qui m’intéresse.
– En profondeur, pour sensibiliser, pour ouvrir…
– Voilà ! Pour… euh… utiliser toutes les compétences qu’ils ont eu en CHAM pour justement pouvoir avoir le côté positif de la musique, c’est-à-dire être sur scène, s’exprimer, le côté « artiste » quoi ! Parce que le côté conservatoire est parfois difficile, faut pas se leurrer, c’est difficile, c’est compliqué, c’est des méthodes un peu traditionnelles… Seulement ça, je trouve qu’il aurait manqué quelque chose aux enfants.

– On va en reparler de la spécificité, de l’école.Aujourd’hui, c’est une plus value, de l’école ?
– Oui, c’est une plus value très très nette… Il y a des… bon,  au niveau histoire,  on a des petits changements… Parce que on va dire que,  il  y a 15 ans, il y avait des extérieurs qui venaient à Roubaix, voire à Camus, pour les classes musicales. C’est de moins en moins vrai, c’est-à-dire qu’on a de plus en plus une… un recrutement. Parce que les CHAM ont normalement une vocation à recruter large, pas forcément sur le secteur, c’est de moins en moins vrai.
– Vous parlez des élèves là…
– Oui, des élèves. C’est-à-dire qu’il y a des enfants de tout Roubaix qui peuvent venir, voire d’autres communes et il y a quinze ans, il y a dix ans à Camus c’était comme cela. Maintenant c’est quasiment plus ça du tout, on a… on reste très sectorisé, dans les quartiers, avec de temps en temps des extérieurs des quartiers, on a quasiment plus d’extérieurs, ça tient peut-être aussi au fait que Roubaix attire moins qu’il y a quinze ans.
– A bon pourtant, on pourrait croire que le contraire puisque aujourd’hui avec le…
Il me coupe :
– Oui, et bien on est peut-être sur un moment charnière. On ne sait pas trop ce que ça va faire. Pour l’instant on s’en rend pas très compte dans l’école ; mais d’un autre côté c’est intéressant aussi parce que ça veut  dire que les enfants dont on donne une chance de faire de la musique sont des enfants des quartiers ! Des enfants lambda, et pas des enfants qui viennent poussés par les parents faire de la musique. Aujourd’hui, on va en reparler plus en profondeur, mais les classes musicales drainent une population  locale. Très nettement locale.
– Auparavant, elle était plus extérieure.
– Voilà, oui, auparavant y avait plus d’extérieurs à Camus qui ne venaient que pour la musique.
– Donc des parents qui habitaient euh par exemple…
– Oui, des quartiers, un peu, un peu plus loin,  ou alors Croix, ou alors…
– Aujourd’hui c’est… Pourrait-on dire comme ça que la musique s’est démocratisée quelque part ?
– Oui, un petit peu oui, on peut dire ça oui sans problème ça s’est démocratisé… Euh, tout seul quoi ! et aussi, bon, parce que depuis une quinzaine d’années à Roubaix, ça a un petit peu changé et la population du conservatoire n’est plus exactement la même qu’il y a 20 ans.
– Donc c’est aussi par rapport à vos partenaires aussi ?
– Oui, oui, et puis je crois que c’est un… Une évolution sociologique roubaisienne qui fait que c’est comme ça et  que c’est très bien.
– D’accord, est-ce que c’est aussi un défi par rapport à , sur certains points est ce que ça pourrait être un défi…
Le téléphone sonne, il répond mais interrompt rapidement la conversation en disant qu’il est en rendez-vous.
Je reprends :
– Est-ce que c’est un défi M.Losfeld ?
– C’est un…moi je trouve ça intéressant, je trouve ça intéressant parce que ça donne une chance à des enfants pour qui les parents demandent des classes musicales parce qu’on les sollicité : est-ce que vous voulez que votre enfant aille en classe musicale ? Alors au début, parfois, il y a des intentions, parce que les parents se disent : ben les classes vont être meilleures, les classes vont être ceci, et puis en fait, bien ça donne la chance vraiment à des enfants à qui on n’aurait pas forcément proposé quoi ; c’est peut être, c’est une proposition de l’école et pas une demande des parents. Quelques fois on arrive à faire évidemment un petit peu que ça se rejoigne. Oui c’est un petit peu, un défi, mais c’est aussi un petit peu dans les nouveaux dans les nouveaux textes par rapport aux CHAM, on nous incite à aussi à ce que les CHAM ne soient pas réservées à une élite et que ce soit aussi dans les quartiers populaires, on est en plein dedans sans l’avoir fait exprès quoi parce là, on a vraiment un recrutement populaire, mais c’est très bien.
– Et comment se passe en fait l’évaluation ? Est-ce qu’aujourd’hui vous pouvez déjà parler de réussite, où est-ce que c’est trop tôt ? Ou est-ce que qu’est ce que …
– Tout dépend du point de vue ! En fait, si vous regardez du point de vue… euh… du directeur de l’école, ce qui nous intéresse peut-être aujourd’hui, moi je dirais que c’est positif ! Du point de vue des professions du conservatoire, ils seraient peut-être un petit peu plus mitigés, dans la mesure où, eux, c’est peut-être pas forcément la population qu’ils auront eu l’habitude d’avoir ou d’attendre dans un conservatoire lambda, où on a peut-être des enfants poussés par les parents qui viennent. Bon, ici, euh c’est vrai que parfois il y a des parents… il y a des enfants qui font de la musique parce que leurs parents le demandent et puis il y a des enfants qui font de la musique parce que… bien que les parents s’en fichent complètement quoi !Et ça parfois euh, ils ont un petit peu de mal.
On frappe à la porte
– On va être dérangé comme ça tout le temps…
– C’est pas grave.
– Tout dépend du point de vue quoi !Moi, je trouve que c’est extrêmement positif parce que quand on voit euh, euh disons que l’épanouissement de certains enfants en fin de CM1 ou de CM2 musical… Nous, on voit plus une évaluation par la qualité dans les projets. C’est plus ça qu’on voit,  nous « instits ». Les professeurs de conservatoires ils voient les examens, les moyennes etc… On a deux visions en fait. On a la vision du conservatoire qui est un peu traditionaliste, même beaucoup, et puis il y a la vision des enseignants de l’équipe éducative des CHAM, qui sont… et bien il faut aussi que l’enfant puisse s’éclater quoi ! Selon le regard, les professeurs du conservatoire vous diront : « Ah ! Non mais c’est pas le niveau d’avant etc. » Mais les gamins au niveau de l’épanouissement personnel, c’est vraiment une grande réussite.
– Cela les valorise.
– Cela les valorise. Et puis ça leur permet à leur personnalité de se révéler quoi ! Même si, bon, ils ne continuent pas tous la musique… Parce qu’on a un problème je sais pas on en parlera peut-être après, c’est : qu’est ce qui leur arrive après le CM2 ? C’est-à-dire qu’après le CM2… euh… il y a une structure… euh… l’académie a même crée des CHAM à l’école Sévigné mais… Parce que c’est un collège qui est… le collège Sévigné est victime d’un rejet.

– Oui, depuis que, enfin, je veux dire que moi je le connaissais déjà à l’époque…
– C’était déjà un rejet et ça ne s’est pas arrangé. Donc il n’y a aucun gamin qui va en CHAM à Sévigné. On essaie depuis quelques années d’avoir des CHAM sur Baudelaire qui est un collège qui ne rejette pas et la plupart vont à Pascal. C’est beaucoup moins compliqué, ils ont crée des classes d’orchestre et la plupart des enfants des classes musicales vont directement dans la classe d’orchestre de Pascal

Et quand ils vont à Pascal comme ils sont pris par les clases d’orchestre bien souvent après ils arrêtent le conservatoire, c’est dommage parce que comme c’est pas une classe CHAM avec le conservatoire c’est autre chose mais bon les gamins en 6eme, ils ont déjà 4h de chant… .

– J’aurai voulu revenir à l’attirance des parents… Parce que, moi j’ai par exemple des amis qui vivent à Roubaix qui ont mis leurs enfants à Camus et dont les enfants participent aux classes musicales…Je les avais croisé, justement quand j’étais venue à Camus pour la 1ère fois, il y en a un que je connais bien, c’est B.B. qui est plasticien…

– Oui, ben, euh, je crois qu’il fait partie des gens qui mettent leurs enfants là profondément pour la musique. Parce que c’est des gens qui ont un tempérament « artiste » un petit peu, bon, et qui se disent que la musique pour les enfants à l’école, donc voilà c’est donc un type de… Ca fait donc une partie pour le recrutement ces ces gens là. Et puis après, bien il y a peut-être aussi des gens qui pensent avoir un meilleur niveau ou parce qu’ils connaissent l’instit, donc y a des gens qui essaient qui se disent… Ils essaient de biaiser un petit peu et l’objectif c’est peut-être que… ils pensent que l’enfant va être dans une meilleure classe. Je pense que pour être honnête que beaucoup de gens pensent comme ça.
– Oui ben c’est dans les études qu’on fait sur l’éducation, c’est mis en avant.

– Oui, ouais, mais à la limite et après il y a les parents qui font ça par hasard. Qui disent oui et le gamin qui, à la limite n’a rien demandé à la famille, qui se retrouve en musical parce qu’on a la chance d’avoir eu… Dans le système qu’on a mis en place à Camus, justement pour ouvrir et démocratiser on a 2 CE1 musicaux. Ca c’est important, c’était pas comme ça au début. C’est comme ça depuis 7 ans, on a 2 CE1 musicaux, ce qui fait qu’il y a 50 gamins qui démarrent.

Et après y a un entonnoir. On a un CE2, un CM1, un CM2. Alors comment sont justement  euh, choisis les enfants ? C’est que, au bout de l’année, on se rend compte qu’il y a une partie des enfants qui tient pas le coup, parce que c’est difficile, parce que ça lui plaît pas tout compte fait, donc il y a une partie qui se retire tout à fait naturellement et on se retrouve avec… Euh… Au début de CE2, on n’a pratiquement pas de refus à faire aux familles, et des enfants euh… Donc je trouve que c’est une façon beaucoup plus souple, beaucoup plus douce, et beaucoup plus démocratique, dans la mesure où, avant, on faisait passer un test, ça se passait comme ça ! Donc le gamin devait avoir des tests de prédispositions à la musique, mais bon cela se passait pendant un quart d’heure, euh, « vas y répète ça, tape sur, chante trois petits trucs ». Voilà, il chante pas trop mal, on le prend, mais quelques part en un quart d’heur, c’est difficile. Ben, il y a des enfants qui ont trop de travail, et on en a qui sont géniaux, et on retrouve en CE2, des enfants euh, des gens comme votre ami, pro musique. On retrouve des enfants dont les parents disent « il va être dans une bonne classe » mais le gamin, il a mordu, mais si le gamin n’a pas mordu,  il ne passera pas et après des gamins qui n’avaient rien demandé à personne et puis qui se révèlent pas mal et ça c’est bien aussi hein.

Voilà un petit peu trois types et puis donc des parents qui faut parfois aller chercher pour accompagner les enfants.

Parce qu’il faut quand même des papiers, des inscription, aller aux réunions, donc y a parfois des papiers, des inscriptions euh, mais bon on fait un peu notre boulot d’école publique aussi en aidant les familles à…

– Moi ce qui m’intrigue par rapport à ce que vous me disiez par rapport à ces relations justement, parce que je comprends bien que c’est une chance pour certains élèves, que c’est une expérience que l’on donne à certains élèves. Je pense dans l’école, l’école primaire élémentaire, on ne fonctionne plus forcément comme ça, on formate davantage, et là tout à coup, on redonne à l’expérience des possibles. Je trouve ça très intéressant de ce point de vue là, je trouve que c’est une chance.

– C’est plus à la mode par contre !
Parce que là, il faut parler de tout ce qui est nouveau programme de cette année, où on n’est plus dans des activités qui vont développer la réflexion, mais plutôt l’application ! Donc on part sur le modèle, on l’applique… Et là, on n’est pas du tout dans la norme, pas du tout.

– Cela évidemment ça m’intéresse et on en reparlera. Alors, cela va un peu à contre courant de ce que je pensais au préalable, c’est que par exemple, je pensais dans mon sujet que c’était l’enseignement comment dire euh, l’enseignement républicain, je dirais l’école républicaine qui était peut-être un petit peu, qu’il y aurait peut-être un clash entre justement, la tradition de l’apprentissage de la musique et de l’art, de l’expérience artistique etc… avec justement euh, l’école républicaine et ces modèles etc.

Et puis à vous entendre parler, euh, c’est étonnant mais vous parliez plutôt de, d’une notation par rapport donc au conservatoire et à leur façon de faire qui était justement différente de l’école…

– Oui. Ils sont beaucoup plus rétrogrades. Je les aime bien mais ils sont beaucoup plus rétrogrades que les enseignants avant la réforme des nouveaux programmes. (il rit) On va dire que si on tombe sur un enseignant qui veut appliquer à la lettre, comme on doit le faire tous et c’est comme évidemment nous devons tous le faire, les nouveaux programmes euh forcément ça va se ressembler un petit peu plus. Ouais mais avec la façon de travailler, entre guillemets, progressiste, eh bien ! je vais dire : qui fait appel à l’éveil intellectuel des enfants.

C’est vrai qu’il y avait une certaine différence, parce que, là, on est dans du cours magistral typique, euh au conservatoire, c’est un apprentissage, c’est vraiment direct quoi. Je dis pas qu’il ne faut pas. Par moment, c’est certainement nécessaire. Mais l’enseignement à évolué. La mission éducative, je ne vais pas vous l’apprendre, a évolué depuis 40 ans. Enormément !

Au niveau des pratiques, depuis les années 70, le conservatoire non ! (Il rit) Alors, comme nous on fait un retour en arrière, peut-être que dans l’avenir on va être plus en phase. C’est pas forcément une bonne chose pour les enfants.

– Est-ce qu’il y a une façon d’apprendre la musique justement… Entre une façon ancienne et  une façon nouvelle… Est-ce qu’on pourrait trouver un terrain d’entente ?

– Oui je pense que l’on peut trouver un terrain d’entente parce qu’il y a une partie, qui est la partie, euh je trouve que la CHAM c’est un excellent terrain d’entente en fait, parce qu’on s’est partagé le boulot avec ce que sait faire chacun. Le conservatoire sait apprendre le solfège, il a des exigences et c’est très bien comme ça. Les enseignants de CHAM savent mener des projets, ils savent motiver les enfants, ils savent développer leur capacité à réutiliser ce qu’ils apprennent avec le conservatoire. Donc là on est dans quelque chose qui est pour les enfants globalement très positif je pense.

Mais il y a d’autres CHAM qui ne travaillent pas comme ça. Où il n’y a pas ce côté projet, ce n’est même pas forcément des enseignants qui sont spécialistes de la musique.Donc, ben ça se passe de la façon suivante : il y a un groupe d’enfants « retirés » de la classe un certain moment qui va apprendre la musique avec un prof de conservatoire,  et les autres restent avec le maître pour effectivement faire autre chose. Ben là il y a quelque chose qui manque et le jour où les CHAM ça deviendra ça, ce ne sera plus des CHAM… Un aménagement du temps, et ce sera… il n’ y aura pas un projet porteur pour les enfants. Parce que le but du jeu d’une CHAM, c’est quand même que le gamin quand il sorte en 6ème il ait eu des expériences intéressantes qu’il n’oubliera pas. Qu’il ait appris, pas des choses, mais qu’il ait réussi à exprimer, qu’il ait développé son côté artistique. Si on ne développe pas ça, c’est comme si on nous apprend à lire mais on ne lira que des mots, on ne lira jamais le livre.

– En même temps, on rejoint une tradition, on rejoint plus d’exigences. Si on veut justement aller au de là de cet éveil, de cette apprentissage, de cette expérience… et ça aujourd’hui vous disiez…

– Oui, c’est pas forcément dans l’air du temps. Bon on se demande d’ailleurs ce que vont devenir les CHAM. Si il ne va pas y avoir des textes qui vont légiférer aussi… Je suis un petit peu inquiet à ce sujet là, parce que c’est déjà assez difficile parfois pour les enfants, parce qu’il y en a qui craquent un peu en CE1, on en parlait… En fait on concentre les activités parce qu’il y a 24 h de cours et dans les 24h, on fait 3, 4, 5 h de musique, donc le reste c’est bien concentré ( il sifflote ) C’est pour ça qu’il y a des enfants [pour lesquels] c’est trop dur, « ils nagent », mais euh, on est quand même à un moment où on a augmenté les programmes. On nous a retiré des choses, on nous en a mis d’autres, on se dit quand même euh… Il y a une petite inquiétude par rapport à ça : qu’est ce qu’on va faire des CHAM ? Est ce qu’on va garder les CHAM ? Avec la possibilité pour les enfants de s’exprimer ! Ou est ce qu’on va…Il y a un projet de faire des CHAM  partout, mais des CHAM, différemment. C’est-à-dire que, apparemment, le ministère est un peu critiqué sur son peu d’appétence pour ça et il aurait dit « eh bien on va faire de CHAM, des CHAM là bas, des CHAM là bas » mais des CHAM sans moyen,  je veux dire sans avoir des gens du conservatoire ! Si c’est pour que les enfants fassent euh, comment dire ? Qu’il n’y ait pas les mêmes exigences ! Donc on est un petit peu inquiet sur ce que vont devenir les CHAM.

– Et la particularité de la CHAM de Camus, c’est d’avoir inclus un projet, qui allie plusieurs partenaires pour un petit peu comme vous disiez tout à l’heure, se partager le travail, c’est ça ?

–  On aurait pu se contenter tout simplement, ben de la 1ère vous voyez (il me montre la plaquette accrochée au mur derrière moi, je me retourne pour la voir). Quand je vois les objectifs de la CHAM : « 1 -recevoir une complémentarité avec la formation générale, une formation spécifique dans le domaine de la musique » :  ça c’est le boulot du conservatoire.

«  2-Permettre ainsi le développement d’aptitude particulière » : c’est partagé.  «  3- Et permettre également, un épanouissement personnel de l’enfant dans le domaine musical » – ça c’est plutôt notre job à nous.

Donc le jour où, bon ça c’est vraiment, le jour où il n’y a plus ça, moi les CHAM ça ne m’intéresse plus. C’est clair, si c’est juste euh, si les enfants on ne leur donne pas le plaisir de la musique, ben ils arrêtent comme le reste, je veux dire.

– Que pensez-vous des classes orchestres ?

–  Nous à Camus, il n’y a pas de classes orchestres dans l’école. Ils font orchestre avec le conservatoire.,Ca prend beaucoup, beaucoup de temps. Alors nous, on a choisi cette option là. C’est forcément pas toujours splendide à entendre, parce qu’on a des enfants qui débutent le violon, qui débutent des trucs. Donc c’est difficile à mettre en place, et je pense que c’est plutôt le boulot du conservatoire, quand les enfants grandissent un petit peu. Nous les « classes orchestres » ont les a remplacées par des classes qui tournent autour des projets où parfois il y a un peu de musique hein ! Enfin, il y a toujours de la musique, mais peu d’instruments. C’est pareil parce qu’on inclut des instruments dans un spectacle, il y a toujours de la percu. Tout le temps. Mais… prendre les 3 trombones et des trompettes, les 4 pianos… les 5 violons… et puis dire « on va faire quelque chose  de beau avec ça »… Si on faisait ça, on va retourner vers du « traditionalisme conservatorien ». Dans « conservatoire » il y a « conservatisme ». (Il rit). Je ne suis pas sur que les enfants vont s’éclater à ce truc là.

– Et puis est-ce que ces « classes orchestres » ne sont pas dans l’idée comment dire de réguler certains comportements agressifs, ou des difficultés de pallier euh…

–  Oui, ça on le fait. Oui, certes.  Ca peut effectivement apprendre à écouter l’autre etc. On est dans des objectifs très très généraux, mais qui sont aussi bien atteints avec un projet. Vous savez quand l’année dernière on a joué une dizaine de fois le spectacle de Brel on a du faire 10 000 entrées en tout. Et les enfants au bout de 2, 3 fois ça devient leur spectacle, c’est-à-dire quand on a plus rien à faire sauf que s’occuper de l’éclairage c’est finit quoi ! Là on sait que c’est réussit. Et là au niveau tout ce qui est objectifs qui sont « sociaux », ben là on a tout gagner quoi. Donc, l’orchestre c’est intéressant, mais au niveau de l’école, c’est difficile à organiser. Pourquoi pas ? Mais c’est difficile à organiser, c’est difficile à mener et, bon, je ne suis pas sur que les enfants y trouvent autant leur compte que dans des projets bien particuliers.

J’ai un collègue cette année qui travaille un projet autour de Gainsbourg. Il  y a une dizaine de chansons qui vont être mises en scène avec un quatuor etc… Voilà, ça c’est des choses que les enfants vont faire, qu’ils travaillent depuis le début de l’année. Donc la classe orchestre, oui, mais je pense que c’est dans les activités traditionnelles du conservatoire,  parce que les conservatoires ça servait entre guillemets à faire soit des « musiciens professionnels » ou  au moins de « bons amateurs ». L’objectif des CHAM n’est pas le même, l’objectif des CHAM, c’est pas forcément ça. Il y en a hein qui arrive, j’ai des anciens élèves de CHAM qui ont leur médaille d’or au conservatoire, mais c’est quand même une minorité.
– Alors, euh ? ça sert à…
– A l’épanouissement de l’enfant, c’est un épanouissement artistique de l’enfant, je pense qu’il n’oubliera jamais les expériences qu’ils ont eues. Avec l’école Michelet j’ai travaillé beaucoup, je vous disais, avec  « l’orchestre national de Lille ». Avec les enfants on a rencontré des gens comme Eyudi Menhuin, comme Rostropovitch, quand je dis rencontré : discuté avec des gens comme ça hein ! Et ça les gosses ils ne l’oublient pas. J’ai des petits qui n’étaient pas en CHAM qui ont démarré la musique avec moi, il y a 15 ans et qui sont au conservatoire National de Bruxelles quoi ! Et là on ne travaillait pas sur les cours de conservatoire ! On ne travaillait que sur l’envie ! L’épanouissement ! Et ça les motivait. La différence, elle est là !

– Je me sens tout à fait concernée par ce que vous dites parce que j’ai eu aussi l’occasion de rencontrer des personnes, des personnalités importantes dans leur domaine, et c’est des gens que je, dont je respectais le travail et qui effectivement deviennent accessibles et donnent énormément.

– Bien sur et les gens les plus grands sont parfois les plus accessibles. Ouais et puis engendrent vraiment un au de là de l’émotion esthétique… Casadesus… Casadesus on a eu un parrainage pendant des années et ça ! Il y a des gamins, rien qu’avec ça,  ça leur a suffit comme moteur. C’et une question de motivation, on peut le faire avec n’importe quoi.

– Quel découpage pour l’école Camus ? Est-ce que c’est une ZEP ?

– On est en RAR : réseau ambition réussite, en ZUS : zone ultra sensible et je crois qu’on doit être aussi en Zone Violente. Voilà comme ça, ça vous met le tableau…

Deuxième entretien
Avec Mme Françoise Leupe, directrice du conservatoire de Roubaix.
-Bonjour, je suis contente que vous me receviez aujourd’hui pour parler du conservatoire de roubaix, et du lien qui vous unit à M.Losfeld, à l’école Camus, par rapport aux classes CHAM mises en place là bas.

_ Que voulez-vous savoir exactement parce que je crois que vous avez déjà rencontré M.Losfeld, et je crois qu’il vous a expliqué. Est-ce qu’il y a quelque chose que vous voulez savoir ?

Oui, j’ai plusieurs questions à vous poser, et pour entrer dans le vif du sujet : quel est votre rapport au solfège, parce que le solfège est un langage particulier, qui a des codes particuliers, une histoire particulière et qui, je ne sais pas mais je me pose la question, est-ce que cela pourrait poser des problèmes à l’apprentissage de la musique des enfants ? Quelle attitude adoptez-vous par rapport à son histoire ?

Comment vous positionnez-vous par rapport au solfège, et comment ensuite, vous avez pu avec les enseignants mettre en place une manière de l’appréhender et de l’apprendre aux enfants ?

– Alors par rapport au solfège… Déjà, je ne vous répondrai pas sur le solfège mais sur la formation musicale. Parce que de la même manière que l’éducation nationale a changé ses méthodes d’apprentissage, entre il y a quelques années où c’était encore une méthode qui était encore assez rigoureuse et l’apprentissage beaucoup plus libre, et beaucoup plus ludique j’allais dire de maintenant, du travail des instit, la formation musicale elle aussi a changé, pas du tout au tout, mais enfin elle a considérablement évoluée.

Alors, c’est toujours difficile de dire qu’elle a considérablement évolué quand on voit un cours et que l’on n’en a pas encore pris parce que : que voulez-vous la lecture est ce qu’elle est comme à l’école, on a beau la prendre de toutes les manières possibles, si on ne sait pas que B et A font BA, on ne saura jamais lire et pour la musique bon, c’est exactement la même chose.

L’apprentissage de la formation musicale fait l’objet en musique d’énormes réflexions, de beaucoup de tentatives plus ou moins réussies, de beaucoup de critiques aussi. Je ne veux pas dire que la critique est négative, mais de réformes aussi, et je crois que personne n’a trouvé la formation musicale idéale parce que c’est un domaine à mon avis très complet et très complexe, et que l’idéal n’existe peut-être pas.

Alors bon, la formation musicale en tant que telle, en générale, c’est vrai que la France est l’un des seuls pays a avoir des cours de formation musicale, ça ne se passe pas dans tous les autres pays, ça a des avantages et des inconvénients.

Alors bon, l’inconvénient quand par exemple : moi quand j’étais enfant, il fallait faire 1 à 2 h, pardon, 1 à 2 années de formation musicale avant de commencer l’instrument. D’où de nombreux parents qui la maudissaient maintenant en disant : « ha ! J’ai fait du solfège, j’ai du faire 2ans, je ne jouais pas encore d’instrument, on lisait les notes, 120 notes à la minute pour passer le concours, ça n’avait aucun intérêt… ». Voilà les explications que l’on a des gens de ma génération ou un peu plus âgé qui ont vécu ce fameux solfège. Ceci dit, avant tout, je crois que l’on peut parler de tout ce que l’on veut ; de solfège, de formation musicale, d’apprentissage instrumental, et de tout ce que l’on veut, et même à l’école, la personne la plus importante, c’est pas la matière, c’est l’instit, et le prof qui fait passer. Voilà. On peut reprendre des vieux enseignements, les vieux bouquins de solfège de quand on était jeune et redonner ces cours à des enfants actuellement, si le prof sait faire passer sa matière, cela passera tout seul avec les gamins… enfin c’est ce que je pense. Il y a quand même une grande question de personnalité. Alors par rapport à la formation musicale, ça a évolué, oui. Parce qu’avant, quand on allait au solfège, on faisait de la lecture de notes, la lecture rythmique, des dictées, des questions de théorie, je veux dire tout ça n’a pas changé… après tout dépend de comment on l’apprend aux enfants. Et c’est vrai qu’il y a une réforme qui est arrivée dans les années 75, 80, à peu près ; où l’on appelait plus cet enseignement le solfège mais la formation musicale. C’est-à-dire la base du solfège en travaillant par les œuvres et par des choses… des petits jeux, des choses plus ludiques avec les enfants. Lire un livre A ,B,C,D,E,  entendre, encore faut-il le lire avec des images et que l’enfant se repère sur son bouquin. Nous lire do, ré, mi, fa, sol pour reconnaître les notes, autant le faire sur un texte qu’on pourra éventuellement chanter ou que l’on a écouté, joindre l’utile à l’agréable, c’est quand même plus sympa. Je prends pour les grands cours… moi j’étais prof de FME (Formation aux métiers de l’Enseignement) donc je vais vous en parler avec passion. Pour les grands cours, donc, il est vrai que, plutôt que de dire « attendez je joue telle ou telle note au piano », faire une dictée en jouant quelque chose au piano, des exercices on en fait encore, ce n’est pas ça, mais autant prendre la jolie phrase du hautbois qui joue dans l’orchestre, voila. Et puis, ça donne aussi une culture aux élèves. On a vu beaucoup de bons musiciens, d’excellents musiciens auparavant, de très bons techniciens de leur instrument, de très bons musiciens par rapport au ressenti de la musique, etc… mais une fois sortis de leur répertoire et de leur culture de l’instrument, ils n’avaient aucune culture musicale à côté… Si vous voulez, je suis violoncelliste, je connais tous les concertos pour violoncelle mais n’allez pas me parler de clarinette, vous voyez ? Pendant des années on a eu de très bons musiciens mais l’ouverture… Ou alors ils le faisaient, mais après. On essaie nous de donner une formation plus générale qu’avant pour que l’enfant puisse s’ouvrir. D’un autre côté les enfants sont de plus en plus ouverts par eux-mêmes. Je ne crois pas qu’on pourrait continuer à faire un enseignement hyper technique aux enfants d’aujourd’hui. On a absolument besoin… et l’effet zapping fait aussi… je ne vais pas vous donner d’exemple… on a besoin d’ouvrir d’une autre manière les enfants.

On s’est aperçu aussi, par rapport à la formation musicale que l’ancienne méthode ne donnait pas beaucoup de moyens de création et l’enfant à besoin de découvrir, d’inventer, de se créer son univers, a envie d’improviser, et c’est vrai que l’apprentissage d’il y a très longtemps… D’ailleurs, si on faisait un parallèle avec l’école, on n’en serait pas très très loin, on est bien d’accord, c’est l’avancée de l’enfant. Mais je crois que vous savez, il n’y a pas trois sortes d’enseignement. Au contraire, je crois qu’on est là par rapport à ce que l’enfant avance par rapport à l’évolution de l’homme, tout simplement. Et on suit exactement la même chose. Donc on est aussi plus dans un système où on dit « l’enfant doit inventer, doit créer » et on essaie en formation musicale de suivre ce chemin pour que l’enfant soit beaucoup plus inventif. Ce que je vous dis là, c’est vraiment l’idéal parce qu’évidemment, si il y a idéal, il y a aussi beaucoup de contraintes d’enseignement, notamment un effet de masse. Et là, nous allons parler d’une particularité roubaisienne, c’est-à-dire… comment dire ? dans beaucoup de conservatoires français la formation musicale n’occupait pas beaucoup de place, nous à Roubaix, on toujours été de gros mangeurs de formation musicale, avec pas mal d’heures de cours et des classes énormes. Ca a un petit peu diminué là, parce qu’on a un peu restructuré. Moi, j’ai fait des cours de supérieur avec 42 élèves dans la classe pour trois heures de cous, je peux vous avouer qu’on ne chômait pas… C’était des supérieurs, c’était autre chose. Un  peu comme les élèves de fac : avec plus d’autonomie, etc.

Quand on parle d’épanouissement de l’enfant, évidemment, l’enfant va mieux s’épanouir quand il y a 12 enfants que quand il y en a 25. Et le cas de Roubaix, c’est qu’il y a 25 élèves par classe. Donc quand on regarde la formation musicale roubaisienne, il y a des choses que l’on fait avec grand plaisir, notamment travailler par les œuvres, après, on a malheureusement quelques limites dues à des problèmes d’effectif. C’est un peu les inconvénients de la formation musicale roubaisienne. Alors, c’est surtout pas pour me plaindre des conditions du conservatoire desquelles je me satisfais.  Mais je crois qu’au conservatoire de Roubaix, on a eu une grosse pratique de musique et de culture pour tous qui est d’ailleurs instaurée par les élus. On a vraiment une belle direction. Et c’est vrai qu’on essaie de permettre à un maximum d’enfants d’au moins pratiquer la musique. Alors moi je vais être un peu directe, alors vraiment au moins un premier cycle…tous ne deviendront pas des Mozart ou des professionnels de la musique, mais si au moins les petits roubaisiens arrivent à vivre, au moins le temps de leur école primaire, un contact avec le conservatoire, je trouve que c’est déjà un élément de culture très très important parce qu’il y a la musique, mais il y a aussi le civisme, la présentation sur scène, il y a la rencontre avec les gens, etc… On a tout un système d’éducation qui est tout à fait… enfin pas différent de l’école… mais qui est complémentaire à l’école.

– Et qui ouvre l’enfant à la culture ?
– Et surtout, nous on voit les enfants qui viennent au conservatoire de tous les quartiers, de toutes les conditions sociales… Et c’est vraiment une belle image, vous savez. On est très très fier de cela. Et le mixage surtout de la population que l’on a ici. Mais un enfant qui vient au conservatoire en premier cycle, de manière générale… Là, je m’éloigne du solfège comme vous le voulez….

– Non, non…
–  …va faire de la formation musicale, donc connaître d’autres copains, soit en intégrant une école comme Camus où il ne connaît pas les autres, soit en venant ici au cours du soir. Il va faire de l’instrument, apprendre à respecter son instrument, apprendre à avoir un professeur particulier qui lui donne des cours, après il va aller à l’orchestre, il va donner des concerts, apprendre à se mettre dans un costume, une tenue, c’est normal, le respect de la tenue, du public… ensuite, comme, là on va bientôt commencer au mois de juin toute une série de concerts : Le conservatoire en balade. On fait à peu près une cinquantaine de concerts en balade dans toute la ville en 3 semaines. Ils vont jouer par exemple chez des personnes âgées. Je veux dire, éducation civique, se tenir, ne pas rigoler… Il y a donc tout ce système, vous voyez, d’éducation qui accompagne l’enfant musicien. Donc, d’où ne pas dire « aïe, aïe, aë, on n’en prend plus, tu reviens l’année prochaine », alors, c’est vraiment pas notre mentalité. Ca crée d’autres inconvénients. Mais je crois que les professeurs arrivent tant bien que mal à donner une dynamique de classe, à faire chanter les enfants… On chante beaucoup… Vous allez me dire « je ne vous ai pas beaucoup entendu chanter à Camus ! » je vous dirai pourquoi. Si vous voulez, on a créé des projets avec des chorales. On fait des chorales au sein des formations musicales qui donnent des concerts, tout à fait entre nous, très simples, mais ce n’est pas grave, voilà. Vous voyez, donc on a ce principe d’ouverture de formation musicale. Mais le langage, de toute façon, celui-là, on ne peut pas ne pas le connaître. Il y a d’autres établissements, d’autres régions surtout qui aussi se sont lancés dans d’autres façons d’apprendre la musique. A priori, on ne dit pas que c’est parce qu’on fait du solfège en France que l’on est les meilleurs. On est de bons musiciens. Et l’apprentissage du solfège, quand même, fait de très bons lecteurs. Vous savez, nous, ici, au conservatoire, on a déjà fait des concerts avec des chorales, etc… Quand une chorale, en arrivant à la répétition, quand la chorale nous entend jouer, elle dit, nous on n’a pas chanté comme ça, on a chanté au moins trois notes en dessous. Alors, on reste bouche bée et on dit : on ne vous accompagne pas, ou alors vous ne chantez pas, ou alors on dit aux élèves, allez hop, trois tons en dessous, vous avez compris, vous lisez, etc… Les élèves regardent un coup et c’est parti. C’est ce qu’on appelle avoir beaucoup de pratique.  D’autres établissements ont eu de multiples réflexions. Cette grosse réforme dont je vous ai parlé, de travailler sur les œuvres, ouverture culturelle, on est d’accord, des établissements travaillent également sur le maître unique, c’est-à-dire que certaines ont complètement supprimé la formation musicale en disant : c’est le prof d’instrument qui apprend tout. Mais les profs de formation musicale font des ateliers de   petite musique d’ensembles, etc…Certains conservatoires ont voulu être à la pointe de cet enseignement.

-Qu’est-ce que ça change ?
– Bon  alors écoutez-moi, en tant que professeur d’EFM, je ne suis surtout pas ringarde et je ne suis pas figée dans mes idées mais je crois quand même qu’on peut s’ouvrir mais l’extrême c’est pas très très bon. Alors nous on ouvre en faisant de la pratique chorale, il y a sûrement un atelier en 1ère année qui va faire de la formation musicale en 1ère année accompagné d’un travail corporel donc on ouvre certes mais je crois qu’il ne faut pas aller trop vite dans le changement.

Parce que dans ma carrière, d’après ce que j’ai pu vivre, mes collègues qui ont un peu sauté dans la nouveauté, vous savez en laissant tomber la partie, je vais pas dire ingrate mais la partie de lecture tout simplement, la partie indispensable, sont revenus en arrière quand ils ont essuyé quelques catastrophes. Alors ouverture, moi je veux bien tout faire, après on a des contraintes, on a des avantages, ça fait partie de la vie, mais je crois qu’il faut quand même garder une base solide d’apprentissage, vraiment d’apprentissage de la musique, que l’on va ouvrir après, comme ça l’enfant ne sera jamais perdu si vous voulez.
-On pourrait presque parlait de socle commun  ?
– C’est un peu comme certains enfants que j’ai pu voir il y a quelques années qui avaient mal vécu la lecture globale. Et je crois qu’en musique c’est un peu pareil, je crois qu’il faut garder un quota de véritable enseignement technique, si je peux me permettre, même si ils sont tout petit. Mais je veux dire c’est comme apprendre une table de multiplication, on n’a pas encore trouvé le moyen de faire autrement voyez…

Je crois qu’il faut quand même garder cet enseignement un petit peu basic, et après l’ouvrir sur du ludique pour que l’enfant le vive tout simplement.
– Et les autres profs?
– C’est parfois des profs que l’on rencontre, des expériences autres rapportées aussi par des enfants venant ici au conservatoire avec une autre façon de faire.
-Comment est géré un conservatoire ? Qui édicte certaines règles ? Comment cela se choisit ?
– Moi c’est un avis tout à fait personnel, on a donc des consignes du Ministère de la Culture bien entendu, puisque tous les textes pédagogiques bien évidemment nous viennent du Ministère de la Culture aussi bien par décret, par arrêté, pour les classements de nos établissements évidemment.

Il y a 3 sortes de conservatoires classées en France, des conservatoires pour donner un exemple comme Lille qui est un conservatoire à rayonnement régional, d’autres comme par exemple le mien, celui de Tourcoing, Valenciennes, Cambrai, Arras, St Omer, nous sommes des conservatoires à rayonnement départemental, et ensuite il y a des conservatoires comme Wattrelos et Wasquehal, pour parler du plus près qui sont des conservatoires à rayonnement communal ou intercommunal. Et après, il y a toutes les écoles de musique qui ne sont pas classées.

Donc là ça peut-être l’école de musique qui tient déjà bien la route mais qui n’est pas classée jusqu’à l’école de village où le but c’est de jouer de la trompette à l’harmonie municipale.

Mais on a des enfants ici qui font aussi de la trompette dans le but d’aller à l’harmonie de Roubaix, je veux dire que c’est pas parce qu’on est un conservatoire à rayonnement départemental que l’on ne forme que des élites, je veux dire que l’on a 95% des enfants qui veulent faire de la bonne pratique amateur dans le bon sens du terme.

On continue à faire des musiciens professionnels et de très bons amateurs en se faisant plaisir.

Et pas en se faisant taper sur les doigts, parce que l’on doit travailler 4h par semaine, et que l’on n’a pas le temps, enfin, je veux dire que l’on s’adapte à la vie vous savez. On sait que les enfants travaillent moins, on sait qu’il y a l’effet « zapping », la télé, l’informatique, les jeux vidéos, le sport, que les enfants peuvent faire beaucoup plus facilement du sport qu’avant, enfin, moi je parle par rapport à quand j’étais enfant. Il y a des activités qui se sont démocratisées, heureusement d’ailleurs, pour tous les enfants. On n’a plus la même conception du conservatoire. Que quand nous on était nous enfant. Ca a quand même bien évolué, moi je trouve ça très bien.

– Parlez-moi de la massification roubaisienne. Parce que je me demande si on peut faire un lien avec la massification des lois de 89…
– Vous le voyez de façon positive ou négative ? Parce que je pense qu’il y a les deux. Cet effet de masse à Roubaix est vraiment super. Après, pour être franche, c’est aussi pour la réputation de l’établissement. L’effet de masse…. Je ne sais pas. Pour les autres villes, je ne peux pas parler pour eux. Je vous ai parlé du classement. Mais il faut dire aussi que dans un conservatoire, il y a trois cycles en général : un premier cycle qui commence à partir du CP, nous on a un éveil qui comprend les grandes sections et le CP, après le premier cycle correspond au cycle primaire de l’enfant, notre second cycle correspond à peu près aux années collège, et le troisième cycle correspond au lycée, et à la fac : fin d’études initiales et début des études supérieures.

Et tous les conservatoires sont en pyramide comme ça, ce qui est logique aussi. A Roubaix, on le voit, aussi pour plusieurs choses, le gros avantage de ce premier cycle où on parle d’effet de masse — il ne faut pas croire non plus qu’ils sont entassés et qu’on en fait rien de bien — les profs ont juste l’habitude de travailler avec beaucoup d’élèves, alors il faut en avoir envie et savoir le faire, et croyez moi, c’est pas toujours facile. Parce qu’il faut une dynamique de classe où l’on ne peut plus s’arrêter. Chaque instant, il faut faire quelque chose. Il faut continuer. Il faut tirer les enfants. Il faut avoir des projets. C’est pas toujours évident, mais être recruté au conservatoire de Roubaix, c’est avoir les capacités de le faire, cela fait partie d’un critère de recrutement  que j’aime mettre à profit…

Ensuite, une masse c’est quoi ? Ca veut dire beaucoup d’enfants qui commencent, beaucoup d’enfants qui font de l’instrument, beaucoup d’enfants qui peuvent aussi aller à l’orchestre et ça, nous on a une grande fierté que les enfants fassent de l’orchestre, cela fait partie du projet de l’établissement : l’orchestre, la diffusion… on ne vient pas là pour rester dans la classe à côté du prof. On le fait, c’est normal, mais il y a toujours un projet quelque part. Même un tout petit. Il y a « je vais à l’orchestre, je joue, même un petit morceau, je suis fier, papa prend une photo et j’ai joué » et c’est ça qui est important. Donc, ça déploie de petits orchestres et c’est une belle vitrine pour le conservatoire. Soyons franc, parlons un peu de nous. D’un autre côté, ça permet à beaucoup d’enfants d’apprendre —je vais être très prétentieuse— ce qu’est le métier de musicien. Mais d’avoir vécu un jour, d’être sur scène et d’avoir fait un petit concert, même si c’était dans une maison de retraite… pour nous c’est un grand bonheur d’avoir tous ces enfants en premier cycle.

Troisième entretien . Une mère d’élève.
– On va se présenter d’abord, alors qui êtes-vous ?
– Moi je suis : Dabia Sabani, mère de deux enfants scolarisés à l’école Camus.

Une fille de 9 ans en CE2 classe musicale et un petit garçon de 5 ans en moyenne section dans l’école du même nom.
Est-ce que tu peux me parler du parcours de ta fille en classe CHAM ?
– En fait, elle a son papa qui est un peu musicien, et donc la musique, ça a toujours été quelque chose d’habituel à la maison, même bien avant leurs naissances.

Elle a donc été très petite ouverte à la musique,  très petite. Alors dès qu’elle a commencé à parler, c’était quelque chose qui l’intéressait. Très petite elle nous a montré sa volonté, son désir, son engouement autour de la musique et d’en faire. Déjà en maternelle. Quand elle est rentrée en 6ème…je veux dire en CP, on l’a inscrite au conservatoire. Parce que les enfants commencent à faire de l’éveil musical, donc elle a fait un an d’éveil musical, ça les éveille justement un peu aux notes, aux gammes, à travers plusieurs jeux musicaux, autour des xylophones, tout ce qui est percussions en fait. Et puis, l’entrée de CE1, puisqu’ils sont à l’école Camus, qui est une école avec des classes à horaires aménagés musicales, c’est l’année où ils commencent l’apprentissage du solfège, et aussi donc de se poser la réflexion de l’instrument qui devra être choisi l’année suivante.

Autour d’elle, elle avait quelques cousines et cousins qui avaient déjà fréquenté cette école et qui avaient déjà suivis des classes musicales. Des cousins qui faisaient de la trompette, du violon, donc elle était attirée par le son du violon, et c’est vrai que dès le CP elle voulait faire du violon. Et puis, elle a commencé le solfège en CE1 et la fin du CE1 elle avait, enfin avant d’entrer en CE1 on est parti un été dans le cadre d’un voyage professionnel pour lequel je l’avais emmené, c’était en Pologne. J’avais emmené un groupe de jeunes en Pologne avec un échange autour d’une action sociale et dans la salle de répétition, il y avait un piano, et un des jeunes en faisait. Là aussi elle était… elle a été tout de suite attirée par cet instrument, et là elle s’est dit finalement je ne vais pas faire du violon, je vais faire du piano.

le pianoAlors, à l’entrée de CE2 en continuant sa 2ème année de solfège, là c’était l’entée du choix de l’instrument, elle a choisi le piano, et elle a commencé le piano cette année. L’avantage à Roubaix c’est que le conservatoire loue des instruments pour les familles modestes mais ce sont des instruments qui sont surtout transportables comme le violon, les trompettes, où les tubas etc.

Le piano, c’est assez particulier, parce que, comme ça n’est pas un instrument transportable, l’enfant qui souhaite réussir, bien il faut qu’il ait un piano, parce que toutes les semaines il a des morceaux à travailler. Et comme c’est un instrument qui est fortement demandé, la ville de Roubaix, notamment le conservatoire, joue le jeu de l’égalité en inscrivant et en prenant tous les enfants dès la rentrée au piano en septembre.

Donc on a voulu jouer sur toutes ses chances de réussir donc, nous avons acheté, enfin en location-vente au départ, on a acheté un piano. Elle a pu travailler à la maison ses premiers morceaux, puisqu’ils avaient en fait un test de sélection en octobre et elle l’a réussi. Donc elle continue le piano. Et puis on verra d’année en année si elle réussit ses examens ou pas.

C’est vrai que c’est un peu compliqué !

J’en avais entendu parler. Mais c’est vrai que vous semblez vous être posé les bonnes questions par rapport au choix du piano, de son achat.
– Oui, alors ce qu’on a fait c’est qu’on a été voir… C’est bien parce qu’au conservatoire, ils avaient fait des discussions rencontres avec les professeurs en fonction des instruments, et ce qui se passe aussi c’est que le conservatoire organise plusieurs concerts où l’enfant va. Et ce qui est intéressant c’est qu’il organise aussi des fois un ou deux concerts où il y a des rencontres à l’issue du concert, avec les enseignants du conservatoire, soit des profs de solfège, ou de musique. Ca permet justement de faire découvrir les instruments de musique aux enfants. L’objectif est de faire découvrir les instruments aux enfants, soit au moment du concert soit après. A ce moment là, on avait fait plusieurs classes, avec des professeurs qui enseignaient  différents instruments, le piano, la guitare, la trompette etc. Donc ça permet aussi qu’ils voient l’instrument, le professeur en parle un petit peu etc. Bon elle à ce moment là c’était toujours le violon, le violon, et puis après le piano.

– Qu’est-ce que tu penses de la classe CHAM ? Est-ce que tu crois que c’est un enseignement difficile, plus rigoureux pour les enfants ?

– La musique en elle –même oui, c’est un enseignement qui est plus difficile et qui demande de la rigueur. Après… la classe CHAM… On sait pertinemment, nous, les parents, on est conscient que,  eh ! nous n’avons pas pour objectif que tous nos enfants deviennent des musiciens. Je pense que les objectifs des parents aujourd’hui – parce que je suis parent d’élève aussi –  c’est d’ouvrir les enfants à la culture.

Notamment dans une ville comme Roubaix où l’on connaît toutes les problématiques sociales, familiales, économiques etc, donc on a plutôt envie, dans une école comme Camus qui  propose des classes musicales, c’est surtout d’ouvrir nos enfants à la culture, donc là notamment le choix est fait, c’est la musique.

Dans l’optique que nos enfants ne deviennent pas forcément des musiciens, mais c’est pour les ouvrir, qu’ils aient à faire à d’autres disciplines.

Après effectivement alors ça demande de la rigueur aux enfants. Ensuite, il y a une sélection qui se fait, naturellement, entre guillemets, ou elle est faite peut-être, tout au moins, elle se fait de deux manières, faut être réaliste, elle se fait naturellement et elle ne se fait pas.

Je veux dire, on joue le jeu sur l’égalité dès le départ, après l’enfant part aussi avec son « capital » comme dirait Bourdieu : soit son capital économique, culturel, social etc

Donc eh, je veux dire, éh, nous on a fait le choix d’amener notre enfant à la réussite au niveau de la musique. Je sais que dans sa classe par exemple, il y avait d’autres enfants qui avaient choisi le même instrument qu’elle et voilà nous on a fait le choix économiquement d’acheter un piano, de prendre le risque et puis quand il y a prise de risque forcément y a du sérieux aussi derrière. Elle sait bien que si on investit… On ne la force pas au travail ! Mais c’est que déjà là elle a de quoi travailler à la maison. Et, on sait aussi qu’il faut la suivre, donc on la suit. Je vous disais qu’elle a un papa qui est musicien, qui a fait le conservatoire pas de Roubaix, sur Paris, donc qui maîtrise bien le solfège, donc il la suit, au solfège et au piano également. C’est vrai à la maison, tous les soirs, tous les jours pratiquement, on la fait travailler au piano : 15 ou 20 mn, son morceau, son nouveau morceau etc.

C’est vrai que ça demande de la discipline et de la rigueur.

Voilà, c’est ce que je vous disais aussi, au conservatoire il y a possibilité que les enfants louent du matériel, donc là aussi, on offre aussi aux enfants la chance de réussir.

Mais je vous dis par exemple après y a une sélection naturelle, c’est qu’il y a des enfants qui… dont, les parents n’ont pas la possibilité de louer ou d’acheter un piano. A ce moment là donc … nous on a bien ressenti le jour des sélections au mois d’octobre, heu, ben, qu’il y avait des enfants qui ne jouaient que la demi-heure avec le prof de piano au conservatoire et qui ne pouvait pas travailler.

Après, il y avait aussi les enfants, un ou deux qui possédaient par exemple un piano électronique, un synthétiseur mais c’est vrai que nous, quand on avait discuté avec le prof en fin d’année dernière, il nous avait expliqué que la réussite résidait aussi dans l’investissement de ce matériel.

Après y a pas de surprise, c’est que si les enfants réussissent, il faut qu’ils travaillent aussi quand ils leurs donnent des morceaux la semaine, il faut qu’ils les travaillent chez eux, donc s’ils n’ont pas le matériel forcément, ils ne peuvent pas réussir.

Ils nous disaient effectivement qu’il fallait faire attention de ne pas faire travailler aussi les enfants au synthétiseur parce qu’ils n’ont pas la même posture que de travailler sur un piano. Au niveau de la position des doigts, au niveau de la posture de façon générale…

Je sais qu’il y avait des enfants qui en avaient, je sais qu’ils ont échoué aussi par rapport à ça.

Donc c’est vrai après, il faut aussi que les parents s’investissent, suivent les bonnes démarches, se pose les bonnes questions.

De toute façon le conservatoire est ouvert pour ça, le conservatoire est là  pour informer les enfants, les parents. On a été informé, on connaissait déjà dès le départ les principes de base pour que l’enfant réussisse, et après, je vous dis au niveau de la rigueur et de la discipline, pareil, y a pas de surprise aussi. Bon, il y a des parents qui ne s’y connaissent pas du tout mais qui suivent leur enfants, parce qu’ils jouent, qu’ils travaillent leur morceau de musique.

Voilà, dès le départ on nous a dit qu’il fallait que les enfants au solfège travaillent 10 à 15 mn par jour, et l’instrument c’est  20 mn à une demi-heure par jour.

Donc c’est vrai qu’on fait travailler nos enfants, qu’ils ont un mode de vie différent par rapport à d’autres enfants. Mais ils ne se posent pas la question parce qu’ils sont habitués, c’est vrai que quand ils arrêtent, moi je sais que ma fille quand c’est les vacances, elle ne va pas dans les centres etc. Mais quand c’est les vacances, voilà, elle a une activité sportive, une activité musicale, elle me dit ben finalement c’est bien parce que sinon je m’ennuierais. On lui a fait comprendre que c’est pour ça qu’on l’ouvrait au sport et à la culture, parce qu’on souhaiterait qu’elle ait des activités autres que scolaires.

Il y a aussi cet objectif, à moi, c’est le mien, mon objectif c’est qu’elle ait une éducation autre que scolaire, enfin une éducation que les parents donnent autour de cette activité autour du loisir. Nous sommes très très ouvert à l’éducation autour du loisir, que ce soit ce loisir là ou d’autres loisirs.

L’épanouissement c’est important ?
– Oui, après… Nous, c’est particulier… Vous l’avez vu. C’est que nous avons une fille qui est très très timide. On avait choisi un sport pas tout a fait collectif. Elle fait de la gym. Cela demande aussi un travail d’équipe. Par ce qu’elle fait de la compétition, en équipe, et de la compétition individuelle. Mais justement c’est pour qu’elle travaille sur la discipline et la rigueur parce qu’elle est très introvertie. Et je pense que si elle a démarré très jeune – parce qu’elle a commencé très jeune – parce qu’on avait travaillé dans l’optique que ça  [sa timidité] pourrait lui poser des problèmes à l’école si un jour elle faisait de la musique. C’est une de ses barrières, mais elle le sait, ses professeurs le savent… on y travaille. Je pense que la musique, comme le sport, ça contribue à son épanouissement quotidien.

– Est-ce que tu peux me parler de la sélection « naturelle », est-ce que les enfants qui sont en classe musicale sont meilleurs que les autres ?

– Oui. Ah oui, parce que la sélection naturelle, on la voit là. Parce que de toute façon, les enfants en classe musicale, quand ils rentrent au solfège au CE1, sont déjà sélectionnés, à la fin du CP par l’établissement scolaire.  L’établissement scolaire, c’est-à-dire le directeur et les professeurs des différents CP se réunissent en fin d’année pour sélectionner les enfants parce qu’effectivement, on sait d’ores et déjà que l’enfant qui va partir en classe musicale, ce sont des classe à horaires aménagés où on consacre 2 heures de solfège dans le programme de l’éducation nationale, ce sont 2 heures consacrées à la musique qui sont du coup déduites du programme. Cela veut dire que les enseignants doivent faire leur programme avec 2 heures en moins. Donc il faut aussi qu’ils aient des enfants qui savent  suivre derrière. Il y a une sélection faite en fonction du niveau du gamin. On sait déjà les enfants qui ont un bon niveau et ceux qui ont un niveau moyen. Déjà on les met, on voit aussi la motivation des enfants. Si il n’est pas très bon ou juste moyen, il y a une sélection « naturelle », parce qu’on prend les bons mais qui n’est pas tout à fait naturelle parce qu’on laisse leur chance à d’autres gamins. La sélection naturelle on la voit plus entre le CE1 et le CE2, puisqu’en CE1, quand ils ont fait leur solfège, à la fin, il y a l’examen de solfège, et là, ça ne trompe personne. A la fin du CE1 d’ailleurs… Vous voyez quand on arrive en CE1 à Camus, il y a deux classes CHAM, c’est vrai que ces enfants ont un niveau un peu supérieur aux classes non musicales. Mais après, en CE2, il y a un effet d’entonnoir : il y a une classe pas deux ! Et la sélection continuera de plus en plus, jusqu’en CM2 où les enfants se retrouvent dans une petite classe de 20.

La cette année, c’est une sélection encore plus naturelle, parce que l’enfant, il faut qu’il puisse allier le programme scolaire, le solfège et en plus, l’instrument. On sait qu’il y a des enfants un peu à la traîne, 2 ou 3, parce qu’ils n’arrivent pas à suivre ou peut-être à cause d’un contexte plus général, familial, etc…

– Peux-tu évoquer ce que représente l’influence d’une activité extra scolaire sur le scolaire ?

– Moi, ma philosophie de l’éducation, ce n’est pas seulement l’éducation nationale. On est parents. On est le premier lieu de socialisation de l’enfant. En tant que parents c’est notre premier jeu de rôle. L’éducation se fait d’abord par les parents. Ensuite, il y a l’éducation de l’état. On forme l’enfant en tant que futur citoyen au sein d’une société. Moi je distingue bien ces deux éducations. Et pour moi ces deux sont importantes.

On veille à ce que nos enfants aient assimilé le programme de l’éducation nationale, on suit les programmes, etc… Mais on veille à ce qu’en dehors… — c’est  pour ça qu’on a fait le choix de la classe musicale — … même si les classes CHAM n’existaient pas, ils en auraient fait en dehors. Aujourd’hui on a la chance d’habiter Roubaix, avec une école avec des classes CHAM… Cela, rend bien service aux parents, ça leur prend moins de temps.

Et donc le sport, c’est aussi de travail sur le comportement de nos enfants. Je vous l’ai dit, ma fille est très introvertie, timide… le but c’était de l’ouvrir sur l’expression corporelle. Alors que j’ai un fils qui est beaucoup plus dynamique, le but c’est plutôt une dépense d’énergie, voyez ? Vous voyez, d’un enfant à l’autre, c’est vraiment deux problèmes différents.

Après, dans nos temps de loisir, nous aussi nous avons des activités culturelles pour les ouvrir. On les emmène au musée, on va au concert, on fait des choses autres que le conservatoire. Cela peut être aussi des activités nature, autour de la campagne, de la mer… mais pareil, les ouvrir à la nature et à l’environnement.

– Est-ce que tu trouves qu’apprendre la musique retentit dans le travail de ta fille à l’école ?

– Ma fille est un mauvais exemple. Elle est très réservée et parfois se replie sur elle-même. Forcément ça a une influence sur sa discipline. Elle est un très mauvais exemple. Après, ce qui peut avoir un certain impact sur le scolaire, c’est par exemple le spectacle… c’est l’ouverture. Du coup la classe CHAM permet de ne pas se cantonner aux cours traditionnels de solfège ou de musique. On initie les enfants autour du spectacle. Donc les jeux de rôle, c’est de l’expression corporelle, au niveau du théâtre… donc, ça, je pense que ça peut avoir un impact sur les enfants. Ca doit les ouvrir un peu plus à d’autres disciplines ? comme le théâtre. Ils font d’autres choses. Ils doivent en apprendre sur eux même, comme ils en apprennent sur les autres.

Du coup dans leur programme, ils ont beaucoup plus de facilité pour apprendre une poésie, parce qu’ils apprennent très facilement, très vite une chanson. Cela, moi, je suis étonnée de jour en jour, la facilité et la rapidité avec laquelle elle apprend ses poésies. Cette année, ce sont des chansons, mais on choisit l’artiste sur lequel on va travailler. En général, ce sont des artistes qui ont un talent d’écriture, dans la poésie, etc…C’est plutôt là dessus que la musique va apporter sa pierre à l’édifice.
– Par rapport à ses notes à l’école, qu’en penses-tu ?
– C’est une bonne élève. Nous sommes derrière elle. Après, elle a besoin qu’on la suive. Elle peut être moyenne. Elle a des lacunes comme tout à chacun, qu’on essaie de corriger, mais dans l’ensemble, c’est une bonne élève. Ce qui est plutôt positif, c’est que la sélection naturelle fait que ce sont de plus en plus les meilleurs, donc c’est une classe qui est assez bonne aussi. Et je pense qu’elle a conscience qu’elle a de très bons élèves au dessus d’elle, et je pense que ça la motive aussi. C’est aussi une motivation de se dire « il y a des bons, donc il faut que je sois bonne aussi ». Après… au niveau scolaire, on n’a pas d’inquiétude. On veille à ce qu’elle assimile le programme parce qu’on se dit qu’elle est en classe musicale, qu’ils apprennent beaucoup plus vite. Elle arrive à suivre par rapport à ça, il n’y a pas de soucis particuliers. Je pense qu’il y a toujours quelques enfants à la traîne mais le niveau s’équilibre bien.

Là, je voudrais aborder les points négatifs. Les points négatifs, c’est que nous on souhaiterait qu’il y ait plus d’échange musical.
– De quelle manière ? Dans une pratique ?…
– Oui. Après, le conservatoire fait les choses de son côté. Mais je parle de l’école en elle-même. Certains enfants intègrent l’orchestre au conservatoire en CM2. Ma fille qui fait du piano ne rejoint pas l’orchestre parce qu’il n’y a pas de piano en général dans un orchestre. Mais je trouve ça dommage. Pourquoi l’école n’aurait-elle pas son propre orchestre ?

On souhaiterait que les enfants de CM2 puissent se retrouver avec ceux de CM1, cela n’existe pas, c’est dommage.

– Y-at-il une scission entre l’école et le conservatoire ?

– Oui en tant que parents d’élèves, on s’implique, on a crée un comité des parents d’élèves de classes musicales, et une fois par an on rencontre la directrice du conservatoire pour dire ce qui va et ce qui ne va pas. Et nous, régulièrement, on trouve que le conservatoire n’implique pas assez les parents. Les profs de solfège viennent, donnent leurs cours, etc… mais on manque de contact avec le conservatoire. Il manque ce côté bœuf, plaisir. Les enfants pourraient en CM2 faire leur propre spectacle, plus musical que théâtral, cette fois, avec l’école, en dehors du conservatoire.

Ce qui manque, c’est le contact avec le conservatoire. Il manque de rencontre avec les professeurs de solfège et de musique, surtout pour les parents qui ne maîtrisent pas forcément la musique. Cela pourrait contribuer à la réussite de nos enfants.

Malheureusement, à un moment donné la sélection naturelle prend le dessus. Ce n’est finalement pas l’objectif du conservatoire la mixité sociale… Ce n’est peut-être pas bien ce que je dis là. Mais pour nous, c’est important la mixité sociale, les parents sont demandeurs en tout cas de ces rencontres avec les professeurs du conservatoire.

Il y a quelques années, le conservatoire réalisait les spectacles en partenariat avec l’école. ¨Plus maintenant. Désormais, c’est le directeur, qui organise le spectacle. L’école joue le jeu d’aller vers le conservatoire, mais je ne sais pas pourquoi, le conservatoire a du mal. Soit ils n’ont pas le temps, soit c’est très carré, c’est des profs de musique, ils ont leur propre pédagogie, ils ne sont pas dans l’optique du scolaire, d’ouverture aux parents, etc… cela, ça nous manque, mais je comprends que ce n’est pas la même posture.

Quatrième entretien. Une seconde mère d’élève.
– Bonjour, est-ce que vous pourriez vous présenter ?
– Je suis Laurence Lemaire, maman de Raphaël, élève de CE2 musical à Camus à Roubaix.
Est-ce que bous pouvez répéter ce que vous venez de me dire ?
– Le pourquoi j’ai chois Camus ? J’ai choisi Camus en fonction de l’école. Elle était intéressante, parce que c’est une école qui présente des classes musicales. Donc, je m’étais dis, dans un premier temps, pour choisir une bonne école, que, elle avait bonne réputation. En plus, le fait qu’elle ait des classes musicales, c’était peut-être un plus.

C’est vrai que le conservatoire, on n’y aurait peut-être pas pensé s’il n’y avait pas eu les classes à horaires aménagés. Et c’est surtout pour ça qu’on l’a choisie. Parce qu’il y avait du solfège pendant les heures de cours et que cela prend moins de temps.

Ils ont beaucoup plus de loisirs à côté, et en même temps c’est une occasion inespérée de faire de la musique. Mon mari et moi nous ne faisons pas de musique, donc je découvre la musique et c’est franchement bien.

– Vous me disiez que c’est un plus et que déjà l’école avait bonne réputation…

– Oui, voilà, j’étais pour, parce que c’est vrai qu’on est dans un quartier — j’habite le quartier du Pile  — bon, je vais mal juger, mais où la classe sociale est assez peu élevée. Et on veut mieux, forcément, pour son enfant. Et en voyant Camus, on s’était dit, ah c’est super. Et c’est vrai qu’on a appuyé notre dérogation par la musique. Et c’est vrai que c’est pas uniquement parce qu’on voulait absolument Camus, mais la musique était aussi intéressante… C’était un tout, quoi ! Comme, en plus Raphaël s’en sortait déjà bien en grande section, même déjà chez les moyens, on voulait le faire passer directement au CP. Et puis, en fin de compte on l’a laissé en grande section parce qu’il manquait de maturité. Mais quand il est arrivé au CP, il a très très bien réussi son CP, donc il n’y avait aucune raison de ne pas lui faire faire de la musique. C’était un plus…

Et la plupart des élèves du CE2 sont déjà d’un très bon niveau, et on est bien obligé de suivre parce qu’ils ont moins de cours que les enfants des classes normales… enfin classiques.

Vous me disiez que vous constater que c’est une classe homogène…
– Oui, une très bonne classe, très homogène, très soudée. En plus le fait de faire un spectacle renforce ça. Moi, je les connais depuis deux ans maintenant (les élèves) j’allais avec eux à la piscine au CP et déjà quand il y en avait un en difficulté, c’était pas des ricanements, mais plutôt des « allez, vas-y, courage ! ». Et, ça déjà, je trouvais aussi que c’était intéressant. Franchement, ce CE2, vous pouvez demander aussi au maître, il trouve que c’est assez exceptionnel. D’après monsieur Moinet, les enfants chantent aussi bien, filles que garçon. D’habitude, c’est surtout les filles, on les voit, elles sont plus à l’aise même sur scène, et surtout au niveau de la voix. Mais cette année, les garçons comme les filles ont cette possibilité, sont à égalité quelque part… Ils s’entendent super bien.

Et Raphaël, le faire passer directement en CM2, le seul truc qui me ferait mal, ce serait de lui faire quitter cette classe, parce qu’elle est vraiment particulière. J’ai un deuxième fils qui est en CP. Il est dans une bonne classe aussi, mais je n’ai jamais retrouvé… Quand on en parle avec la maîtresse du CP, elle dit « oui c’est pas celle d’il y a deux ans… » Parce qu’elle avait eu cette classe.

– Et cela vient d’où à votre avis ?
– Je pense que de faire de l’art, de faire quelque chose ensemble, ça soude forcément. C’est une troupe ! Déjà, faire du solfège ensemble, tout ces gamins ensemble, ça y fait. Mais, en plus de faire un spectacle…

C’est vrai que c’est costaud pour eux, d’avoir des examens et tout ça. Ce n’est pas évident. Là, mercredi, Raphaël joue du cor, il a un entraînement avec un pianiste et samedi, il recommence, et après il passe son examen. Et c’est vrai que c’est hard quand même le conservatoire… Il faut s’accrocher. Mais c’est franchement un bon challenge. C’est bien d’essayer. Les classes CHAM, si c’était à refaire, je le referais. D’ailleurs, mon deuxième fils passe en CE1 musical. Après, si il n’aime pas, il arrêtera, mais…

– … vous lui aurez donné sa chance.  Est-ce que vous trouvez que faire de la musique, ça peut avoir une incidence sur leur travail à l’école ?
– Par rapport à Raphaël, lui a toujours eu beaucoup de facilité à l’école et quand je l’entends réviser son solfège… quand je le vois réviser un cours d’histoire, il le lit une fois, il le sait par cœur. Je pense que cela entraîne la mémoire. Le fait d’apprendre le solfège. Avec le programme de CE2, c’est corsé. Je trouve que c’est très difficile, mais je pense que c’est une  bonne gymnastique. Après, je pense qu’ils apprennent facilement. Apparemment, c’est peut-être pour cela qu’ils réussissent. Apparemment en CE2, il n’y a pas de problème. Cette année, il y a eu du soutien, parce qu’il n’y a plus de cours le samedi normalement. Il y a du soutien pour les enfants en difficulté, mais en milieu d’année, Monsieur Moinet a arrêté le soutien classique et a fait du solfège parce qu’il n’y avait plus top de problèmes en Français ou en Math.  C’est pour dire qu’il n’y a pas que Raphaël, ils réussissent tous, et à mon avis c’est dû au fait d’être entraîné probablement parce qu’ils apprennent en faisant du solfège.

J’ai lu dans un magazine scientifique, Science et Avenir, que le fait d’apprendre la musique donne de l’oreille, permet plus facilement d’apprendre, une attention, une écoute en classe, de meilleurs résultats. Moi, je trouve que c’est intéressant d’inclure la musique finalement. Je n’aurais pas dit ça quand j’étais au collège ou au Lycée, j’étais même contre de forcer le gamin à faire le conservatoire, etc… et en fin de compte c’est grâce à cette école que j’aurais laissé à mon gamin la possibilité de faire de la musique. Faire 3, 4 heures de plus par semaine, je n’étais pas pour, sauf s’il est motivé. Ca, plus les autres sports…

– Est-ce que vous trouvez qu’il y a une cadence particulière ?
– Ah oui, il faut s’y accrocher. Faut travailler tous les jours. Et encore…je vois Raphaël, tous les jours, il a peur de la moyenne en décembre. Autant il réussit haut la main toutes les autres matières, autant le solfège c’est laborieux. Je dis cela, mais il va peut-être l’avoir facile.
– Est-ce que vous pensez que c’est le solfège ou que ce sont les enseignants qui mettent la barre trop haute ?

–  C’est vrai que cette année on a eu un problème d’enseignant. Ils ont eu un maître de solfège qui n’était pas maître de solfège à la base. Le conservatoire était bloqué, il leur manquait un prof’ en septembre et ils ont trouvé ce prof de musique qui est prof de piano. Il venait juste d’être diplômé de piano et il a accepté de remplacer la personne en congé de maternité. En fin de compte, à une réunion — parce que je suis déléguée de  parents d’élèves — le directeur de l’école a demandé une réunion avec le conservatoire pour savoir ce qui se passait.

Cela se passait très mal avec le prof de solfège parce qu’il n’avait jamais encadré d’enfants. Il s’est retrouvé avec une super grande classe et c’était une horreur, personne n’arrivait à travailler, ni le maître, ni les enfants. Donc, on a compris pourquoi le maître était comme ça.  Le maître s’est lui aussi remis en question, mais peut-être un peu tard.

Et je pense que le maître est pour beaucoup, il motive. Pourtant, il était parti avec de bonnes intentions, nous avions eu une réunion en septembre. Mais, il ne pouvait pas inventer. On ne forme pas les profs pour rien. Il faut une formation.

Tant pis, moi je ne lui en veux pas plus que ça. Mais bon, c’est vrai que parfois c’était rageant. Il y a eu des moments où…

– Parce que les enfants étaient mis à mal ?
– C’est-à-dire qu’il pensait parler à des adultes et que c’était des enfants à la place. Et pour les enfants eux-mêmes, c’était du défouloir, parce qu’ils ne comprenaient rien, alors ils faisaient n’importe quoi. Je crois qu’ils n’arrivaient pas du tout à communiquer entre eux. Ils n’arrivaient pas à se comprendre.  Et ça finissait par… Peut-être que lui criait tout le temps. Je n’étais pas dans la classe, mais je sais que ça ne se passait pas bien !   Raphaël rentrait, il avait des cours qu’il avait à moitié vus, il devait les réviser, mais il ne pouvait pas réviser des cours qu’il n’avait pas vus.  Et puis, des parents, qui devenaient agressifs, qui venaient dans la classe pour râler. Enfin ce sont des « on dit ». Je ne sais pas à qui la faute. Le conservatoire a cru bien faire, le maître de solfège a pensé bien faire aussi et voilà.

– Et ça s’est résolu comment en fait ?
– En décembre, en ayant bien discuté avec la directrice du conservatoire, elle l’a recentré. Elle lui fait part du mécontentement des parents, et il a été ré-encadré, avec quelqu’un derrière. Mais bon, apparemment, elle l’a pris sous son aile et ça allait un petit peu mieux.

Comme il y a deux profs de solfège à Camus, la deuxième est du métier, donc, évidemment on voyait une différence. Mais bon, c’est tout, on verra ce que ça donnera à la fin de l’année.

– Et ils ne l’ont pas changé ?
– Changer ? Ils ne pouvaient pas, ils sont déjà en pénurie de profs de musique. Et chaque année en septembre, quand l’enfant choisit son instrument, il n’est pas sûr de pouvoir faire son instrument. C’est frustrant pour les parents et pour l’enfant qui essaye de s’investir. C’est un manque de personnel. Il manque de profs, tout simplement. Ce n’est même pas les instruments en location qui manque, c’est les profs.

– Est-ce que vous trouvez que la musique c’est un bien. Parce que, ça apporte quoi à votre enfant ? A Raphaël par exemple ?
– Pour Raphaël qui manque de confiance en lui, c’est justement une assurance. Et pas seulement pour lui. C’est aussi prendre conscience que se fixer des objectifs et « arriver à »… C’est un petit peu ce que me disait un parent d’élèves qui a sa fille à Baudelaire, ceux qui arrivent qui ont fait CHAM et qui arrivent à Baudelaire sont plus autonomes, plus mûrs. Et c’est vrai qu’on a cette impression quand on voit ce CE2, je connais d’autres enfants qui sont de même âge qui sont dégourdis, mais quelque part, ce sont des CE2…

– Je suis contente parce que c’est la première chose que j’ai remarquée chez ces enfants…
– Ah voila ! Net ! Ca a été un facteur déclencheur. Il y a deux ans je suis allé voir « Les insupportables, les autres c’est pire », je ne sais plus si c’était des CE2 ou des CM1 mais alors…

– Qu’est-ce que c’était, une pièce de théâtre ?
– C’était une comédie musicale. Une classe CHAM. C’était dans un projet de classe CHAM. D’ailleurs, là, il y a le festival off, à partir du 28, 29, les CM1, CM2 musicaux et ça vaut le coup de voir aussi je crois. C’est extraordinaire ! C’est vrai aussi qu’il y a  beaucoup d’heures de travail. Beaucoup de temps aussi sur le temps scolaire. Mais bon, ils peuvent se le permettre parce qu’ils suivent.

– A votre avis, qu’est-ce qui fait qu’ils peuvent se le permettre, par rapport à d’autres classes ? La musique ? Le fait que les enfants soient meilleurs à la base ?

– Le fait de faire musique, je pense que c’est d’abord les meilleurs qui passent à la base. Forcément, déjà en CP, il y a une sélection. Sur les 4 CP à Camus, il y a 1 enfant sur 2 qui ira en CE2 musical, donc par avance, ils savent très bien que ceux qui ne savent pas lire, c’est raté, parce qu’ils ne pourront pas lire le solfège. Donc, c’est vrai, déjà ils éliminent. Ca je ne le savais pas avant d’arriver à Camus. Je croyais que la musique était pour tous les enfants et même ceux qui avaient des problèmes. Je pensais qu’elle leur permettait justement de s’épanouir. Mais en même temps c’est intéressant, car les enfants qui ont quelques difficultés mais qui sont en classe musicale, eux se rattachent à la musique.

Moi, l’année dernière, j’ai fait partie d’une sortie de classe de goût. J’ai discuté avec trois ou quatre gamins, il y en avait un qui était moyen-moyen, il était assis à côté de Raphaël en classe, je me souviens, et puis ça la boosté, la musique. Il était très fort en musique. Là, il va jouer du cor. Et d’ailleurs il en joue super bien. Il a eu une période un peu difficile, il s’est ressaisi. Mais bon, je ne suis pas la maîtresse pour en parler plus.

Mais malheureusement, cela reste une sélection tout de même, ils font de la musique le lundi et le vendredi après-midi, c’est une heure de solfège. C’est quand même deux heures en moins, alors si ils ont des difficultés dans les autres matières, ils ne peuvent pas… C’est quand même un rythme plus important,  donc, il faut forcément qu’ils soient bons ailleurs pour le conservatoire.  Par ailleurs, Camus fait d’autres activités artistiques. C’est d’ailleurs cela que j’aime dans cette école, ils sont très très ouverts. Ils font plein de choses.

D’ailleurs, ceux qui ne font pas musique, font beaucoup plus de sorties aussi. C’est quelque chose qui se paie.

– Comment vous le voyez que la musique fait du bien à Raphaël par exemple ? Est-ce qu’il fait un va-et-vient entre l’école et la musique ?

– Il vit plus vite. Il est obligé de gérer son stresse et ça c’est très difficile. A la rentrée, il a essayé percussions, et au conservatoire, c’est comme la guitare ou le piano, il y a des examens d’entrée parce qu’il y a trop de demandes et il a raté percussions et ça a été le premier échec, et ce n’est pas un mal. On ne peut pas être parfait partout. Et finalement, il est retombé sur un instrument qui lui va à merveille, c’est le corps. Et à partir du moment où il a raté percussions, j’en voulais un peu au conservatoire. J’avais presque lâché. J’avais trouvé que c’était pas pédagogique la façon dont les examens avaient été menés. J’avais l’impression que le gamin faisait la Star Academy : «  t’es pas bon, allez, au suivant ! ». Bon sang ! On lui a dit « tu n’as pas assez travaillé »… vous plaisantez, je l’emmenais trois fois par semaine pour s’entraîner. Parce qu’on ne peut pas avoir de percussions chez soi. Et finalement, c’est lui qui est retombé sur ses pattes et c’est moi qui l’ai suivi derrière. J’ai ravalé ma fierté parce que je ne souhaitais  pas ça à mon enfant.

– Je trouve ça génial. Vous voyez, c’est une preuve encore de maturité. Et de force par rapport à leur travail.

Je trouve que cela devrait être plus développé dans les écoles. De manière générale, tout ce qui est artistique, comme le dessin aussi pourquoi pas ?

Je trouve que cela apporte beaucoup aux enfants, ils deviennent plus sûrs d’eux aussi.

D’ailleurs, j’avais peur « de la grosse tête » au début. L’année dernière quand j’emmenais Raphaël au conservatoire, je trouvais que les enfants avaient un petit côté « snobard » et puis finalement,  maintenant que l’on est dedans, on s’aperçoit qu’ils n’ont pas tout à fait tord. Ils peuvent être fiers parce que c’est très dur ce qu’ils font. Au départ on se dit « je ne veux pas qu’il ressemble à ça, que mon fils exagère, qu’il prenne la grosse tête. Et puis après, on se dit que c’est normal, qu’ils ont besoin de se rassurer quelque part.

Moi je n’ai pas fait de solfège mais je suis derrière, mais je ne peux pas le suivre et je lui fais confiance, il sait bien que si jamais il ne travaille pas ; et bien il n’aura pas son année.

Et comme en classe CHAM à partir du moment où tu es en CE2 ; CE2, CM1, CM2, tu t’engages pour trois années de solfège, donc que tu fasses 3 fois 2ans ou que tu passes bien tes années, tu es obligé quand même de faire du solfège, alors si c’est pour redoubler, refaire la même chose, et bien il a vite compris que cela risque d’être « embêtant » alors autant le faire correctement. En tout cas, c’est comme cela que le mien le gère…

J’espère qu’il passera en 3eme année. C’est vrai que c’est du stress, mais je me dis que cela le prépare petit à petit au BEPC, aux BAC, ou  à d’autres épreuves sportives.

L’année dernière quand il a passé son solfège, je me suis posée la question de savoir si c’était bien, je me suis dit : « oh là là, le pauvre gamin il a 7ans presque 8 et il est déjà en examen devant un jury, devant plusieurs personnes qui le jugent.

Mais bon, il la eu. Moi, je ne sais pas si je l’aurai eu.

Et là, ce qu’ils font c’est très dur ! Ils ont fait du théâtre tous les lundis midi pour préparer le spectacle. Ils mangeaient presque sur le pouce. Le lundi c’était serré ! Ils enchaînaient après avec le solfège, comme en plus Raphaël fait du foot, le lundi soir il n’y allait plus souvent parce qu’il était trop fatigué…

Mais bon, le spectacle en lui-même c’est un super souvenir, et quand l’enfant suit bien, qu’il s’épanouit, je ne vois pas pourquoi on ne lui donnerait pas cette chance là !

On a tout fait pour le faire entrer à Camus, à la mairie ils me connaissaient, j’ai fait faire une dérogation, et je ne regrette pas du tout.

Je pense que pour la réussite de l’enfant, la présence du parent est indispensable, pas forcément pour lui faire réviser ses leçons, parce que les enfants se maîtrisent pour cela, même déjà à cet âge là. Mais les parents doivent être là un minimum, ne serait-ce que pour aller voir leur spectacle, écouter la façon dont ils jouent de leur instrument, sinon je doute fort qu’il aille loin, du moins en musique. Voir que le parent s’intéresse à ce que l’enfant fait, contribue à sa réussite. Raphaël fait aussi des math de CM1 mais il n’est pas le seul, ils sont 3, enfin il y en a une qui ne veux plus y aller parce qu’elle dit qu’elle ne se sent pas à l’aise.

-Ah parce qu’il y a une classe où ils vont faire des maths supplémentaires ?

Oui mais là en ce moment, ils ne le font pas trop parce qu’il y a l’entraînement pour le spectacle sur Gainsbourg. Ils vont en CM1 le matin faire des maths, et comme je vous le disais, si il passe en CM1, il fera des maths de CM2, du moins c’est ce que m’a dit sa maîtresse que j’ai rencontré.

-Pourquoi ?
Parce que le CE2 c’est trop facile et qu’il s’ennuie tout simplement, pour les maths, pour le français il est bon mais euh, c’est pour cela qu’ils hésitent à le faire passer en CM2 quand même, c’est pas le CM2 qui poserait problème, mais peut-être la 6ème parce que le rythme est plus important. Mais bon, après pourquoi chercher à aller plus fort, plus haut, tant qu’il continue tranquillement sa vie…

Et le solfège par contre c’est vraiment difficile, et là c’est vrai qu’il le travaille plus, parce que les autres matières elles passent plus facilement. C’est ça qui est fou ! Il lit une fois un texte et ensuite il le récite sans problème. Si j’avais été comme ça, moi …
La Musique adoucit l’école