Analyse de la demande l’eau potable

By 9 May 2011

Analyse de la demande l’eau potable – Paragraphe 2 :

« L’analyse de la demande solvable du milieu rural »[1] a été fondée principalement sur l’exploitation des données issues de l’enquête “Ménages” de l’enquête Evaluation.

A- Niveau socio-économique des populations rurales

En se basant sur l’approche suivie par la Direction de la Statistique, pour définir les niveaux socio-économiques de la population rurale au Maroc et des méthodes préconisées pour l’évaluation de la pauvreté (méthodes d’agrégation), un indicateur de la pauvreté a été construit à partir de la base de données de l’enquête d’évaluation. Cet indicateur indispensable pour établir le profil socio-économique respectif des ménages raccordés au réseau d’AEP et de ceux qui ne le sont pas et établir la segmentation de la demande des ménages pour des services d’eau et d’assainissement améliorés.

La méthode consiste à construire l’index en divisant la population en quintiles sur la base de leur réponse à un certain nombre de questions en rapport avec leur niveau socio-économique, telles que la possession ou de l’absence de possession par chaque ménage enquêté d’un certain nombre de biens durables, d’éléments de confort, les caractéristiques de leur habitat ou leur accès à certains services. 23 variables ont été retenus à partir de la base de données de l’enquête.

L’analyse en composantes principales (ACP) de ces 23 variables a permis de classer la population en quintiles, soit 5 groupes égaux : Le premier quintile représente les 20 % les plus riches de l’échantillon, tandis que le cinquième quintile représente les 20 % les plus pauvres de l’échantillon.
Les résultats pour certaines variables prises en compte sont présentés ci-dessous :

Les variables étudiées[2]
Les variables étudiées

B- La demande pour le service « bornes-fontaines »

L’enquête communale a révélé qu’à fin 2004, plus de 14000 bornes-fontaines publiques ont été recensées, dans les quelques 16.550 douars équipés. Il s’agit donc d’un niveau d’équipement important (près d’une borne-fontaine par douar), mais cela ne préjuge pas de la demande des ménages pour ce type de service.
En effet, plus de la moitié des usagers actuels des bornes-fontaines se déclarent insatisfaits de ce service (54% environ).

Les trois problèmes les plus souvent cités comme prioritaires sont
• De trop grandes distances à parcourir;
• Un tarif de vente de l’eau trop élevé aux bornes.
• La pression insuffisante de l’eau à la borne-fontaine;

Les motifs de satisfaction et d’insatisfaction des usagers, selon les résultats de l’enquête sont présentés dans le graphique suivant[3].
Les motifs de satisfaction et d’insatisfaction des usagers

Le niveau de satisfaction des usagers des BF selon la distance à parcourir est donné par le graphique suivant. En ce qui concerne la tarification de l’eau, le seuil à partir duquel les usagers ne sont plus satisfaits s’établit à un coût moyen de 25 DH par mois.

les usagers ne sont plus satisfaits s’établit à un coût moyen de 25 DH par mois

C- La demande en branchements individuels

L’eau à domicile est un service désormais très répandu et une aspiration générale pour ceux qui n’en bénéficient pas encore.

La figure ci-dessous décrit la répartition actuelle des ménages ruraux dans les douars desservis par un SAEP, selon leur mode d’approvisionnement en eau principal. Si les points d’eau traditionnels constituent encore le mode d’approvisionnement le plus courant (36,3% des ménages y recourent), les branchements particuliers sont désormais plus utilisés que les bornes-fontaines, avec un taux de desserte de 33 %.

Mode d’approvisionnement en eau des ménages ruraux[4]
Mode d’approvisionnement en eau des ménages ruraux
La figure ci-dessous montre par ailleurs sans ambiguïté que les ménages ruraux ayant bénéficié d’un raccordement domiciliaire sont considérablement plus satisfaits (plus des 80%) que les usagers des bornes-fontaines (36%).

Ce constat est cohérent avec la requête prioritaire exprimée par la majorité des ménages non raccordés: plus de 92 % déclarent aspirer à un branchement à domicile pour être ainsi soulagés définitivement de la corvée d’eau.

L’opinion des usagers selon le mode d’approvisionnement[5]
L’opinion des usagers selon le mode d’approvisionnement

Selon leur niveau de pauvreté, le mode d’accès à l’eau diffère cependant de façon considérable. Le graphique ci-dessous montre que les bénéficiaires de branchements particuliers sont relativement plus aisés que les autres :

Taux de raccordement à l’eau par branchement individuel selon la classe socio-économique de la population rurale[6]
Taux de raccordement à l’eau par branchement individuel selon la classe socio-économique de la population rurale

A l’inverse, bornes-fontaines et points d’eau traditionnels sont les modes d’approvisionnement quasi exclusifs des classes moyennes et des ménages défavorisés :

Taux d’utilisation des bornes fontaines et points d’eau selon les classes socio-économiques[7]
taux d’utilisation des bornes fontaines et points d’eau selon les classes socio-économiques

D- La demande en assainissement

Les enquêtes ménages réalisées dans le cadre de la présente étude de diagnostic, ont permis d’évaluer le taux d’accès à l’assainissement autonome des ménages des douars équipés à 70% environ, répartis comme suit:
• Réseaux collectifs d’assainissement : 2,5%
• Fosses sceptiques : 2,7%
• Latrines à siphon hydraulique : 34,3%
• Latrines sèches traditionnelles : 30,7%

En tenant compte uniquement des systèmes améliorés (non compris les latrines sèches traditionnelles), le taux d’accès à l’assainissement serait de 40% environ. Cette même enquête montre la variation du mode et du taux d’équipement des ménages en systèmes d’assainissement autonome, en fonction du niveau socio-économique, comme le montre le graphique ci-après :

Les modes d’assainissement selon les classes socio-économiques[8]
Les modes d’assainissement selon les classes socio-économiques
Néanmoins, la demande des ménages en assainissement est faible, comme en témoigne la figure ci-après: seuls 11,5 % des ménages déclarent souhaiter que soit amélioré leur système d’assainissement. Assez logiquement, cette proportion est significativement supérieure parmi ceux qui bénéficient d’un branchement individuel mais elle demeure cependant modeste
(13%).

En conclusion, on peut retenir que, le service bornes-fontaines qui constituait la seule offre de service public il y a dix ans, et provoquait encore l’adhésion des communautés rurales, ne répond plus à la demande des usagers. Tous les animateurs le confirment: la demande exprimée pour ce service est maintenant très limitée. Il est même hautement probable que cette demande aille en se réduisant et qu’un nombre de plus en plus important de Bornes fontaines soient délaissées au profit des Branchements individuels. De surcroît, les usagers expriment un niveau d’insatisfaction élevé.

Cependant, un grand nombre de BF sont toujours fonctionnelles et couvrent la demande d’une fraction non négligeable des ménages et en particulier: les ménages qui ne peuvent pas payer le coût d’installation d’un BI; les ménages qui bénéficient d’un accès satisfaisant à un point d’eau traditionnel, mais qui souhaitent continuer à acheter de petits volumes d’eau de bonne qualité réservée à la boisson; les ménages qui utilisent un point d’eau traditionnel qui tarit quelques semaines par an.

Dans de nombreuses communes, l’offre de service public devrait continuer à comporter une composante BF et celle-ci devrait faire l’objet de prescriptions précises dans le cahier des charges de l’exploitant.

Lire le mémoire complet ==> (Gestion sociale de l’eau au Maroc)
Mémoire de la Licence en Sciences Economiques
Faculté des sciences Juridiques, Économiques et Sociales
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[1] Rapport de synthèse : Etude de diagnostic de l’AEP du monde rural au Maroc, septembre 2005 (convention entre la FAO et l’ONEP), Source : ONEP
[2] Rapport de synthèse : Etude de diagnostic de l’AEP du monde rural au Maroc, septembre 2005 (convention entre la FAO et l’ONEP), Source : ONEP
[3] Idem
[4] Idem
[5] Idem
[6] Idem
[7] Idem
[8] Idem