Les limites des logiciels propriétaire

By 23 April 2011

3- Les limites des logiciels propriétaire
La production de logiciels du point de vue propriétaire obéit à des règles économiques très particulières. Les coûts se concentrent essentiellement sur la conception et ne concernent plus la production et la distribution que de façon marginale. Cette concentration des coûts aboutit à des phénomènes de concentration très importants. Ainsi, la tendance au monopole dans l’économie logicielle paraît bien plus élevée qu’ailleurs.

Ces phénomènes ont pour effet logique d’accroître la dépendance des utilisateurs, mais aussi de ralentir le progrès technologique à long terme. Voyons en détail les règles et limites de la production logicielle propriétaire dans tous ses voiles.

– L’importance majeure des investissements
Une caractéristique importante des biens immatériels (comme les logiciels) est le rapport élevé entre les coûts fixes d’investissement (plus humains que matériels) afin de créer le premier exemplaire d’un bien ainsi que le coût marginal de la production. Concevoir un logiciel complexe demandera d’importants investissements humains et coûtera beaucoup plus cher que de le diffuser par la suite.

Avec, d’une part, la progression très importante du taux d’équipement informatique ces dernières années et, d’autre part, le développement d’Internet et des CD-ROM, le phénomène s’est exacerbé par la possibilité de communications massives, ultra-rapides et même interactives permettant une grande variété de protocoles et donc une diffusion à des coûts de plus en plus marginaux. Par conséquent, pour beaucoup de biens immatériels, nous ne pouvons même plus parler de coût de revient. En effet, le coût marginal de la production et de la distribution peut pratiquement être considéré comme nul (si l’on fait abstraction du service après-vente et des « hotlines » pouvant être indépendants de la production et de la distribution).

Cette situation conduit dans de nombreux cas à des phénomènes de concentration (allant jusqu’au monopole) qui entravent le bon fonctionnement des mécanismes du développement économique et technologique et qui conduisent à une gestion purement financière des ressources scientifiques, technologiques ou culturelles. Le tout s’accompagne de nombreux effets néfastes motivant le procès anti-trust contre Microsoft depuis 1998.

– De la concentration au contrôle des standards
Sans revenir sur les nombreux phénomènes qui soutiennent la tendance à la concentration et au monopole dans les secteurs industriels, l’un d’entre eux s’avère particulièrement influant au niveau de l’industrie du logiciel en raison du rôle primordial qu’y jouent les mécanismes de modularité dans la constitution de systèmes très variables et très complexes.

En effet, dès qu’une plate-forme (x86, Mac, Sparc, …) domine le marché, tout créateur commercial de produits (matériel ou logiciel) liés aux plates-formes s’adaptera de préférence à la plate-forme dominante pour des raisons évidentes de rentabilité. Il en est ainsi pour les fournisseurs de composants pour PC qui fournissent systématiquement les pilotes pour les plates-formes logicielles Microsoft et plus rarement pour les autres (certains modems sont même conçus pour ne fonctionner que sous Windows).

Un autre exemple plus flagrant est celui des éditeurs de logiciels d’application qui, lorsque leur marché reste concurrentiel, n’ont souvent pas les moyens (ou parfois même l’intérêt économique) de développer pour un autre objectif que la plate-forme la plus répandue du marché.

Cet effort renforce son caractère dominant vu que les autres plates-formes, possédant alors moins d’applications, présentent moins d’attrait. Certains outils comme Direct 3D pour les jeux permettent d’encourager le développement sur une seule plate-forme, même si d’autres alternatives facilement portables (comme OpenGL) existent.

Ce phénomène se renforce par la protection légale ou technique des interfaces rendant difficile, à cause d’un manque d’information, le développement par d’autres sociétés de logiciels équivalents compatibles sur les plates-formes ainsi négligées. Il est, par exemple, très difficile d’exploiter une encyclopédie prévue pour Windows sur une plate-forme Unix bien que cela ne devrait en principe poser aucun problème technique.

– Les effets de cette situation
Cette situation entrave généralement le progrès technologique à long terme. Une fois la concurrence disparue, le seul producteur restant n’a plus véritablement intérêt à investir pour améliorer ses produits. Le contrôle d’une technologie par une seule société implique un petit nombre de professionnels engagés dans l’amélioration de cette technologie. La recherche universitaire et l’enseignement sont alors entravés ou contrôlés par la rétention de l’information.

logiciels propriétaireDe plus, la diversité réduite des développements limite considérablement les possibilités de progrès par une évolution concurrentielle à la manière des distributions GNU/Linux. Ainsi, la vulnérabilité générale du tissu technologique aux agressions augmente. (l’année dernière, quelques virus célèbres ont, par exemple, pu infecter un nombre très élevé de machines par l’exploitation d’une faille du logiciel de messagerie Outlook)

Les inconvénients de cette situation sont nombreux dans le cadre d’une exploitation en entreprise. Le fait de ne pouvoir disposer que d’un fournisseur unique en matière de solutions logicielles crée une situation de dépendance au niveau des prix et des services. Il en va de même pour la stratégie à long terme de l’entreprise pouvant dépendre des décisions de son unique fournisseur. Techniquement, la non disponibilité des codes sources (ou leur prix excessif) limite fortement ou même interdit aux sociétés clientes toute utilisation et tout service personnalisé quel que soit le niveau (la maintenance, la sécurisation, le portage sur de nouvelles plates-formes ou encore l’adaptation à des besoins spécifiques). En fait, la société cliente contrôle mal la qualité et la pérennité de son investissement.

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