Factueurs influençant l’allaitement maternel

By 19 April 2011

Facteurs qui influencent à l’allaitement maternel

Trois types d’approches sont employés dans l’étude des facteurs qui influencent l’allaitement maternel :
– les études sociodémographiques ;
– les études psychologiques portant sur le refus ou l’abandon de l’allaitement maternel ;
– les études explorant les représentations de la mère pour comprendre les raisons qui sous-tendent la décision d’allaiter au sein et la poursuite de cette pratique.

A. FACTEURS LIÉS À LA MÈRE :

A.1. Facteurs sociodémographiques

Les facteurs sociodémographiques sont nombreux et complexes [World Health Organization. Données scientifiques relatives aux dix conditions pour le succès de l’allaitement. Geneva: WHO; 1999].Parmi eux, on retrouve l’âge de la mère, son niveau d’éducation, sa situation professionnelle.

Dans l’enquête périnatale française de 1995, Crost et Kaminski ont étudié en particulier les caractéristiques de toutes les femmes ayant accouché pendant une semaine donnée dans tous les départements français [Crost M, Kaminski M. L’allaitement maternel à la maternité en France en 1995. Enquête nationale périnatale. Arch Pédiatr 1998; 5(12):1316-26.]. Les résultats montraient que l’allaitement augmentait avec :
– l’âge des mères : de 37 % chez les moins de 20 ans à 58 % chez les femmes de 35 ans et plus ;
– le niveau d’études : 40 % au niveau collège, 66 % pour un niveau supérieur au baccalauréat ;
– la catégorie socioprofessionnelle de la mère et du père : les femmes sans activité professionnelle (au foyer) ou au chômage étaient les moins nombreuses à allaiter.

Le lien entre niveau d’éducation et allaitement maternel était également confirmé par une enquête par questionnaire menée par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) en 1997 [Gojard S. L’alimentation dans la prime enfance, diffusion et réception des normes de puériculture. Communication pour les « Journées jeunes chercheurs INRA » 30 septembre 1999. Paris: INRA; 1999]. Les résultats ont montré que l’allaitement était une pratique plus répandue chez les femmes ayant fait des études poussées ou appartenant à des milieux favorisés (70 % des femmes cadres supérieurs) que chez les autres (52 % des femmes ouvrières ou employées), mais 57 % des femmes inactives au moment de l’enquête allaitaient, autant que l’ensemble de la population de l’enquête. L’auteur conclut à un effet peu net de l’exercice d’une activité professionnelle sur l’allaitement. Les femmes disposant d’un haut niveau d’éducation (diplôme universitaire de deuxième ou troisième cycle, d’ingénieur ou d’une grande école) étaient 72 % à préférer le sein au biberon, tandis que celles qui n’avaient qu’un CAP ou l’équivalent n’étaient plus que 45 % à faire ce choix.

L’allaitement n’était pas dépendant du revenu du ménage alors que les substituts de lait sont coûteux. Il semble que le choix du mode d’alimentation soit lié davantage à des facteurs sociaux et culturels plutôt qu’à des facteurs économiques [Gojard S. L’alimentation dans la prime enfance, diffusion et réception des normes de puériculture.Communication pour les « Journées jeunes chercheurs INRA » 30 septembre 1999. Paris: INRA; 1999].
Les mères plus âgées (Blyth 2004, Kronborg 2004, Banger 1998, Scott 2006), mariées (Peters 2005), primipares (BDMS 2004, Lawrence 2005), d’un niveau de scolarité supérieur (Blyth 2004, Kronborg 2004) et socio-économiquement plus favorisées (Kronborg 2004) allaitent plus et plus longtemps.

Les femmes plus jeunes (Blyth 2004, Dennis 2002), seules (Blyth 2004), de plus faible statut socio-économique ou récemment immigrées (Blyth 2004, Dennis 2002) allaitent moins et moins longtemps. Le fait d’avoir déménagé en raison de la naissance du bébé est très significativement associé, dans l’étude de Peters, à un sevrage précoce.

A.2. Facteurs psychosociologiques :

La façon dont la femme se situe face au comportement qu’elle va adopter vis-à-vis de son enfant en matière d’alimentation a été peu explorée [Jodelet D, Ohana J. Représentations sociales de l’allaitement maternel : une pratique de santé entre nature et culture. In: Santé et société : la santé et la maladie comme phénomènes sociaux. Lausanne, Paris: Delachaux et Nestlé; 2000. p. 139-65.].

Selon Jodelet et Ohana, la conduite de la femme et ses motivations vont s’étayer à partir de ses connaissances, des éléments normatifs et symboliques. Aussi est-il important de comprendre pourquoi et comment se prend la décision de donner ou non le sein et de poursuivre plus ou moins longtemps ce mode d’allaitement. Dans une perspective psychanalytique, les fondements psychologiques du refus ou de l’abandon de l’allaitement au sein mettent en jeu de complexes réactivations de conflits avec la mère ou le partenaire sexuel [Jodelet, Ohana 2000].

La confiance en soiLa confiance en soi des mères et leur sentiment d’auto-efficacité sont d’importants prédicteurs de la durée et du niveau d’allaitement (Blyth 2002, Kronberg 2004). Blyth et al. ont mené, en Australie, une étude prospective auprès de 300 mères durant le dernier trimestre de grossesse. Les résultats ont montré que les mères ayant une confiance en leur capacité d’allaiter élevée allaitaient significativement plus, et de manière exclusive, à une semaine et à quatre mois, que les mères ayant une faible confiance.
Dans une étude française, la gêne d’allaiter devant certaines personnes semble exister chez environ 40% des mères et être associée à une durée d’allaitement moindre, sans représenter toutefois un facteur significatif (Branger 1998). Les entretiens ont révélé que le regard de certains hommes, du père ou du beau-père en particulier, est jugé gênant par certaines mères.

La dépression postnatale, diagnostiquée dans l’étude d’Henderson chez 18% des mères (Henderson 2003), est significativement associée à un sevrage plus précoce. Les symptômes, dépistés chez les mères à l’aide de « l’échelle de dépression postnatale d’Edinburgh », apparaissent le plus souvent endéans les deux premiers mois. Les résultats ont montré que la durée médiane d’allaitement était de 26 semaines pour les femmes ayant présenté une dépression précoce, de 28 semaines pour les femmes ayant présenté une dépression plus tardive et de 39 semaines pour les femmes n’ayant présenté aucun signe de dépression. Dans la majorité des cas, les symptômes dépressifs précèdent le sevrage. Une hypothèse est que la présence de difficultés liées à l’allaitement maternel peut influencer l’arrivée de symptômes dépressifs auprès de femmes plus vulnérables en réduisant par exemple leur niveau de confiance et d’estime à « être capable d’être mère ». Deux autres études montrent que l’arrêt de l’allaitement maternel serait un facteur prédictif de dépression postnatale.

Dans l’étude de Branger, 48% des mères ont dit avoir ressenti le « baby-blues » du post-partum mais ce facteur ne semblait pas corrélé à un allaitement plus court.

Lire le mémoire complet ==> (Facteurs de l’abandon de l’allaitement maternel)
Mémoire de fin d’études pour l’obtention du diplôme d’Etat – Infirmiers polyvalents
Ministère de la santé – Maroc – IFCS Beni Mellal

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