Choix personnel – l’abandon de l’allaitement maternel

By 20 April 2011

A.3. Facteurs de choix personnel :
Le fait que la grossesse ait été planifiée est significativement associé à un allaitement maternel prolongé au-delà de 4 mois (Peters 2005). Les grossesses planifiées représentaient environ 73% des naissances dans l’étude de Peters et al.
Donath et al. (2003) ont fait une revue de la littérature pour établir l’impact de la décision d’allaiter sur l’initiation et sur la durée de l’allaitement.

Les auteurs trouvent que la décision d’allaiter joue un rôle essentiel non seulement sur l’initiation de l’allaitement mais sur sa durée. En effet, ils montrent que le désir prénatal d’allaiter (ou de ne pas) prédit en grande partie le comportement de la mère après la naissance de l’enfant.

Inversement, si une certaine ambivalence est ressentie chez la mère durant la grossesse, la probabilité d’arrêter l’allaitement très tôt après la naissance est augmentée. L’intention prénatale de ne jamais allaiter ou d’arrêter précocement est considérée comme un facteur de risque pour toute perspective d’allaitement (Digirolamo 2005).
L’intention prénatale d’allaiter de manière prolongée (Blyth 2004, Kronborg 2004, Digirolamo 2005) est significativement associée à un allaitement prolongé.
Le moment de la décision d’allaiter semble être un facteur d’influence important sur le comportement d’allaitement des mères (Blyth 2004) : plus la décision est précoce, meilleures seront l’initiation et la durée d’allaitement. Dans l’étude de Blyth, les mères qui avaient l’intention d’allaiter depuis plus de 6 mois avant la naissance de leur enfant ont allaité plus longtemps que les mères qui avaient pris la décision plus tardivement.

Le choix tardif du mode d’alimentation du bébé est en effet associé à un sevrage plus précoce (Labarère 2001).
Une étude américaine menée auprès de jeunes mères montre que dans 78% des cas, le choix d’allaiter ou non se fait avant la grossesse et/ou durant le premier trimestre (Arora 2000).

Dans l’étude de Branger, 68% des mères estimaient avoir pris leur décision seules, sans avoir été influencées, tandis que celles qui avaient demandé une aide à cette décision ont sollicité leur conjoint, leur famille, des amies ou ont lu des revues.

Quels sont les facteurs qui influencent le choix des mères d’allaiter ou non leur bébé ?
Les facteurs les plus significatifs contribuant à la décision de la mère à choisir l’allaitement au sein sont (n=245) (Arora 2000) : 1) le bénéfice pour la santé de l’enfant ; 2) le côté naturel ; et 3) le lien plus étroit (émotif) avec l’enfant. Les raisons les plus communes invoquées par les mères qui utilisent le biberon sont : 1) la perception de la mère de la préférence du père ; 2) l’incertitude concernant la quantité de lait prise au sein ; et 3) le retour au travail.

Selon le groupe de travail de l’Anaes (Anaes 2003), les mères choisissent l’allaitement parce qu’elles en retirent un investissement émotionnel et des gratifications comme un sentiment d’utilité, une satisfaction physique, une image de soi positive, une affirmation de leur féminité.
Les mères non allaitantes justifient leur choix par l’importance donnée à leur activité professionnelle, l’image sociale négative de la femme allaitante, leurs conceptions éducatives et la volonté égalitaire de partage des tâches dans le couple que le biberon faciliterait.

Les mères qui, durant la grossesse, avaient la perception que l’allaitement maternel est plus simple que l’allaitement au biberon, sont significativement plus nombreuses à allaiter encore après 4 à 5 mois (Peters 2005).
En France, une enquête prospective par questionnaire a été réalisée auprès d’un échantillon de femmes ayant accouché. L’objectif était d’identifier les facteurs familiaux, culturels et sociaux dans le choix du mode d’alimentation du nourrisson [Branger B, Lestien R, Crine F, Picherot G, Gérard C.

non allaiter le bébéLes motivations psycho-sociales dans le choix du mode d’alimentation du nouveau-né. Ann Pédiatr 1988; 35(7):519-23]. Les femmes ont décidé seules du mode d’alimentation dans 48,7 % des cas, elles ont été peu influencées par leur partenaire (15 %) ou l’entourage (5 %) ou par un médecin (3,3 %) ou par d’autres critères (17,6 %, sans précisions). La plupart du temps, la décision d’allaiter au sein ou non n’a pas été discutée (70,5 %). Lorsque la décision était prise, elle l’a été précocement : avant la grossesse dans près de la moitié des cas (49 %), pendant la grossesse (40%) et rarement à la naissance (8 %). Les résultats montraient que les femmes qui ont été elles- mêmes allaitées allaitaient davantage que les autres femmes (70 % contre 33 %).

Les résultats d’une étude contextualisée des représentations des femmes qui allaitaient et qui n’allaitaient pas a été conduite par Jodelet et Ohana (2000) ont montré que le choix du mode d’allaitement s’exprimait comme un choix personnel, indépendamment des pressions extérieures pour 62 % des femmes interviewées. Ce choix procédait soit d’une décision réfléchie dans 40 % des cas, soit d’un sentiment d’évidence pour 22 %. Le moment du choix du mode d’alimentation se situait avant la grossesse pour 2/3 des allaitantes et pour plus des 3/4 des non-allaitantes.

Un lien entre la précocité du choix et la durée de l’allaitement semblait établi puisque les choix qui se faisaient en cours de grossesse ou à l’accouchement correspondaient à un abandon rapide de l’allaitement maternel.

Lire le mémoire complet ==> (Facteurs de l’abandon de l’allaitement maternel)
Mémoire de fin d’études pour l’obtention du diplôme d’Etat (INFIRMIERS POLYVALENTS)
Ministère de la santé – Maroc – IFCS Beni Mellal