Remplacer le dollar: Création d’une monnaie supranationale

By 17 March 2011

II. LA REFONTE DU SYSTEME MONETAIRE INTERNATIONAL

Le Système Monétaire International (SMI) actuel se caractérise par des déséquilibres, et présente une forte hétérogénéité des positions des différents Etats et des différentes monnaies. Les grandes institutions internationales comme le FMI ont en partie failli a leur objectif de résorption des déséquilibres macroéconomiques.

Et l’échec du compromis de Bretton-Woods, officiellement en 1976 avec les accords de la Jamaïque, a instauré un SMI avec des changes flottants ; une des implications de cela est une distorsion entre les variables macroéconomiques (balance des paiements) et les variables monétaires. Or la crise a rappelé le besoin pressant d’avoir un SMI stable, condition nécessaire à une réforme du Système Financier International. En effet, les déséquilibres financiers qui ont conduit à la dernière crise ne sont bien souvent que le reflet de déséquilibres macroéconomiques et monétaires. Afin de saisir les contours du SMI et ses problèmes, il convient de faire un bref rappel.

Qu’est-ce que le SMI ?
Le SMI est l’organisation, diffuse ou institutionnalisée, des flux monétaires et des taux de change, permettant l’échange de biens et de services entre des pays à devises différentes. Il a évolué au fil du temps, changeant de méthode de compensation : étalon-or, étalon-dollar-or, changes flottants… Ainsi, le SMI permet le financement des échanges internationaux mais également l’ajustement des balances des paiements nationales. Sans revenir sur l’histoire du SMI, les principales périodes à connaitre sont :
Le Système de Bretton-Woods (1944-1976), durant lequel les changes sont fixes, chaque monnaie étant convertible en dollar à un certain taux fixe mais ajustable, le dollar étant luimême convertible en or (une once d’or = 35 dollars). Bien qu’ayant garanti une relative stabilité monétaire internationale, la confiance dans le dollar est capitale or celle-ci fait défaut à partir des années 1960 lorsque la balance commerciale américaine devient déficitaire et que le monde est « inondé » de dollars.

Le Système actuel ou Nouveau Bretton-Woods (1976-…), qui peut être qualifié de «semiétalon dollar» (Aglietta, 2010, p. 6) est en fait un non-système, car il n’est pas
institutionnalisé en tant que tel : « quelques monnaies, appartenant aux grand pays développés, sont libres de fluctuer vis-à-vis du dollar. Toutefois, beaucoup plus de monnaies, appartenant à des pays émergents, sont liées à la devise américaine par des régimes de change administré qui vont des changes fixes au flottement géré ». La convertibilité n’est pas assuré pour toutes les monnaies.

Quels sont les problèmes du SMI actuel ?
Le SMI est caractérisé par des déséquilibres macroéconomiques, et est parfois considéré comme un «Bretton-Woods II» (Dooley, Folkerts-Landau & Garber, 2003) . Il désigne la façon dont s’articulent les échanges économiques et la monnaie dans un contexte de globalisation, y compris financière. Les Etats-Unis et le dollar sont au coeur de ce système. Il y a des déséquilibres dans l’allocation des capitaux, et les transferts d’épargne ne suivent pas forcément une logique économique. Ainsi le dollar est la principale monnaie internationale. Et cette faculté permet aux Etats-Unis de financer un fort endettement, notamment en émettant des dollars sans limite (ils financent ainsi de la dette par de la dette). Par ailleurs les Etat-Unis entretiennent une relation d’interdépendance forte avec la Chine, puisque celle-ci, par l’accumulation de réserves en dollar, finance le déficit extérieur américain. Par ailleurs, la périphérie des Etats-Unis (l’Europe et le Japon auparavant, les pays asiatiques aujourd’hui) maintient des taux de change sous-évalués, ce qui favorise les exportations au détriment de la demande domestique.

Selon Aglietta (2010), il y a deux principaux déséquilibres : d’une part le déséquilibre épargne / investissement (excédent d’épargne dans les pays émergents, qui finance les déficits courants dans les PDEM, surtout les Etats-Unis) et «l’explosion de la liquidité […] des années 2000», notamment car les marchés financiers ne régulent pas les excès d’épargne. En conséquence, le SMI est instable : selon Bénassy-Quéré & Pisani-Ferry (2009), la volatilité des changes est trop élevée, il y a une incohérence entre l’économie réelle et l’économie monétaire, ce qui livre de « mauvaises incitations ». Les Etats-Unis sont ainsi incités à l’endettement et à une faible discipline budgétaire, et le reste du monde est incité à maintenir l’ancrage sur le dollar et à accumuler des réserves en dollar : la Chine en est la principale détentrice, au détriment d’investissements domestiques.

La mondialisation financièreL’ensemble de ces déséquilibres illustrent la pertinence d’une réforme du SMI. Le moment est opportun, puisque la dernière crise peut inciter à une réforme de la finance internationale. Il est donc crucial que le législateur prenne conscience que l’économie globalisée ne sera pérenne que si
les déséquilibres monétaires, et mêmes macroéconomiques, sont atténués au maximum. Non pas par simple phobie de l’inégalité, mais parce que les sphères financières et monétaires sont intimement liées, et que les failles de l’une affecte l’autre, augmentant le risque systémique. Mais le SMI semble avoir une telle inertie et de telles implications sur les divers attributs des économies nationales que la réforme est un chantier complexe. Voyons maintenant quelles peuvent-être les réformes envisageables afin d’entamer une refonte du SMI.

Il convient de présenter quelles sont les alternatives possibles au dollar dans son statut de monnaie internationale, et de montrer ainsi quelles peuvent être les réformes possibles pour construire un SMI davantage stable. Nous verrons d’abord les problèmes liés au dollar et la possibilité d’une monnaie supranationale, notamment l’instrument monétaire des DTS (I). Ensuite, nous présenterons l’alternative du polycentrisme monétaire (II) ; enfin, nous mettrons en avant la réforme du SMI par les initiatives régionales (Chiang Mai, Plan SUCRE) et par une approche institutionnelle des déséquilibres (III).

1. Remplacer le dollar : la création d’une monnaie supranationale
«Dollar : fin de règne ?», c’est ainsi que titrait la Revue d’Economie Financière en 2009 (REF, 2009). Le système de semi-étalon dollar arriverait-il à bout de souffle ? Il semble qu’en réalité la monnaie américaine soit loin de vivre son crépuscule. Le non-système qui prévaut actuellement est centré sur le dollar, qui est la principale monnaie de réserve et d’échange. Selon Cartapanis (2009) une monnaie, pour prétendre au statut de monnaie internationale, doit satisfaire certaines conditions, et notamment avoir une place importante (en volume et en valeur) comme unité de compte, moyen d’échange et réserve de valeur27. Le dollar satisfait l’ensemble des conditions, puisqu’il représente «près de 65 % des réserves en devises, contre 25 % pour l’euro, et plus de 60 % au titre de monnaie d’ancrage ; il intervient dans 86 % des transactions sur le marché des changes ; il est utilisé au-delà de 50 % pour la facturation du commerce international. S’agissant de la détention d’espèces monétaires par les non-résidents, 60 % des billets verts en circulation se trouvent hors des Etats-Unis, contre seulement 10 à 20 % pour l’euro» (Cartapanis, 2009). Ainsi, malgré les instabilités que cela implique, le SMI perdure dans un statu quo économique et politique centré sur le dollar. Et l’introduction d’une monnaie supranationale comme réforme du SMI doit obéir à certains impératifs. Nous verrons dans un premier temps le statut du dollar et les ajustement que cela implique (1), puis nous avancerons l’idée de la monnaie supranationale (2). Ensuite, nous argumenterons l’intérêt des DTS et les ambitions possibles (3), et enfin les conditions de la transition vers un nouveau système (4).

Lire le mémoire complet ==> (Réforme du système monétaire et financier depuis la crise financière)
Mémoire de Master 1 Economie internationale et globalisation (EIG)
Université Pierre – Mendès-France Grenoble – Master 1

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27 Pour en savoir plus sur le statut de monnaie internationale, voir Krugman (1984).