Généralisation des outils d’auto-publication et naissance des blogs

By 8 March 2011

b) Généralisation des outils d’auto-publication et naissance des blogs
Cette culture Web[1] n’est pas éloignée du terme de cyberculture qui apparaît dans les années 1990.
La cyberculture établit une double évolution : elle consacre de nouvelles productions culturelles et, plus généralement, elle propose un nouveau rapport à la culture.

Ces nouvelles productions, appuyées par l’appropriation des outils d’autoproduction sur Internet par le grand public, (les « web logs » devenus blogs, audioblogs, vidéoblogs etc.) ont connu une massification rapide, créant un véritable territoire virtuel : « le Web est une toile d’araignée faite de liens (html) et de points de rencontre entre ces liens, les sites et pages qui forment le réseau»[2].

La généralisation des CMS (systèmes de gestion de contenu) a permis aux internautes de s’approprier ces outils pour en faire un nouvel espace de communication interactif et foisonnant :

« l’immensité du web nécessite de prendre l’image de l’univers : il y a plus de sites que d’étoiles dans le ciel »[3].

De l’espace alternatif conçu par les hackers, le Web 2.0 est devenu un espace où les configurations de communication se sont démultipliées. On a commencé à parler de Web 2.0 au lendemain de la bulle Internet qui a secoué le secteurs des nouvelles technologies d’information et de communication en 2000. Pour beaucoup, le « nouveau Web » qui se recompose après la bulle Internet est beaucoup plus adapté à l’utilisateur lambda, ce qui explique la massification de l’utilisation des outils de communication mis à la disposition des individus ordinaires :

“Le web 2.0 repose sur un ensemble de modèles de conception : des systèmes architecturaux plus intelligents qui permettent aux gens de les utiliser, des modèles d’affaires légers qui rendent possible la syndication et la coopération des données et des services… Le web 2.0 c’est le moment où les gens réalisent que ce n’est pas le logiciel qui fait le web, mais les services !”[4]

La communication qui était jusque là le champ de prédilection des médias se personnalise : elle est désintermédiée. On assiste à la création de tout un pan du Web fondé sur les interactions sociales entre individus, le « Web social », où

« La publication correspond à une publicité des échanges sociaux. On n’est pas dans une logique de médiation, mais de sociabilité directe ».[5]

A travers la « blogosphère » – les relations inter-blogs rendues possibles par les tags, les fils de syndication et autres liens hypertextes qui lient les blogs entre eux – une nouvelle pratique de l’expression de soi par la médiation du regard des autres émerge. Les blogs sont en effet dans leur majorité des journaux intimes numériques mis à la disposition du public. S’y développe une créativité dans la mise en scène de son identité que Laurence Allard qualifie de nouveau paradigme « expressiviste ». Selon cette chercheuse spécialisée sur le Web 2.0, le souci de soi apparu à l’époque post-moderne s’est concrétisé sur le Web par la publicisation de la vie privée dans les blogs. Laurence Allard parle du phénomène d’«extimité » pour nommer ce phénomène de création identitaire à travers la médiatisation :

« Les homes pages proposent une “figuration de soi”, un “soi exprimé” supposant que la mise en sens de soi passe par la médiation symbolique, une mise en scène, une mise en forme.» [6]

Les sites de réseau sociaux permettent de converser publiquement sur la vie privée de chacun, affichée en image sur le site de partage de photographie Flickr, ou dans un mélange d’images et de discussions sur Facebook. Fanny Georges qualifie cette représentation de soi à travers les outils de médiatisation horizontale sur le Web de « modèle culturel de l’identité ».

auto-publication et naissance des blogsSi nous insistons sur les formes d’utilisation des outils du Web 2.0 (messagerie instantanée, sites de rencontre, réseaux sociaux etc.) en tant que ressources dans la construction de l’identité numérique des individus, c’est avant tout parce qu’entre cette logique sociale et la logique médiatique, les frontières sont poreuses sur le Web. Nous verrons plus loin que les stratégies de fidélisation des médias Web les font migrer vers ces lieux de socialisation pour aller à la rencontre de leurs auditeurs (Emmanuel Torregano intègre cette évolution dans sa réflexion sur le concept de « digital me », p.59). Les médias qui jouent le jeu du Web 2.0 ne peuvent pas ignorer le poids de ces pratiques expressivistes, car elles tendent aussi à dessiner en creux les modes de consommation de l’information journalistique sur Internet.*
1) De l’esprit pionnier des hackers à la généralisation du web 2.0 : naissance de la culture web
A – Une information sans journalistes ? De l’éthique des hackers à la massification du Web 2.0 : le nouveau contrat entre lecteurs et journalistes
I- Les journalistes Web

Lire le mémoire complet ==> (Les discours éditoriaux des sites pure player d’information à l’heure de la culture Web)
Master 2 de Journalisme Culturel de l’Université de Paris III
La Sorbonne Nouvelle
___________________________________________________
[1] Rappelons qu’Internet et le Web sont deux choses distinctes. Internet regroupe un ensemble de services (le Web, Usenet, l’IRC, le FTP etc.) Or parmi ces services de communication, le Web est celui qui est aujourd’hui le plus connu et où se concentrent les enjeux du grand public. Nous parlerons donc de Web et de culture Web dans la suite de l’étude.
[2] Nicolas Vanbremeersch, la démocratie numérique…
[3] Nicolas Vanbremeersch, op. cit. p.17
[4] Kevin Kelly, rédacteur en chef du magazine en ligne Wired
[5] Nicolas Vanbremeersch, La démocratie numérique, Edition du Seuil, Paris, 2009, p. 27
[6] Laurence Allard, « Express yourself 2.0 », in Eric Maigret, Eric Macé, Penser les médiacultures, nouvelles pratiques et nouvelles approches de la représentation du monde, Edition Armand Colin, Paris, 2005, p. 152