Les ajustements et déséquilibres liés au statut du dollar

By 17 March 2011

A. Les ajustements et déséquilibres liés au statut du dollar

Le problème fondamental du SMI actuel est qu’une monnaie nationale (dollar) est utilisée comme monnaie internationale, dans les échanges et comme devise de réserve.

Selon les points de vue, le semi-étalon dollar peut refléter soit le sacrifice des Etats-Unis afin de fournir la devise-clé ou bien l’extension au domaine monétaire de la suprématie économique et politique des Etats-Unis.

De fait, les relations sont complexes et ambivalentes : le déficit américain est certes financé par le «privilège exorbitant» du dollar, mais les Etats-Unis remplissent une fonction de « pays déficitaire en dernier ressort », car la consommation des ménages américains représente une forte part de la consommation mondiale (Rapport Stiglitz (2009), p.93). Le déficit courant des Etats-Unis « sert » donc l’économie mondiale. Mais le problème est moins le fait que le dollar reflète les intérêts américains, que le statut de devise-clé qu’il revêt et qui implique des déséquilibres et donc des ajustements, que les Etats-Unis n’ont pas à porter : « The dollar is our currency but your problem » (le dollar, c’est notre monnaie, mais votre problème)28. Comparativement à Bretton-Woods, le semiétalon dollar actuel n’impose pas de convertibilité-or au dollar, il n’y a donc pas de mécanisme contraignant qui puisse limiter l’émission. Ainsi, certaines décisions sont prises de manière à favoriser « l’unilatéralisme américain » (Aglietta & Berrebi, 2007, p. 365).

28 J. Connally, secrétaire au Trésor de R. Nixon, 1971-72.

Le statut de devise-clé du dollar impose donc une réforme du SMI, mais qui doit être prudente. Les Etats-Unis, par leur fonction de pays déficitaire, ont un rôle crucial dans la croissance mondiale. Si le dollar perd son statut, et que les Etats-Unis tentent de dégager un surplus commercial, l’ajustement se fera par une baisse du revenu mondial (handicapé par le manque de consommation américaine)29. Et si les Etats-Unis décident de politiques expansionnistes, cela induira des ajustements des balances courantes d’autres pays, et se traduira par une hausse de l’inflation. Dans tous les cas, un abandon du dollar comme devise-clé ou un ajustement des politiques macroéconomiques américaines se traduiront par un accroissement des déséquilibres globaux (Rapport Stiglitz (2009), p. 94). Ce qui ne joue pas dans le sens d’une stabilisation du SMI.

29 Par définition, pour l’économie mondiale, le commerce international est nécessairement équilibré (équilibre comptable) : la somme des balances des paiements des pays déficitaires est égale à la somme des balances des paiements des pays excédentaires.

La question des réserves en devises est également cruciale. Les pays asiatiques ont répondu à la récurrence de crises financières, et notamment la crise asiatique de 1997-98, par des politiques de constitutions de réserves monétaires. Or ces réserves sont principalement en dollar, le Japon et la Chine en étant les principaux détenteurs, pour plusieurs centaines de milliers de dollar. Selon Mateos y Lago, Duttagupta & Goyal (2009, p. 6), cette tendance à l’« auto-assurance », qui prévaut chez la plupart des pays reflète en théorie le dilemme de Triffin, mais revisité : ainsi la recherche de la sécurité (maintient d’un taux de change favorable et d’une capacité de financement adéquate) incite les différentes économies à demander toujours plus de dollar, et les Etats-Unis, afin de satisfaire ce besoin, sont contraint à un endettement élevé. Par enchainement, cela induit une défiance vis-à-vis du dollar et de la capacité des Etats-Unis à honorer leurs endettements. Le paradoxe est que le besoin pour l’économie mondiale d’avoir une devise « fiable » conduit finalement à une perte de confiance dans cette monnaie. En résumé, la constitution de réserves en devise peut obéir à deux logiques :

Une logique de réserves de change : maintenir un taux de change stable en augmentant la base monétaire (lorsque la Chine achète des dollars elle vend des yuan et augmente donc la masse monétaire chinoise, ce qui entretient la confiance envers le yuan et envers l’économie chinoise) ; par la suite, l’achat massif de dollar est une manière de s’assurer de la valeur des réserves en dollar.

Une logique commerciale : des réserves en dollar garantissent une monnaie nationale structurellement sous-évalué, ce qui favorise les économies asiatiques fortement exportatrices.

Ainsi, la constitution de réserves en devises par les pays émergents asiatiques est une sorte de prêt aux pays développés, à des taux d’intérêts faibles (Rapport Stiglitz (2009), p. 96).
L’analyse du semi-étalon dollar peut être schématisée, selon P. Berthaud, qui établit que les déséquilibres ne sont pas uniquement dus au dollar, mais à une coresponsabilité et au système lui même. Le SMI n’est donc jamais parvenu à se défaire d’un triangle d’incompatibilité :

Liquidité internationale

Liquidité internationale

Devise-clé 19è siècle : déflation Equilibre courant
D’après : Berthaud, 2008
Ce trilemme, qui rappel le triangle d’incompatibilité de Mundell, montre qu’il n’est pas possible de satisfaire les trois besoins de l’économie mondiale en même temps : « le monde doit en sacrifier totalement ou partiellement une ».

Pour conclure, il apparaît que le dollar a un statut contestable mais donne le ton au SMI et influe l’ensemble des conditions économiques mondiales. Les réserves en devises, les échanges commerciaux ou encore la position commerciale des Etats-Unis dépendent des fluctuations du dollar. Ainsi la monnaie internationale ne peut être régulée et réformée sans une extrême prudence. Et quand bien même elle subirait des évolutions, celles-ci seraient le reflet de rapports de force économiques mais surtout politiques. La logique d’une monnaie supranationale consiste donc en une action sur l’offre monétaire (substituer au dollar une monnaie supranationale), mais également sur la demande (diminuer les réserves en devises). Nous verrons ces deux aspects successivement.

1. Remplacer le dollar : la création d’une monnaie supranationale
II. LA REFONTE DU SYSTEME MONETAIRE INTERNATIONAL

Réforme du système monétaire et financier depuis la crise financière
Mémoire de Master 1 Economie internationale et globalisation (EIG)
Université Pierre – Mendès-France Grenoble – Master 1