Les marchés des capitaux : Marchés monétaires et financiers

By 11 February 2011

Les marchés des capitaux – Section 2:

On distingue habituellement deux types des marchés capitaux: le marché monétaire et le marché financier.

Bien qu’on confonde le marché des capitaux, généralement, au marché financier, nous allons voire dans ce qui suit ces deux marchés l’un âpres l’autre.

I- Marchés monétaires

1. Aperçu général

Auparavant, le marché monétaire était un marché de refinancement où certaines institutions financières intervenaient pour endiguer leur déficit ou placer leur excédent de trésorerie. Ainsi ce marché a connu plusieurs mutations jusqu’aux années 1986 où il devient un marché de capitaux à court et moyen terme et où tous les demandeurs et offreurs de capitaux pouvaient intervenir.

Avec cette évolution du marché, deux compartiments seront à distinguer:
Le marché monétaire au sens strict ou marché interbancaire, réservé aux banques et autres institutions financières, il assure la rencontre entre les offres et les demandes de la monnaie centrale.
Le marché monétaire au sens large appelé aussi marché ouvert, il est le marché des capitaux à court et moyen terme. Dans ce marché le nombre d’opérations est élargi et les entreprises, le trésor et les institutions financières y sont en concurrence.

Le marché monétaire fonctionne de gré à gré et n’est pas localisé dans un endroit fixe. Les opérations s’effectuent par téléphone ou tout autre moyen télématique à partir des salles de marché des intervenants. C’est un marché très liquide où s’échange très largement des titres négociables et aussi des prêts directs  entre les institutions financières et  non financières.

2. Les instruments du marché monétaire

Ce  marché consiste en l’échange de monnaie contre dettes à court terme représentées par des titres. Si ces instruments négociables font l’objet d’échanges très largement sans frontières, il n’en reste pas moins que chaque instrument est crée dans le cadre d’une réglementation nationale qui définit en particulier les recours juridiques possibles pour ceux qui l’échange. Nous présentons ici les instruments financiers les plus utilisés en France et aux Etat unis.

Bons de trésor (BT) :

Ce sont des titres de dettes publiques a court et moyen terme. Ils sont émis par l’Etat et sont considérés sans risque car l’Etat ne peut pas faire défaut. Aux Etats unis les « treasury bills » (Bons de trésor) à 1,3 et 6 mois sont régulièrement émis et constituent un des instruments les plus privilégiés. En France les bons de trésor à 3, 6 mois et 1 an sont émis pour des montants variant de 12 à 20 milliards d’euros par mois en 2005 et 2006 (202 milliards au total démissions brutes en 2005 contre 46, 5 milliards de BTAN à 2 et 5 ans).

Certificats de dépôts(CD) :

Ce sont des titres à court terme émis par les établissements de crédits et détenus par des agents financiers ou non financiers. Leur échéance est comprise entre 1 jour et 1 an mais dans la plupart du temps ces échéances ne dépassent pas 3 mois (en 2006 75% des certificats on 1 à 3 jours d’échéance).

Billets de trésorerie :

Ce sont des titres à courts termes émis par les entreprises autres que les établissements de crédits et rémunérés par un intérêt fixe ou variable. Notons qu’aux Etats unis les « commercial paper » jouent le même rôle mais émis par les grandes entreprises ou les banques.

Swaps de taux :

C’est un accord conclu entre deux institutions financières dans le but d’échanger des payements périodiques liés au taux d’intérêt (dans la même monnaie).

Les acceptations bancaires :

Ils sont remplacés peu à peu par les instruments cités précédemment. Une acceptation est un ordre de payement d’une entreprise accepté par sa banque (l’équivalent d’un cheque) acceptation par laquelle la banque garanti le payement si l’entreprise ne paye pas. Cette garantie facilite l’accès à des marchés étrangers jouant ainsi un rôle essentiel dans le financement du commerce international. Ils font l’objet jusque récemment d’un marché secondaire important entre banques.

Le tableau suivant montre le montant des instruments en France

Encours EmissionsDe la semaine Nombre d’émetteurs
CDBT non adossés  à des actifsBT adossés à desactifsBMTN 306,157,216,960,3 134,314,94,11,3 16648719

Source: banque de France abréviations voir texte.

3. Mécanismes du marché

Le marché monétaire est l’un des marchés de capitaux permettant le rapprochement entre l’offre et la demande de capitaux. Il est constitué de deux compartiments à peu près distincts selon les intervenants, les  instruments et le mode de fonctionnement. Ainsi, nous présenterons dans ce qui suit les mécanismes spécifiques à chaque compartiment.

a) Marché interbancaire

Toute institution doit avoir chaque jour un bilan équilibré. Les agents à la recherche de ressources offrent des titres à ceux qui sont à la recherche d’emploi pour leurs disponibilités. Ainsi sont qualifiés à intervenir dans ce marché les établissements de crédits, le trésor public, la caisse de dépôt et de consignation d’une part et d’autre part la banque centrale qui intervient afin d’assurer la liquidité du marché.

Cependant certaines opérations permettant le fonctionnement de ce marché sont à notifier:

opérations en blanc: c’est un engagement pur et simple de prêt entre établissements, sans garanties spécifiques. Ces opérations représentaient en moyenne 45 milliards d’euro par jour  dans la zone  euro, dont 19 milliards à Paris ;
achat d’effets publics ou privés: c’est une cession ferme des titres par l’organisme emprunteur ;
mise en pension d’effets publics ou privés: consiste à céder les titres tout en s engageant de les reprendre ;

La banque centrale régule  ainsi le marché par les opérations d’open market. Elle peut alors accroitre ou diminuer le volume de liquidité en vendant ou achetant des titres. Elle balise le taux du marché monétaire en fixant:

un taux planché, taux des appels d’offres. Elle s’engage à prendre en pension pour quelque semaine à ce taux une quantité limitée des titres (bon de trésor ou effets privés) ;
un taux plafond, le taux de pension. A ce taux les banques peuvent à leur demande recourir à la mise en pension (pour quelque jour 5 à 10 jour en France) ;

On retrouve un certain nombre de taux servant de référence pour les calculs des taux variables, notamment le taux moyen pondéré (TMP), le taux moyen mensuel ou annuel.

b) le marché des titres de créances négociables

Ce second compartiment du marché monétaire donne  accès à tous les agents économiques. En  raison de l’aspect direct des financements, ce marché sera pour les capitaux à court terme, l’équivalent de ce qu’est le marché financier pour les capitaux à long terme. Les instruments utilisés sont entre autre les bons de trésor, les certificats de dépôts, les billets de trésorerie.

Ces titres sont d’un montant excessivement cher, 1000000 de francs, montant unitaire minimum en France  en 1997. Ce montant élevé limite l’accès au marché aux agents disposant de liquidités importantes (OPCVM et grosses entreprises).

Notons  que certains titres comme les bons à moyen terme  font l’objet d’une notation (rating). Suite à un diagnostique approfondi, une agence indépendante attribue une note, qui permet au souscripteur d’évaluer le risque de non remboursement. A titre d’exemple Moody’s, Standard and Poor’s  International.

Tout le jeu des intervenant consiste en effet à utiliser le marché pour rendre maximale la rentabilité globale de leur portefeuille de titres, en se procurant ou en offrant des liquidités à bon escient. L’importance et la forme des interventions dépendent comme pour les spéculateurs en bourses des anticipations sur le prix ultérieur du prix des liquidités.

II- Marchés financiers

les Marchés financiersSi le marché monétaire est un marché de capitaux à court terme, le marché financier quant à lui est un marché de capitaux à long terme. Bien qu’ils soient  tous des marchés de capitaux, ces deux marchés n’ont pas connu la même évolution et ne fonctionnent pas de la même manière.

Après avoir brièvement caractérisé le marché financier nous traiterons séparément les instruments utilisés dans ce marché et enfin son organisation.

1. Présentation générale

Après avoir été le creuset du financement de l’économie industriel au 19e siècle et entre les deux guerres mondiales, le marché financier était au lendemain de la seconde guerre mondiale en pleine décadence. En Outre-Atlantique les firmes se finançaient par autofinancement, en Europe, l’Etat et les institutions financières contrôlaient les circuits de capitaux. Ainsi après une évolution financière liée aux crises, à  l’inflation et au besoin accru des capitaux, on assiste à un essor des marchés financiers dans le monde vers les années 1980[1].

La diversification des opérations, l’internationalisation des marchés et la variété des objectifs des intervenants (spéculations, couverture de risques, arbitrage….) ont été à l’origine d’une organisation de plus en plus complexe du marché.

Ceci étant dit, il est possible de définir le marché financier comme étant le lieu des émissions et des négociations des titres à long terme mobilisant l’épargne nationale et internationale et de toutes les opérations destinées à faciliter et à accompagner cette mobilisation.

En effet ce marché distingue trois compartiments: marché primaire où s’opèrent les émissions, puis le marché secondaire où se réalisent les négociations des titres anciens et enfin les marchés dérivés dans lesquels s’effectuent les opérations d’accompagnements.

Aussi dans ce marché deux types de titres fondamentaux sont négociés: les actions et les obligations. Tous les autres titres sont des dissociations, des assemblages ou des dérivés de ces deux composantes de bases.

Quant aux intervenants ils sont de cinq types: les émetteurs, et les souscripteurs sur le marché primaire, les vendeurs et les acheteurs sur le marché secondaire et enfin les intermédiaires.

2. Les instruments du marché financier

Les instruments (valeurs mobilières) sont des titres transmissibles susceptibles de cotations, émis par des personnes morales, publiques ou privées en contrepartie d’une ressource de financement, dont la maturité dépasse 1 an. Leur prix fluctuent d’avantages que ceux du marché monétaire et ils constituent des placements plus risqués. Les valeurs mobilières de base sont les actions et les obligations.

Actions :

Elles sont émises à l’occasion de la constitution des sociétés, ou d’un accroissement de capital. Elles sont la contrepartie d’un apport de fond propre aux entreprises représentée par des titres. Ces derniers confèrent aux associés d’une part  un droit pécuniaire (dividendes, bonis de liquidation), et d’autre part un droit de participer à la gestion (droit de vote, droit d’information …).  En plus des actions ordinaires, de nombreux titres représentatifs de fonds propres sont couramment émises on distingue entre autre:

actions de priorité ou privilégiées ;
actions à dividendes prioritaires ;
certificat d’investissement ;
actions à bon de souscriptions d’actions ;

Obligations :

ce sont des titres constatant une dette d’une entreprise privée ou publique, de l’Etat ou des institutions financières. Elles donnent droit à une rémunération fixe et déterminée par le taux en vigueur au moment de l’emprunt. On distingue les obligations à taux fixe, à taux indexé, à coupon zéro etc.

Une autre distinction est à préciser:

obligations d’Etat: ce sont des obligations émises par les états pour financer le déficit budgétaire. Dans la plupart des pays ces obligations représentent une part importante des marchés, aux Etats unis les transactions sur ces obligations dépassent en moyenne 100milliards de dollars par jour ;
obligations privées: les entreprises qui bénéficient de bonnes évaluations peuvent émettre des obligations à long terme ;
obligations hypothécaires: ce sont des titres représentatifs de prêts faits aux ménages et aux entreprises pour acheter des biens immobiliers qui servent de garanties à ces prêts. Aux états unis le marché des mortgages dominé par l’immobilier résidentiel est le segment le plus important du marché des instruments de dettes [2]. Les caisses d’épargne, les banques commerciales, jouent un rôle important.

Les crédits faits aux entreprises et aux particuliers (par les banques et autres institutions financières) ne sont en principe pas négociables. Néanmoins la titrisation permet depuis quelques années à des préteurs de réunir des titres en ensembles homogènes et de les transformer ainsi en titres négociables (Fonds commun de créances FCC) similaire à des obligations.

3. Organisation du marché financier

Toutes ces valeurs mobilières avant d’être négocié sur le marché secondaire passent d’abord par le marché primaire.

a) marché primaire

C’est le marché financier sur lequel les émissions des titres, actions ou obligations sont proposés par des sociétés ou les états émetteurs à des acheteurs appelés souscripteurs.

Ce marché n’est pas localisé parce que la vente initiale de titres aux souscripteurs n’a pas lieu en public. La vente est organisée pour le compte de l’emprunteur-émetteur par une banque d’affaire qui organise l’émission et garanti le placement de ces titres a un certain prix et les vend au public soit de gré a gré soi par une offre public.

b) marché secondaire

C’est le marché sur lequel s’échange des valeurs mobilières précédemment émises sur le marché primaire. C’est donc sur ce marché que varie le prix des valeurs mobilières appelés cours. Ces cours peuvent alors s’écarter de la valeur d’émission fixée par l’émetteur.

Le marché secondaire a deux fonctions importantes:

En premier lieu l’existence du marché secondaire rend la revente plus facile et plus rapide par leurs détenteurs: elle les rend plus liquides. Cette liquidité accrue rend les titres plus attractifs aux yeux des souscripteurs et rend donc plus facile l’émission de nouveaux titres par l’entreprise ;
En second le marché secondaire détermine un cours pour chaque titre, qui fournit à l’investisseur une évaluation de son actif et indique à l’entreprise à quel prix elle peut émettre de nouveaux titres sur le marché primaire. Plus une action a un cours en bourse élevé, plus la société qui l’a émise peut émettre nouvelles actions à un prix élevé sur le marché primaire et donc plus elle peut y obtenir des fonds (levée des capitaux).

On remarque que le marché secondaire constitue ce qu’on appelle la bourse où s’effectuent les échanges et les cotations. La cotation est une opération qui consiste à fixer chaque jour la valeur des titres précédemment introduits en bourses.

De nombreux agents économiques ne souhaitent pas directement intervenir à la bourse. Ils préfèrent passer par des intermédiaires qui gèrent l’épargne collective qui sont entre autre les SICAV (mutuals funds) et les fonds spéculatifs (hedge funds). Ces derniers spéculent sur des montants importants. Leur présence est à la fois nécessaire et dangereuse[3]. Ce sont en général les filiales des banques et relèves donc du système bancaire.

Chapitre I : Fonctionnement et organisation du système financier

Lire le mémoire complet ==> (La crise financière et les défaillances réglementaires)
______________________________________
[1] Michelle DE MOURGUES « Monnaie, système financier et théorie monétaire » 3e édition Economica (1993)
[2]Fréderic MISHKIN  « Monnaie Banques et marchés financiers »
[3]Nous y reviendrons au troisième chapitre.