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La résilience des régimes providentiels

1.6 La résilience des régimes providentiels

Les régimes providentiels sont des types résilients, qui sont le fruit d’une construction historique : leur parcours présent et celui qui les attend porte le poids des compromis historiques qui ont structuré leurs institutions. À cet effet, l’approche néo-institutionnaliste historique présente un intérêt dans l’appréhension de la résilience des régimes providentiels et des mécanismes de protection sociale qui les caractérisent :

« (…) les institutions politiques formelles et l’étendue des capacités administratives de l’État (state capacities) affectent directement l’histoire des politiques sociales. En fait, ces facteurs permettraient d’expliquer, au moins en partie, les différences entre les systèmes nationaux de protection sociale : les institutions politiques, qui exercent une contrainte incontournable sur les réformateurs et les acteurs sociaux, structureraient leurs stratégies et leurs institutions.»

Les fondations des régimes providentiels reposent donc sur une histoire institutionnelle qui concourre à délimiter le terrain des politiques sociales. L’agenda des politiques sociales porte aussi le poids de la culture politique établie, de l’empreinte idéologique qu’ont laissé les partis politiques sur les institutions. À cet effet, Huber et Stephens notent que de nombreuses réformes sociales ont survécu à un changement important de la garde politique, elles se sont institutionnalisées malgré l’accession au pouvoir de partis politiques qui (Lire la suite…)

Le régime conservateur et le régime latin

1.4 Le régime conservateur

La protection sociale dans le régime conservateur s’articule essentiellement autour des risques sociaux encourus par les travailleurs (et leurs familles) pendant et après leur vie active. Ces risques sont pris en charge par des schèmes assuranciels qui sont financés à même les contributions des travailleurs et des employeurs. En ce sens, la protection sociale s’inscrit dans un héritage bismarckien d’assurance sociale :

«Bismarckian social policies are based on social insurance: provide earnings-related benefits for employees; entitlement is conditional upon a satisfactory contribution record; and financing is mainly based on employer/employee contributions.»

Les droits de démarchandisation dans le régime conservateur sont à la mesure de la contribution financière des travailleurs dans des schèmes d’assurance reliés à leur emploi et ne concernent que ceux qui souscrivent à de tels schèmes (et leur famille).

L’importance des systèmes d’assurance sociale donne forme à une stratification sociale basée essentiellement sur l’emploi (catégories professionnelles). La solidarité se construit dans un cadre corporatiste qui consolide les positions, le statut des groupes professionnels : «corporatism was typically built arround occupationnal groupings to uphold traditionnaly recognized status distinctions and used these as the organizational nexus for society and economy.» Comme le notent Palier et Bonoli, les systèmes d’assurance (Lire la suite…)

Le régime social-démocrate et le régime libéral

1.2 Le régime social-démocrate

Le régime social-démocrate présente des droits de démarchandisation très développés et universels qui sont construits sur la base de la citoyenneté. L’ensemble des citoyens, y compris ceux qui n’ont aucun ou de très faibles liens avec le marché du travail, voient leurs droits de démarchandisation être consolidés :

«Scandinavian welfare states are ‘decommodifying’ in Esping-Andersen’s terms, that is, citizenship rather than market participation and market positions forms the basis for entitlement to income or publicly provided goods and services, and individuals suffer relatively small losses of income from exiting paid work temporarily or permanently.»

L’État offre de généreux soutiens à ceux qui doivent se retirer momentanément du marché du travail, sans toutefois encourager leur dépendance financière vis-à-vis les prestations étatiques. L’architecture de la protection sociale repose sur des objectifs de plein-emploi qui commandent la mise en activité d’un maximum d’individus et des efforts soutenus pour limiter le chômage. Dans les pays nordiques, l’approche active de l’État à l’égard du chômage témoigne entre autre de l’apport des mécanismes de protection sociale à l’atteinte du plein-emploi:

«It is a trademark of contemporary welfare policy in Scandinavia to advocate a so-called active approach to dealing with unemployment. The idea is to change the balance from passive income (Lire la suite…)

Typologie des régimes providentiels d’Esping-Andersen

Les repères historiques des régimes providentiels – Chapitre 1 :

«Contemporary debate has been too focused on the state. The real crisis, if there is any, lies in the interaction between composite parts of that, in unison, form contemporary welfare ‘regimes’: labour markets, the family, and, as a third partner, the welfare state. We should not forget that the sum-total of societal welfare derives from how inputs from these three institutions are combined.»
G. Esping-Andersen (1999) Social Foundations of Postindustrial Economies, p.5-6

L’État-providence est actuellement confronté à une série de nouveaux défis qui l’amènent à revoir ses repères historiques. En effet, le passage de l’État-providence à l’ère post-industrielle implique une série d’adaptations et de remaniements qui peuvent l’amener vers des terrains qui lui étaient jusque là inconnus. L’appréhension de la reconfiguration des logiques providentielles pose d’emblée une double question analytique : d’une part, si elles connaissent effectivement une reconfiguration, quelle direction prend-elle et quels sont ses principes directeurs ? et, d’autre part, comment les piliers de bien-être adaptent-ils et accommodent-ils leur logique historiquement construite à travers cette reconfiguration ? Notre examen tentera de faire le pont entre ces deux perspectives analytiques et portera sur la période allant de 1985 aux années 2000, qui correspond à une période de transition dans l’évolution de l’État-providence.

Mais avant même (Lire la suite…)

Les régimes providentiels à l’ère post-industrielle

« … Plan du mémoire : les deux premiers chapitres sont consacrés aux bases théoriques de notre examen : dans le premier, nous camperons notre perspective des régimes providentiels en mettant en relief leurs réponses classiques aux risques sociaux et économiques, alors que dans le second, nous examinerons les implications du passage à l’ère post-industrielle en ce qui concerne les rapports entre l’État, le marché et la famille dans la production et la distribution du bien-être. Dans le troisième chapitre, nous formulerons de façon synthétique notre problématique de recherche à partir des bases théoriques que nous … »

Université de Montréal
Faculté des Arts et Sciences

Département de sociologie

Les régimes providentiels à l’ère post-industrielle :
reconfiguration ou résilience ?

Mémoire présenté à la Faculté des études supérieures
En vue de l’obtention du grade de maîtrise ès sciences (M.Sc.) en sociologie

Présenté par : Guillaume Boucher, 2007

 

a été évalué par un jury composé des personnes suivantes :
Deena White  Président-rapporteur
Paul Bernard Directeur de recherche
Axel van den Berg Membre du jury

Résumé:
L’approche des régimes providentiels élaborée par Esping-Andersen dans les années 1990 présente un grand intérêt dans l’appréhension des lignes directrices de la protection sociale : elle met en relief le jeu d’interrelations entre (Lire la suite…)



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